Signature d’un accord entre les groupes DCNS et MARS [pl]

Mesdames et messieurs les parlementaires ;

Amiral ;

Mon Général ;

Mesdames, messieurs ;

Je souhaite tout d’abord vous remercier d’avoir répondu favorablement à mon invitation inaugurant la coopération entre les groupes MARS et DCNS relative à la construction des sous-marins en Pologne, dans le cadre du programme « ORKA », deux groupes que j’aimerais féliciter de leur excellente initiative.

Comme vous le savez, notre industrie navale repose sur des siècles de tradition navale, mais aussi sur les savoir-faire de notre marine nationale, engagée sur tous les océans et sur toutes les mers. La France dispose en effet du deuxième domaine maritime mondial et assume ses responsabilités à cet égard.

I. La marine française repose sur un triptyque :
- les missions permanentes : connaissance, anticipation et dissuasion,
- les opérations extérieures (Opex)
- et l’action de l’État en mer.

La composante océanique de la force de dissuasion, qui assure depuis 42 ans une permanence ininterrompue sous la mer, forme certainement l’épine dorsale de l’expérience dont jouit notre pays dans le domaine des sous-marins.

Cette expérience est complétée par celle qu’apporte la sous-marinade conventionnelle, à propulsion nucléaire ou pas, car nous maîtrisons également le mode de propulsion classique, sur un mode innovant, comme l’anaérobie. Et là aussi, elle est, je crois pouvoir le dire, de premier ordre, car c’est un volet actif – et constamment testé en conditions réelles, c’est-à-dire en opérations – de notre panoplie militaire. Permettez-moi de m’y arrêter un instant, car c’est certainement cette dimension qui revêt du point de vue polonais, me semble-t-il, le plus grand intérêt.

Nos sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) ont en effet démontré, tout récemment encore au cours des opérations en Libye, leur capacité à mener des missions de renseignement près des côtes, grâce à des capteurs électroniques et optroniques, pour savoir ce qui se passait à terre avant et pendant la crise, sans élever le niveau de celle-ci par une présence trop visible. Ils sont tout aussi utiles dans la lutte anti-sous-marine ou le contrôle de zone. En effet, le SNA permet, grâce à sa vitesse et à son autonomie, de couvrir des zones importantes et de faire peser une incertitude sur l’adversaire. Lors de la crise du Kosovo en 1999, par exemple, la marine serbe est restée au port du fait de la présence des SNA en Mer Adriatique.

Les déploiements de nos bâtiments constituent un autre volet de nos missions permanentes dans le cadre de la fonction stratégique « connaissance et anticipation », en d’autres mots, le recueil du renseignement. Ils nous confèrent, outre une bonne connaissance de nos zones d’intérêt, une réactivité toujours appréciée pour intervenir dans des délais courts à tout événement. La Marine nationale a donc poursuivi ses patrouilles dans l’immense zone économique exclusive (ZEE) de la France.

Dans le domaine des opérations extérieures, enfin, la marine a pris part aux opérations en Libye, puis à l’opération Serval au Mali. Finalement, les opérations en Libye ont constitué un retour aux fondamentaux avec la présence de notre groupe aéronaval, de Frégates et de sous-marins. Nos avisos et frégates furtives ont tiré des centaines d’obus contre des objectifs à terre. Cela démontre qu’à l’ère des missiles, il est important de conserver les armements classiques. Mais les résultats obtenus grâce aux missiles de croisière, et l’utilisation qui en a été faite par les forces françaises en Libye notamment (tirés depuis nos Rafale), souligne aussi l’atout que sa possession constitue pour le pays détenteur de cette capacité. Le lien entre notre capacité de renseignement et notre capacité à utiliser des missiles de croisière est, ici, évident.

Au total, notre Marine nationale a acquis, au fil des missions qui lui ont été confiées, un savoir-faire, une expérience, des connaissances dont disposent très peu de forces navales dans le monde. Et pour le cas particulier qui nous occupe aujourd’hui, l’expérience accumulée dans ces conditions par nos 3000 sous-mariniers est sans doute la seule de ce niveau qui soit proposée à la Pologne – tel est en effet l’un des objets de la LoI signée le à l’occasion des consultations intergouvernementales, le 29 novembre 2013 par nos deux ministres de la défense.

II. La nature particulièrement exigeante des besoins de notre marine et de nos forces armées dicte un haut niveau de qualité de notre industrie de construction navale.

C’est particulièrement vrai des sous-marins. Selon des études menées par des analystes industriels internationaux, les sous-marins seraient les produits industriels les plus complexes conçus par l’homme. Par exemple, Le Terrible, dernier-né de nos sous-marins, qui déplace plus de 14 000 tonnes, intègre 1 million de composants et sa réalisation requiert 14 millions d’heures de travail. Avec ses 250 tonnes, un avion de ligne nécessite « seulement » 100 000 pièces et 50 000 heures de travail. Une voiture de 1,9 tonne n’est constituée « que » de 3 000 pièces, dont l’assemblage ne nécessite que 23 heures de main-d’œuvre en moyenne. Je vous laisse imaginer le niveau technique et la préparation opérationnelle que l’on exige de nos sous-mariniers.

La France a compris depuis plusieurs années que la période des « ventes sur étagère » était révolue. Elle a, bien au contraire, besoin de partenaires pour partager son expérience, pour produire en coopération ses matériels et pour investir ensemble dans le domaine de la recherche et du développement. Dans le domaine naval, la France est engagée dans de nombreux programmes internationaux comme l’hélicoptère NH-90 ou les frégates Horizon et FREMM, déjà équipées de missiles Aster, également développés en coopération ... S’y ajoute évidemment le sous-marin Scorpène, lui aussi conçu pour être construit dans un cadre de partenariat industriel, comme en attestent les beaux succès de notre coopération avec l’Inde et le Brésil.

L’année 2014 va voir également le déploiement des 60 premiers missiles de croisière navals sur nos frégates FREMM, puis sur nos sous-marins d’attaque Barracuda. Ces missiles de croisière ont été également été développés dans un cadre international, par la firme européenne MBDA, et constituent une évolution des missiles britanniques Storm Shadow et français Scalp, désormais en service depuis plusieurs années et « combat proven », testés en opération. Le sous-marin Scorpène, que DCNS propose pour la Pologne avec le soutien de l’Etat français, est également adapté à la mise en œuvre d’une telle capacité de frappe dans la profondeur : le missile de croisière naval pourra être embarqué sur ce sous-marin.

Au total, il n’est pas de marine puissante sans une industrie navale forte. La France peut être, j’en suis convaincu, le partenaire de la Pologne pour moderniser sa marine de Guerre et pour transférer aux chantiers navals polonais la technologie, l’expérience, le savoir-faire de la construction comme de l’entretien des bateaux – de surface autant que sous-marins – les plus performants au monde. A un moment où la Pologne marque avec raison sa volonté de « poloniser » la production de ses armements, le projet conjoint de MARS et DCNS me paraît à même de doter votre pays d’une industrie de la construction navale militaire, à hauteur d’un millier d’emplois hautement qualifiés sur 10 ans au moins, en vous adossant à un opérateur français qui figure parmi les meilleurs au monde.

Je suis maintenant particulièrement heureux de donner la parole aux représentants de la Direction générale pour l’armement et aux industriels français et polonais, à l’occasion de la coopération entre les groupes MARS et DCNS relative à la construction des sous-marins en Pologne, dans le cadre du programme « ORKA ». Il s’agit, je le répète, d’un partenariat industriel équilibré, avec une approche gagnant-gagnant.

Ensemble, nous pouvons, je crois, mieux répondre aux enjeux de sécurité de notre monde, en les conciliant au mieux avec les enjeux économiques de nos deux pays.

Dernière modification : 10/07/2014

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