Remise de décorations à Mme Agnieszka Odorowicz, à M. Jerzy Radziwilowicz, à Mme Elzbieta Nowakowska-Soltan et à Mme Ewa Pajestka-Kojder

Remise de décorations
à Mme Agnieszka Odorowicz, à M. Jerzy Radziwilowicz,
à Mme Elzbieta Nowakowska-Soltan et à Mme Ewa Pajestka-Kojder
16 mars 2016,
Résidence de France à Varsovie,

Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Monsieur le Citoyen d’honneur de la ville de Gdansk,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous voir réunis ce soir à la Résidence de France, c’est pour rendre hommage à quatre personnalités qui ont, chacune à leur manière, contribué par leur engagement au rayonnement et au succès de la France en Pologne, avec un dévouement qui leur vaut ce soir d’être distinguées dans l’ordre des Arts et des Lettres et dans l’Ordre national du mérite.

L’Ordre des Arts et des Lettres, institué en 1957, récompense les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres, en France et dans le monde. L’Ordre national du Mérite, institué par le général de Gaulle en 1963, récompense pour sa part les mérites de personnalités qui se sont signalées par les services rendus à la France ou aux causes qu’elle soutient.

Je saisis l’occasion pour saluer le président de l’Association des membres de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, M. Jean Caillot.

Avant de remettre leurs insignes à Mme Agnieszka Odorowicz, à M. Jerzy Radziwilowicz, à Mme Elzbieta Nowakowska-Soltan et à Mme Ewa Pajestka-Kojder, j’évoquerai brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leur valent d’être ainsi distingués par la France.

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Mme Agnieszka Odorowicz, Madame la Ministre,

Née à Katowice, vous suivez des études auprès de la faculté des sciences économiques de l’Université d’économie de Cracovie, dont vous êtes diplômée. Votre carrière professionnelle, particulièrement riche, vous amène très vite à devenir la vice-présidente de l’Association Stowarzyszenie Kultury Akademickiej „Instytut Sztuki” de Cracovie ainsi qu’à enseigner l’économie et la mercatique auprès de votre ancienne université.

Forte de cette expérience au service de la diffusion de la Culture sous toutes ses formes, vous êtes nommée, en 2004, Secrétaire d’Etat au ministère de la Culture, en charge du budget et des affaires juridiques et parlementaires. C’est à ce poste que vous participez à la création de l’Institut du Film Polonais (le Polski Institut Sztuki Filmowej) dont vous avez été nommée directrice en 2005 et que vous avez dirigé pendant 10 ans.

A ce poste, vous contribuez à soutenir la production cinématographique polonaise. La Pologne dispose il est vrai d’un terreau très fertile, comme l’illustre la nouvelle génération de réalisateurs qui a pris la relève des précurseurs de l’école de Lodz. En témoigne par exemple le magnifique film “Ida” de Pawel Pawlikowski, couronné entre autres de l’Oscar du meilleur film étranger en 2015.

En tant que directrice de l’Institut du Film Polonais, vous participez activement à la mise en place d’un système permettant de financer les projets portés par de jeunes réalisateurs. Votre Institut a ainsi soutenu plus de 130 d’entre eux depuis 2005 grâce à une redevance versée par l’industrie cinématographique. Cette redevance, inspirée d’ailleurs du modèle français, permet également de rénover des cinémas indépendants et d’assurer la formation de la jeune garde de réalisateurs polonais. Cette action est essentielle pour le maintien d’un cinéma pluriel et créatif.
Votre activité professionnelle ne se limite cependant pas à celle, déjà très prenante, de directrice de l’Institut du Film Polonais. En effet, vous êtes également scénariste et à ce titre, avez écrit plus de 20 scenarii et produisez fréquemment des œuvres polonaises.

Par ailleurs, vous êtes également très engagée dans la lutte pour le progrès des droits des femmes, et avez rejoint, dès sa création en 2009, le Congrès des femmes. C’est une nouvelle manifestation de votre engagement en faveur de l’activation de la société civile.

Votre contribution remarquable au développement et la diffusion des arts que la France entend honorer en vous nommant chevalier des Arts et des Lettres.

Agnieszka Odorowicz, au nom de la Ministre de la Culture et de la Communication, nous vous remettons les insignes de chevalier des Arts et des Lettres.

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M. Jerzy Radziwilowicz,

Vous êtes né à Varsovie. Passionné de théâtre, vous avez décidé de dédier votre vie à l’art du métier d’acteur. Après une formation à l’Ecole supérieure de théâtre de Varsovie, vous avez rejoint le Théâtre Stary de Cracovie avant de revenir ensuite au Théâtre national de la capitale. Votre activité débordante et votre érudition vous conduisent à y jouer de très nombreux rôles depuis plus de 20 ans, contribuant à faire de Varsovie l’une des capitales de la culture européenne.

Mais c’est surtout à travers vos rôles au cinéma que le grand public vous connaît. Vous avez en effet collaboré avec les plus grands réalisateurs. En Pologne, vous avez notamment joué sous la direction d’Andrzej Wajda. Vous jouez ainsi dans L’Homme de marbre puis dans sa suite, l’Homme de fer, lequel obtiendra la Palme d’or au festival de Cannes. Je me réjouis de pouvoir saluer la présence ce soir du réalisateur de ces films, M. Andrzej Wajda. Vous jouerez ensuite dans Les Possédés, inspiré de l’œuvre de Dostoïevski.

Francophone accompli, vous n’avez eu de cesse de renforcer votre lien et celui de la Pologne avec la France et sa culture en vous mettant au service de certains des plus grands réalisateurs francophones, qu’ils soient Français ou non, je pense à Jean-Jacques Andrien, le grand cinéaste belge. Vous tournez notamment en 1982 dans le film Passion, de Jean-Luc Godard, aventure durant laquelle vous travaillez avec l’un de nos plus prolifiques et talentueux acteurs, Michel Piccoli, lequel, devenu réalisateur, vous choisira à son tour pour travailler avec lui, dans le rôle principal de son film La Plage noire, en 2001. Votre engagement en faveur du rayonnement des arts, en France et ailleurs, vous a d’ailleurs déjà valu d’être distingué par la République française, en étant nommé en 1993 dans l’ordre des Arts et des Lettres, au rang de chevalier.

Votre immense activité artistique ne se résume cependant pas au cinéma. En effet, vous vous êtes également produit dans des pièces ou avez mis en scène des œuvres dans de grandes institutions culturelles françaises, vous amenant à ce titre à sillonner la France, de Villeurbanne à l’Odéon en passant par la Comédie de Saint-Etienne et le théâtre national de Chaillot, et j’en oublie encore. Par ailleurs, vous avez également traduit en polonais certaines des plus grandes pièces du répertoire classique. Don Juan et Tartuffe de Molière, mais aussi La fausse Suivante de Marivaux sont désormais accessibles aux lecteurs polonais, grâce à vous.

La France, reconnaissante de votre engagement constant pour la diffusion de la langue et de la culture française, a souhaité aujourd’hui vous distinguer en vous nommant officier des Arts et des Lettres.

Jerzy Radziwilowicz, au nom de la Ministre de la Culture et de la Communication, nous vous remettons les insignes d’officier des Arts et des Lettres.

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Mme Elzbieta Nowakowska-Soltan, Mme la directrice,

Vous êtes née à Łódź. Passionnée de littérature et de philosophie, vous vous plongez très tôt dans le monde si particulier de l’édition.

Vous êtes ainsi tout d’abord éditrice à la maison édition PWN (Państwowe Wydawnictwo Naukowe) de 1971 à 1992, puis vous fondez, avec Mme Ewa Pajestka-Kojder, qui est aussi honorée ce soir et que je salue, la maison d’édition Oficyna Naukowa. Grâce à votre talent et votre énergie, vous transformez ce projet naissant en un repère incontournable de la scène littéraire polonaise, en particulier dans le domaine des sciences humaines et sociales.

C’est dans ce cadre que, depuis plus de 20 ans, vous œuvrez à la diffusion en langue polonaise des livres des meilleurs spécialistes, penseurs, sociologues et philosophes internationaux, notamment français.

Dans le domaine de la sociologie, c’est plus particulièrement l’œuvre de Pierre Bourdieu, d’Alain Touraine et de Jean-Claude Kaufmann que vous contribuez à faire connaître en Pologne. Je mentionnais à l’instant Pierre Bourdieu, c’est l’un des nombreux auteurs de la collection Terminus, l’une de vos plus importantes séries de publications, qui regroupe un ensemble impressionnant de philosophes et sociologues contemporains.

Dans le champ de l’Histoire, la liste des penseurs et historiens français que vous avez publiés est trop longue pour être égrenée ici. Cependant, permettez-moi de citer, entre autres, les noms de Marc Bloch, Fernand Braudel et Mona Ozouf, lesquels sont, grâce à vous, désormais accessibles aux lecteurs polonais.

«  Il est bon qu’il y ait des hérétiques. » écrivait Marc Bloch dans l’Etrange défaite, reprenant ainsi une formule d’Alain. La tâche d’éditer des penseurs contemporains est peut-être une tâche d’hérétiques, tant elle peut en effet sembler être en décalage avec les impératifs économiques immédiats. Elle n’est en tout cas jamais aisée. Diffuser des auteurs étrangers, qui plus est dans le contexte actuel où le secteur de l’édition doit affronter des difficultés économiques, est une entreprise qui mérite tout particulièrement d’être saluée.

La France, reconnaissante pour votre engagement remarquable en faveur de la diffusion de la culture française ainsi que pour votre combat pour la transmission de la pensée contemporaine, laquelle est indispensable pour comprendre et agir sur le monde qui nous environne, a souhaité vous distinguer en vous nomment aujourd’hui chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Elzbieta Nowakowska-Soltan, au nom du Président de la République française, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite.

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Mme Ewa Pajestka-Kojder, Mme la directrice,

Vous êtes née à Varsovie et avez également rejoint très tôt, dès 1975, la maison édition PWN (Państwowe Wydawnictwo Naukowe) en tant qu’éditrice spécialiste de la sociologie où vous faites la connaissance de Mme Elzbieta Nowakowska-Soltan. Après 16 ans de bons et loyaux services, c’est avec cette dernière que vous cofondez la maison d’édition Oficyna Naukowa mentionnée précédemment et dont j’ai déjà eu le privilège d’évoquer l’action exceptionnelle.

Exceptionnelle en effet de par sa diversité et sa richesse, votre maison d’édition contribue de manière remarquable à diffuser l’ensemble de la pensée contemporaine, que celle-ci soit l’œuvre de sociologues, d’anthropologues ou encore d’historiens.

Exceptionnelle également car comme je l’ai déjà mentionné, le secteur de l’édition spécialisée dans la diffusion des sciences humaines et sociales connaît une période délicate, due notamment à la suspension du système de subventions publiques. Malgré cela, en francophone accomplie que vous êtes, vous continuez à œuvrer pour la diffusion de la pensée française en Pologne.

Exceptionnelle enfin car cette œuvre de transmission répond aux réels besoins du milieu universitaire et de celui de la recherche en Pologne, lesquelles souhaitent s’abreuver non seulement de la pensée polonaise mais également de celle internationale, et notamment française, avant d’y fournir leur contribution propre.

Ainsi, c’est grâce à votre action si particulière que la Pologne et la France continuent à tisser des liens intellectuels et culturels si étroits. C’est grâce à vous que des événements comme la Foire du Livre à Varsovie - laquelle avait fait de la France son invitée d’honneur en 2015 - rencontrent un tel succès en Pologne et constituent des « passeurs de culture » aussi précieux entre nos deux pays.

Aujourd’hui, c’est précisément ce rôle si exigeant et si nécessaire de messager entre nos deux cultures que la France entend honorer en vous nommant chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Ewa Pajestka-Kojder, au nom du Président de la République française, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite./.

Dernière modification : 17/03/2016

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