Tribune des ministres français et polonais de la Défense [pl]

La France et la Pologne pour une Europe de la défense moderne au profit d’un continent sécurisé

Les dix premiers jours de novembre, va se dérouler en Pologne et dans les pays baltes l’exercice des forces de réponse de l’OTAN (NRF) Steadfast Jazz 2013. Sur les 6 000 militaires participant à l’exercice, près de 60 % seront français ou polonais. Il s’agit d’un déploiement conjoint sans précédent de nos forces. Cet important exercice entretient ainsi l’interopérabilité acquise au cours de notre engagement commun en Afghanistan, et sur d’autres théâtres, notamment en Afrique. La capacité à agir et à nous engager, dans le cadre de l’OTAN ou dans celui de l’Union européenne, lorsque les intérêts de sécurité de l’Europe sont en jeu, est aujourd’hui un des ferments de la relation franco-polonaise.

Certes, les effets de la crise financière nous imposent de lourds efforts budgétaires, contrainte permanente pour nos moyens de défense, alors même que les défis concernant notre sécurité collective continueront de nous surprendre par leur ampleur, leur diversité et leur localisation. Nous ne pourrons répondre à ces défis que collectivement, en élargissant le champ de la coopération tant au sein de l’OTAN que de l’Union européenne. Alors que les Européens se trouvent face à des décisions difficiles, la France et la Pologne veulent demeurer fidèles aux principes de solidarité et de responsabilité.

Le sommet de l’OTAN de l’automne 2014 sera l’occasion de réaffirmer ces principes. La vision de l’OTAN que partagent la France et la Pologne est celle d’une alliance de Nations responsables et engagées, fondée sur la volonté politique de développer des capacités et de les déployer en opérations sur une large gamme de missions, de la gestion de crise à la défense collective.

Dans ce but, il est fondamental de s’assurer que nos forces soient en mesure de coopérer à chaque étape de la planification et de la conduite des opérations. La France et la Pologne attachent donc une grande importance à la pleine mise en œuvre de l’ensemble des volets – exercice, formation, entraînement - de l’Initiative d’Interconnexion des Forces (CFI), au cœur de laquelle se trouve l’interopérabilité entre les forces de l’Alliance. L’accord sur le cadre de cette initiative, passé en octobre dernier lors de la rencontre des ministres de la défense, en constitue une étape. L’exercice Steadfast Jazz préfigure d’ores et déjà les progrès qu’engendrera cette initiative.

Des objectifs similaires guident notre approche du Conseil européen de décembre, que nous abordons comme une étape essentielle du renforcement de l’Europe de la défense, pour laquelle nous partageons une ambition commune. Une Europe de la défense efficace en matière de réponse aux crises, dotée des capacités militaires nécessaires, et s’appuyant sur une industrie de défense compétitive, est dans l’intérêt à la fois de l’Union européenne et de l’OTAN pour contribuer de façon déterminante à la sécurité du continent et de ses alentours.

En décembre, le Conseil européen devra aborder certaines insuffisances critiques affectant la défense européenne. Le symbole de ce processus est aujourd’hui l’initiative Pooling and Sharing, lancée lors de la rencontre des ministres de la défense de l’UE à Gand, en septembre 2010. La France et la Pologne entendent dégager des principes de coopération et des projets concrets qui constitueront une alternative à un développement strictement national de capacités.

Au-delà de nos attentes en matière de capacités de défense, gage d’efficacité, nous portons la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) en tant que projet politique qui constitue aussi une voie d’approfondissement de l’intégration européenne. Concrètement, cela signifie d’être capables de répondre de manière efficace à l’ensemble des menaces complexes, notamment la cyber sécurité, qui pèsent sur la sécurité des citoyens européens. Notre participation conjointe aux opérations (européennes) au Congo, au Tchad et au Mali, constitue une des illustrations de notre soutien à la PSDC. La France et la Pologne ont également conscience de l’importance de la coopération politique et économique avec les pays du Partenariat oriental et se félicitent des opportunités complémentaires de coopération dans le domaine de la PSDC agréées à Vilnius en juillet dernier.

Parmi les outils de la PSDC, nous sommes particulièrement attachés aux Groupements tactiques de l’UE qui sont un outil essentiel pour permettre à l’UE de réagir à différentes situations de crise. Ils doivent conserver leur caractère militaire afin de constituer une véritable capacité de réaction rapide dans des conditions de combat.

Nous nous félicitons que le Conseil européen aborde la thématique de l’industrie de défense en Europe. Elle doit être plus concurrentielle, plus forte et mieux partagée afin d’aider l’UE à préserver son autonomie stratégique, à réaliser ses aspirations politiques, et à contribuer à la prospérité du continent. Le développement de l’industrie de défense en Europe doit profiter à tous les participants de ce processus. La promotion de programmes de recherche et de développement dans le secteur de la défense et de la sécurité doit aussi bénéficier aux petites et moyennes entreprises.

Au-delà de ces deux échéances, un effort d’harmonisation des budgets de défense doit être entrepris, tant entre les États-Unis et l’Europe, mais également entre Etats européens. L’aggravation continuelle des déséquilibres ne diminuera pas seulement la capacité de l’Europe à coopérer sur le plan militaire avec l’allié américain, elle affaiblira également sa capacité d’action autonome. Le meilleur « partage du fardeau » souhaité par les Etats-Unis est légitime. Aussi appartient-il aux Européens de se donner les moyens d’assumer la responsabilité de leur propre sécurité. La Pologne et la France maintiennent, à titre national, des choix budgétaires conformes à cette ambition. Capitaliser la connaissance, partager l’expérience et optimiser les budgets permettront de dégager des marges supplémentaires. Nous accorderons un intérêt tout particulier aux questions directement liées à la protection de la vie et de la santé de nos soldats.

Le programme de modernisation des forces armées polonaises pour 2022 constitue une opportunité importante pour concrétiser cette idée. La décision franco-polonaise de renforcer la coopération bilatérale dans le domaine de l’industrie de défense illustre notre vision de la relation stratégique qui lie nos deux pays.

La coopération militaire bilatérale demeure également un des éléments-clés du partenariat stratégique entre nos deux pays. Grâce à elle, nous serons mieux préparés pour réagir aux défis auxquels nous sommes confrontés. Nous souhaitons que nos soldats soient prêts à assumer ensemble les missions les plus difficiles. Cela passe aussi par le renforcement de la coopération dans le domaine de la formation, de l’entraînement et des exercices, notamment dans le domaine des forces spéciales.

C’est dans l’esprit d’une approche progressive et systématique que nous avons signé à Paris, le 7 mai 2013, en présence de nos chefs d’Etat, une lettre d’intention, qui présente la vision de notre coopération en matière de défense, ses buts et ses priorités. Dans la continuité de cette Loi, nous allons bientôt signer des accords plus détaillés.

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La France et la Pologne profitent d’un moment unique dans leur histoire commune. Ayant atteint un niveau de coopération inédit et indispensable, nous souhaitons exercer un effet d’entraînement, en priorité sur nos partenaires du triangle de Weimar et du groupe Visegrad, sur nos partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN. Face au risque de déclin stratégique qui menace le continent européen, nous avons l’occasion d’avancer vers une Europe de la Défense moderne et tournée vers les défis du futur.

Dernière modification : 12/11/2013

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