Remise de décorations à Mme Anne Duruflé, M. Aleksander Hall et Mme Teresa Kaminska [pl]

Remise de décorations à Mme Anne Duruflé,
M. Aleksander Hall et Mme Teresa Kaminska

(Résidence de France à Varsovie, le 13 février 2015)

Monsieur le Premier ministre,
Meesieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Madame la Présidente,
Chère Anne,
Mesdames et Messieurs, chers amis,


Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous réunir ce soir à la Résidence de France à Varsovie, c’est pour rendre hommage à trois personnalités qui ont contribué et qui contribuent de manière remarquable au rayonnement de la France en Pologne, avec un dévouement qui leur vaut ce soir d’être distingués des Ordres nationaux du Mérite et de la Légion d’honneur.

L’Ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802 et l’Ordre national du Mérite par le général de Gaulle en 1963. Tous deux récompensent les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend et promeut dans le monde.

Avant de remettre leurs insignes à Mme Teresa Kaminska, à Mme Anne Duruflé et à M. Aleksander Hall, permettez-moi d’évoquer brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leur valent d’être ainsi distingués par la France. Gdansk est particulièrement à l’honneur ce soir, puisque nous décorons deux de ses plus éminents représentants, qui continuent à faire vivre l’héritage de Solidarnosc.

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Madame la Présidente, Madame Teresa Kaminska,

Vous êtes née à Kraśnik Fabryczny, dans la voïvodie de Lublin. Vous suivez des études en biologie des eaux auprès de l’Académie agro-technique d’Olsztyn où vous obtenez votre diplôme d’ingénieur en 1981 et y devenez maître-assistant. Votre carrière de spécialiste en sérologie clinique vous conduit dans plusieurs centres hospitaliers des villes de Braniewo et de Gdańsk, ainsi qu’auprès de la station régionale épidémiologique et sanitaire de Gdańsk.

Mais les années 1980 vous voient surtout vous engager en faveur de l’opposition démocratique polonaise, en devenant membre de la Commission épiscopale d’aide aux victimes de la répression. Vous menez ainsi de front et avec courage votre activité professionnelle dans le secteur de la santé parallèlement à celle de militante ardente de la cause démocratique.

Responsable du Secrétariat national à la santé de Solidarnosc, vous devenez, lors du retour de la Pologne à la démocratie, membre du Conseil de la santé du président de la République Lech Walesa.

Vous apportez par la suite votre expertise, vos convictions et votre talent au premier projet de réforme globale du système d’assurance maladie de la Pologne démocratique. Entre 1997 et 1999, vous êtes ministre en charge de la mise en œuvre de quatre grandes réformes du gouvernement Jerzy Buzek pour les soins de santé, les retraites, la décentralisation et l’éducation.

Entre 1999 et 2001, vous êtes à nouveau aux premières loges d’un autre changement historique de la Pologne, celui lié à son engagement européen. Vous prenez activement part au processus d’harmonisation juridique préalable à l’adhésion de votre pays à l’Union européenne. Entre 2003 et 2004, vous consacrez la même énergie au service d’une étude menée pour les collectivités locales sur l’utilisation des aides de l’UE.

Après avoir ensuite travaillé pendant plusieurs années pour la région de Poméranie, en étant présidente du conseil de surveillance de son Agence de développement, vous en êtes depuis 2007 la Présidente de la zone économique spéciale. A ce poste, vous n’avez de cesse de soutenir le renforcement des liens entre la Pologne et la France dans le domaine économique et dans ceux de l’éducation et de la recherche appliquée.

Votre engagement en faveur de la démocratie, votre parcours et votre action en faveur du renforcement des liens entre votre pays et la France vous valent aujourd’hui de recevoir les insignes de commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Teresa Kaminska, au nom du Président de la République française, nous vous remettons les insignes de commandeur de l’Ordre national du Mérite.

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Madame Anne Duruflé, chère Anne

Vous êtes née à Lisieux, dans le département du Calvados, mais vos études vous conduisent très vite à vous intéresser à l’Europe centrale et orientale. Après un DESS à Sciences Po Paris consacré à l’URSS et aux pays d’Europe de l’Est, ainsi que plusieurs diplômes sanctionnant votre maitrise de l’anglais, du russe et du polonais, vous entamez dès 1974 une carrière que vous consacrez à la promotion et au développement de l’action culturelle extérieure de la France. Vous y avez œuvré aussi bien à la diffusion de la langue qu’à l’influence française dans le monde.

Attachée culturelle auprès de cette Ambassade de 1982 à 1986, où nous avons eu le plaisir de servir ensemble sous l’autorité d’un ambassadeur remarquable, grand ami de la Pologne, Jean-Bernard Raimond. Vous offrez alors à ce poste un soutien remarqué non seulement aux milieux artistiques et universitaires polonais, mais aussi à la dissidence, tant, il est vrai, ces milieux se confondaient souvent.

Votre carrière prend un nouveau tournant à la faveur de l’effondrement du communisme, lorsqu’en 1991 vous retrouvez, armée de votre remarquable connaissance de la langue et de la culture polonaises, le chemin de Varsovie. Vous y exercez les fonctions de directrice de la toute nouvelle Fondation de Pologne, puis de représentante permanente de celle-ci à Varsovie, sous l’autorité d’un grand commis de l’Etat, Jacques de Chalendar, qui vient de nous quitter. Et j’aimerais bien sûr saisir cette occasion pour lui rendre un hommage appuyé. C’est à ce titre que vous participez ainsi au développement du secteur associatif et de la coopération décentralisée dans la Pologne post-communiste. Tant durant votre premier séjour qu’à l’occasion des séjours suivants, vous avez contribué à jeter en direction de la Pologne ces ponts qui aujourd’hui encore forment l’armature de la relation entre nos deux pays.

Vos pas vous conduisent en 1999 à Moscou, où, comme attachée culturelle, vous mettrez notamment à l’honneur des projets majeurs de coopération dans le domaine du théâtre, des arts plastiques, de la musique et de la danse. C’est toujours avec zèle et maîtrise que vous exercerez ensuite vos fonctions de Conseillère de coopération et d’action culturelle et de directrice de l’Institut français, successivement à Kiev et à Ljubljana.

Cette distinction qu’il m’est particulièrement agréable de vous conférer aujourd’hui récompense une longue carrière tout entière dévouée, avec une passion, une énergie et une compétence qui ne se sont jamais démenties, au service public. C’est grâce à des personnalités comme la vôtre que notre pays peut déployer un tel rayonnement culturel au-delà de ses frontières. C’est pour ces raisons que le Président de la République a souhaité distinguer vos mérites en vous nommant Chevalier de la Légion d’honneur.

Anne Duruflé, au nom du Président de la République française et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier de la Légion d’honneur.

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Monsieur le Ministre, Monsieur Aleksander Hall,

Né à Gdańsk, en Poméranie, vous vous engagez très jeune au service de vos idéaux démocratiques au sein de différents mouvements tenant tête au régime communiste. Fervent militant de Solidarnosc, vous intégrez les structures clandestines de ce syndicat après que le général Jaruzelski ait proclamé la loi martiale, le 13 décembre 1981, ce qui vous conduira à vivre dans la clandestinité pendant plusieurs années.

Les années 1980 vous voient également prendre la plume pour plusieurs périodiques de l’opposition démocratique, lesquels parviendront, malgré la censure, à être publiés. Vous collaborez ainsi notamment avec l’hebdomadaire catholique Tygodnik Powszechny. Vous êtes également très actif au sein du Conseil de représentants de la société auprès du Primat de Pologne. Proche collaborateur de Lech Walesa, vous poursuivez à ses côtés le combat pour une Pologne libre et démocratique, ce qui qui vous conduira à participer en 1989 aux négociations des accords de la « Table ronde ».

Au lendemain de la chute du régime communiste, vous jouez un rôle de premier plan dans la reconstruction de votre pays et dans la consolidation de sa démocratie, d’abord en tant que ministre au sein du gouvernement de transition de Tadeusz Mazowiecki, de 1989 à 1990, puis en tant que député de votre ville de Gdańsk, devenant ainsi l’un des acteurs majeurs de la vie politique de la nouvelle Pologne démocratique.

Historien de formation, vous avez également su mener avec talent, parallèlement à votre engagement politique, une tout aussi brillante carrière d’intellectuel dans laquelle l’histoire de la pensée politique en France, notamment celle du général de Gaulle, tient une place importante. Aussi parmi les nombreux ouvrages que vous avez écrit me permettrez-vous de citer, de manière non exhaustive : Charles de Gaulle, Naród i państwo w myśli politycznej Charles’a de Gaulle’a, Francja i wielcy Francuzi ou encore plus récemment Historia francuskiej prawicy 1981–2007.

Parfait francophone en plus d’être un fin connaisseur de l’histoire politique de notre pays, vous avez grandement contribué à faire connaître celui-ci en Pologne. Vous avez d’ailleurs présidé le groupe d’amitié France-Pologne de la Diète. Vous poursuivez aujourd’hui avec le même engagement et la même volonté votre action en faveur du resserrement des liens entre nos deux pays dans votre région de Gdańsk.

C’est votre combat exemplaire en faveur de la démocratie et de la liberté, ainsi que votre engagement ferme et constant au service de la relation franco-polonaise que la France entend aujourd’hui récompenser en vous remettant les insignes d’officier de l’Ordre de la Légion d’honneur.

Aleksander Hall, au nom du Président de la République française, nous vous remettons les insignes d’officier de la Légion d’honneur./.

Dernière modification : 13/02/2015

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