Séminaire "25 ans de décentralisation en Pologne"

Discours d’ouverture du séminaire « 25 ans de décentralisation en Pologne :
Bilan et perspectives de la coopération décentralisée franco-polonaise »

Mercredi 18 novembre, 9.30, Ambassade salle de conférence.

Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis de vous recevoir au sein de notre Ambassade, à un moment où notre pays a de nouveau été confronté à l’horreur vendredi dernier, après avoir déjà payé un lourd tribut en janvier. Aujourd’hui, nous nous retrouvons une fois de plus dans l’épreuve, dans la douleur partagée et dans une communion de sympathie avec les victimes de ces « des actes d’une barbarie absolue » selon les termes du Président de la République.

La France est aujourd’hui en deuil, et tous ses amis également – ils sont nombreux en Pologne, comme l’a montré cette formidable vague de sympathie depuis samedi. De nombreux Polonais sont en effet venus nous témoigner leur amitié, et je les en remercie du fond du cœur. La Pologne a démontré un soutien et une solidarité sans faille, que ce soit au plus haut niveau comme à celui de citoyens anonymes, bouleversés par l’horreur, nombreux à avoir laissé un message, une bougie ou une fleur devant cette Ambassade, comme vous avez certainement pu l’observer. La venue en ces lieux – dans la salle même où nous nous trouvons – avant-hier du nouveau gouvernement polonais au grand complet, est une marque supplémentaire de l’importance et de la chaleur des relations entre nos deux pays.

Mesdames et Messieurs, je voudrais maintenant vous inviter à profiter de ce moment de partage pour exprimer notre attachement ces valeurs d’humanité et de liberté qui nous sont communes et qui ont été attaquées vendredi dernier à Paris, en vous levant et en vous joignant à moi dans une minute de silence en hommage à toutes les victimes de cette tragédie.

(…)

Nous avons tenu à maintenir ce séminaire portant sur le bilan et les perspectives de la coopération décentralisée franco-polonaise 25 ans après le début du processus de décentralisation en Pologne, et dont le sujet nous paraissait d’autant plus d’actualité au vu des évènements récents. Vous le savez, les premiers jumelages entre communes, marquant le début d’une réelle coopération décentralisée au niveau international, ont été signés au sortir de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de réconciliation franco-allemande, essentiellement motivés par la volonté de préserver et de rendre possible la paix, pour que notre continent ne connaisse « plus jamais ça ».

Je voudrais donc aujourd’hui plus que jamais vous rappeler le rôle essentiel des collectivités dans l’action internationale et le rapprochement entre les citoyens, à travers la coopération décentralisée. Il me semble qu’au-delà de la politique conduite par les Etats, les acteurs locaux doivent être impliqués afin de donner une réalité concrète et significative aux relations diplomatiques et bilatérales qu’entretiennent nos pays.

Ainsi les collectivités locales, et donc les élus, sont confrontées à un enjeu essentiel pour l’ensemble de nos sociétés : la cohésion, la capacité à vivre ensemble. Ces derniers doivent aussi faire face à la violence sous toutes ses formes. Et quand cette violence prend une dimension terroriste, il s’agit d’une agression supplémentaire contre ce que nous voulons porter ensemble, les valeurs de liberté, de tolérance, de respect et de diversité. Les élus locaux, où qu’ils se situent, sont des vigies qui font prévaloir ces valeurs.

Pour mener cette action internationale, les élus ont mis en œuvre, dans leurs différents niveaux d’administration, des moyens financiers et humains, qui sont au service de projets et d’ambitions que nous partageons et en premier lieu la défense de nos idéaux démocratiques. Et les collectivités territoriales ont un rôle à jouer pour favoriser l’apaisement et l’enracinement de ces valeurs au niveau local, à l’aune de leurs expériences passées.

Mais aujourd’hui, c’est également autour des enjeux du développement durable que l’action internationale des collectivités locales doit se focaliser. A cet égard, il y aura en France prochainement un important évènement qui concernera les collectivités locales. Je veux parler bien sûr de la COP21, Conférence des Nations Unies sur le climat, qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain. L’enjeu de cette dernière est crucial : contenir le dérèglement climatique qui menace nos sociétés et nos économies. Or la lutte contre le réchauffement climatique est bien avant tout un défi local, puisque d’ici 2050, les villes accueilleront les 2/3 de l’humanité et émettront 70% des gaz carboniques. Or si les villes sont aujourd’hui particulièrement confrontées au défi climatique, elles sont dans le même temps des lieux décisifs d’innovation et d’expérimentation et apportent des solutions durables déterminantes pour répondre à ce défi. Ici en Pologne, c’est dans cette dynamique que s’inscrit l’initiative ECO-MIASTO, lancée par l’Ambassade en 2013 afin de favoriser les échanges entre communes françaises et polonaises sur les politiques de développement urbain durable. J’en profite à ce propos pour remercier ZMP pour le patronage qu’elle nous octroie et pour son soutien depuis la mise en place de ce projet qui reçoit, au fil des ans un écho positif des villes de Pologne. Je vois ainsi une complémentarité entre notre diplomatie climatique au niveau international et l’action de terrain conduite par notre ambassade en direction des collectivités polonaises.

La coopération décentralisée comporte bien sûr d’autres enjeux, qu’ils soient culturels, économiques, linguistiques, scientifiques et encore bien d’autres, que je n’aurai pas le temps de détailler ici mais qui seront j’en suis sûr abordés lors du séminaire.

Je voudrais maintenant vous dire quelques mots plus particulièrement sur la coopération décentralisée franco-polonaise, qui sera notre objet d’étude lors de cette journée. Cette dernière est ancienne, puisque le premier accord de coopération recensé entre une collectivité française et une collectivité polonaise a été conclu en 1959 par les communes de Gennevilliers et d’Ostrowiec.
Toutefois, notre coopération décentralisée a connu une accélération au début des années 1990, et ce afin d’accompagner la transition démocratique en Pologne, avec notamment le rôle fondamental de la Fondation France-Pologne dans ce processus. La majorité des accords de coopération franco-polonais a d’ailleurs été signée durant cette période et prend principalement la forme de jumelages entre communes – environ 160 à ce jour. Puis, progressivement, la coopération décentralisée a trouvé une expression plus large à l’occasion de partenariats entre conseils régionaux et voïvodies polonaises, notamment à partir du début des années 2000.

Aujourd’hui la Pologne est un partenaire majeur pour les collectivités françaises, puisqu’on compte à ce jour 303 collectivités territoriales françaises engagées en Pologne avec 258 collectivités polonaises partenaires de 449 projets de coopération décentralisée engageant tous les types de collectivités, dont 12 régions françaises, et 12 voïvodies polonaises.

Ces partenariats sont cependant à un tournant de leur histoire. Conclus à l’origine pour faciliter l’intégration des régions polonaises dans l’Union européenne et partager avec nos partenaires polonais l’expérience française de la décentralisation, ils ont par la suite étendu leur champ d’action à un grand nombre de domaines de coopération – culturel, social, économique, éducatif ou encore environnemental. Onze ans après l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne, il est nécessaire de réfléchir à la redéfinition de leurs objectifs, à la lumière des enjeux communs auxquels sont confrontés nos deux pays. Ainsi, il est frappant de noter que de plus en plus de coopérations décentralisées franco-polonaises s’inscrivent dans un format trilatéral incluant des collectivités allemandes, sous le format « Weimar ». Aussi, je crois que cette méthode nous permet également d’envisager d’autres format de coopération qu’ils soient régionaux ou transfrontaliers. Une fois de plus, l’expérience acquise dans ces domaines est un atout majeur qui ouvre d’autres champs possible de coopérations en étoffant l’offre déjà existante.

Plus que jamais, nous devons travailler ensemble à la réalisation de nos objectifs au niveau européen. L’expérience de nos collectivités en France et en Pologne peut à cet égard constituer une excellente référence pour encourager le processus de décentralisation, comme par exemple en Ukraine, à travers le renforcement des associations d’élus locaux et le soutien aux échanges entre fonctionnaires territoriaux de nos différents pays.

Ce sont précisément l’ensemble de ces questions qui seront abordées lors du séminaire par nos experts, certains venus de France malgré la situation actuelle, et que je tiens donc à remercier tout particulièrement pour leur présence. Je souhaiterais également vous transmettre les excuses de M. le Préfet, Raphaël le Méhauté, Commissaire général délégué à l’égalité des territoires et Directeur de la ville et de la cohésion urbaine, qui devait être à nos côtés aujourd’hui mais qui a malheureusement dû annuler son déplacement pour traiter des affaires urgentes à Paris, suite aux évènements de vendredi dernier.

Enfin et avant de conclure, je souhaiterais remercier notre partenaire pour l’organisation de cet évènement, l’Association des villes de Pologne et son Directeur Andrzej Porawski ici présent, ainsi que la Présidence de la République de Pologne, qui nous a fait l’honneur d’accorder son haut patronage à ce séminaire.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention et vous souhaite des travaux productifs.

Dernière modification : 18/11/2015

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