Remise de décorations à Mme Hanna Suchocka (15 juin 2016) [pl]

Cérémonie de remise de décorations
à Mme Hanna Suchocka
Résidence de France à Varsovie,
Le 15 juin 2016

Madame la Première ministre,
Excellences, Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président de la section polonaise de la Société des membres de la _ Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, cher Jean Caillot,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous voir réunis ce soir à la Résidence de France, c’est pour rendre hommage à une éminente personnalité polonaise qui a contribué, de par sa carrière et son engagement personnel exceptionnels, à promouvoir des valeurs que la France et la Pologne ont en partage, avec un dévouement qui lui vaut ce soir d’être distinguée dans l’ordre national de la Légion d’Honneur.

L’Ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802. Il récompense les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend dans le monde.

Avant de remettre ses insignes à Mme Hanna Suchocka, j’évoquerai brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui lui valent d’être ainsi distinguée par la France.

***

Madame la Première Ministre,

Vous êtes née à Pleszew, dans la voïvodie de Grande-Pologne. Vous entamez de brillantes études de droit à l’université Adam Mickiewicz de Poznań, où vous obtenez une maîtrise de droit, puis un doctorat, en 1975. Vous poursuivez tout d’abord une carrière d’enseignante, spécialiste en droit constitutionnel. Vous enseignez pendant près de dix-huit années dans votre alma mater, l’université Adam Mickiewicz de Poznań, ainsi que pendant quelques années à l’Université catholique de Lublin puis à l’Institut des études de droit de l’Académie Polonaise des Sciences. Cette carrière universitaire vous conduira également à l’étranger, notamment en tant que professeur invité aux Etats-Unis, à l’université Georgetown. Depuis 2013, vous dirigez le département de droit constitutionnel de l’université Adam Mickiewicz de Poznań.

Loin de vous cantonner à une brillante carrière d’enseignante en droit, vous décidez de vous engager en politique. Vous êtes ainsi élue députée en 1980, pour la circonscription de Poznań, sous les couleurs du Parti Démocrate, tout en vous rapprochant du syndicat libre Solidarność, dont vous partagez les idéaux de liberté et de solidarité. En octobre 1982, vous avez le courage de voter, contrairement à votre parti politique, contre la délégalisation du syndicat Solidarność, ce qui vous vaut d’être exclue du Parti Démocrate.

En 1989, vous participez activement à la transition démocratique que connaît la Pologne et êtes élue, haut la main, députée pour la circonscription de Poznań, lors des premières élections libres. Vous serez par la suite réélue à de nombreuses reprises à la Diète. En 1992, vous êtes appelée par le Président Lech Wałęsa pour former un gouvernement de coalition et devenez, le 10 juillet de la même année, la première femme Premier ministre de Pologne, à la tête d’une coalition regroupant sept partis politiques. Après votre expérience à la tête du gouvernement polonais, vous prenez à nouveau des responsabilités ministérielles en 1997, en tant que Ministre de la Justice du gouvernement Buzek.

Votre formation, mais aussi vos convictions vous amènent à produire une œuvre académique importante sur votre terrain d’expertise, celui des droits et des libertés civiques, de la protection des minorités… C’est tout naturellement que vous vous rapprochez de cette institution à laquelle la Pologne s’est empressée d’adhérer aussitôt après s’être libérée du joug du communisme, le Conseil de l’Europe. Vous présidez d’abord la délégation polonaise à l’Assemblée parlementaire du Conseil, avant d’assumer la vice-présidence de cette Assemblée.

Ardente avocate de la démocratie et de l’Etat de droit, vous êtes également conduite à siéger, de 1991 à 2016, au sein de la Commission pour la démocratie par le droit du Conseil de l’Europe, plus connue sous le nom de Commission de Venise, qui vous a accordé, il y a moins d’une semaine, le titre de Présidente honoraire de cette instance. Permettez-moi de saisir cette occasion pour vous en féliciter.

Loin de vous restreindre à un parcours déjà des plus brillants dans le monde universitaire et de la politique, vous embrassez également une carrière de diplomate en devenant, en 2001, Ambassadrice auprès du Saint-Siège et de l’ordre de Malte. Vous occupez ces fonctions pendant près de douze années – souligne de la sorte le caractère exceptionnel de la relation que vous avez établie avec le Vatican, avec votre compatriote Jean-Paul II d’abord, puis avec Benoît XVI.

Je ne serais pas complet si je ne mentionnais une autre de vos passions qui nous rapproche, celle pour la beauté et l’art. En témoigne le regard érudit et inspiré que vous avez porté sur les églises de la Ville éternelle dans cet ouvrage que vous avez rapporté de votre séjour à Rome - Rzymskie pasje ; kościoły stacyjne Wiecznego Miasta. Et il n’est donc pas étonnant que nous nous soyons souvent croisés autour d’événements organisés avec la France par le Musée du Château royal, à la Rada Powiernicza duquel vous siégez.

Ce n’est donc pas seulement, Madame la Première Ministre, une amie de la France que mon pays a souhaité honorer, mais aussi un parcours exceptionnel de par sa richesse et sa diversité, conjugué à votre engagement sans faille au service des valeurs de liberté et de démocratie que nos deux pays ont en partage, la France a souhaité vous honorer en vous nommant commandeur de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Hanna Suchocka, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de commandeur de l’Ordre national de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 25/08/2016

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