Remise de décorations à M. Piotr Walczak, à Mme Roza Thun et à M. Karol Modzelewski [pl]

Remise de décorations à M. Piotr Walczak, à Mme Roza Thun et à M. Karol Modzelewski 21 juin 2016, Résidence de France à Varsovie


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Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,

Monsieur le président de la section polonaise de la Société des membres de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, cher Jean Caillot,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous voir réunis ce soir à la Résidence de France, c’est pour rendre hommage à trois personnalités qui ont, chacune à leur manière, contribué par leur engagement au rayonnement et au succès de la France en Pologne, avec un dévouement qui leur vaut ce soir d’être distinguées dans l’Ordre national du Mérite et dans celui de la Légion d’Honneur.

L’Ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802. Il récompense les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend et promeut dans le monde. L’Ordre national du Mérite a quant à lui été institué par le président Charles de Gaulle en 1963 pour récompenser les mérites rendus à la nation française.

Avant de remettre leurs insignes à M. Piotr Walczak, à Mme Roza Thun et à M. Karol Modzelewski, j’évoquerai brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leur valent d’être ainsi distingués par la France.

M. le président directeur-général, M. Piotr Walczak,

Vous êtes né à Varsovie, où vous grandissez et entamez des études auprès de l’École supérieure de Commerce, avant de poursuivre celles-ci à l’étranger, en France, auprès de l’École supérieure de commerce de Tours. Une fois diplômé, vous décidez d’entamer votre carrière professionnelle en Pologne, dans le secteur agroalimentaire, pour le compte de l’entreprise française Ducros. Après quelques années au sein de cette entreprise, vous décidez de rejoindre Lactalis Polska, au lendemain de sa création, en tant que directeur commercial. A ce poste, vous contribuez activement au développement du groupe. Vous en devenez le directeur général en 1998, puis le Président directeur général cinq ans plus tard.

A la tête de la filiale polonaise du leader mondial des produits laitiers Lactalis depuis près de treize ans, vous en avez fait l’une des entreprises les plus renommées en Pologne, laquelle compte aujourd’hui plus de 600 collaborateurs et quatre sites de production. Lactalis Polska a ainsi été l’un des principaux artisans de l’évolution des habitudes alimentaires des Polonais vers des fromages à pâte molle et à croûte fleurie, comme le brie ou encore le camembert, dont la France est une grande productrice.

Vous êtes également un interlocuteur précieux de cette Ambassade et l’un des principaux soutiens aux événements que celle-ci organise pour promouvoir le renforcement de la relation franco-polonaise sur le plan économique. Au cours de ces nombreuses années à la tête de Lactalis Polska, vous vous êtes notamment engagé de manière particulièrement active et constante dans l’animation de la vie économique des entreprises françaises en Pologne. Cet engagement sans faille au service de la relation bilatérale explique ainsi que vous soyez devenu, en 2013, l’un des dix membres du Conseil économique de cette Ambassade. A ce titre, vous avez notamment accepté de co-présider, et ce de manière particulièrement active, aux côtés du président directeur-général de Bonduelle Polska, les travaux du Club AGRO qui fédère les entreprises françaises de ce secteur présentes en Pologne.

Consciente de votre engagement en faveur du rayonnement de l’économie et de la culture gastronomique françaises en Pologne, la France a souhaité vous honorer en vous nommant Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

M. Piotr Walczak, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

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Mme la députée, Mme Roza Thun,

Vous êtes née à Cracovie. Lors de vos études à l’université Jagellon, vous rejoignez les rangs de l’opposition démocratique. En 1978, vous faites ainsi partie des fondateurs du Comité étudiant de Solidarnosc, le célèbre SKS. Suivant l’exemple de Cracovie, des comités étudiants fleurissent dans les universités de Pologne et dénoncent à leur tour les abus dont sont victimes les associations étudiantes indépendantes. Lors des visites de journalistes étrangers en Pologne, vous œuvrez également avec courage afin de les informer de la lutte que mène l’opposition démocratique en Pologne. Une fois obtenue votre maîtrise de philologie anglaise, vous partez travailler en Allemagne, sans jamais abandonner la cause qui vous est chère. Vous continuez ainsi à livrer aux médias occidentaux des informations essentielles sur la lutte pour la libération de votre pays et servez d’intermédiaire aux représentants de Solidarnosc à l’étranger.

Après la chute du régime communiste, vous consacrez vos forces à l’intégration de la Pologne dans l’Union européenne, en tant que directrice puis présidente de la Fondation Schuman en Pologne, cela pendant près de treize années. Grâce à vos multiples initiatives, vous diffusez l’idée de l’Europe dans la société polonaise, et ce, à tous les niveaux. Consciente de vos mérites en faveur du renforcement de la construction européenne, une entreprise à laquelle mon pays est très attaché, la France vous nomme officier de l’Ordre national du mérite en 2004. L’année suivante, vous devenez la représentante de la Commission Européenne en Pologne. Vous quittez ce poste en 2009, lorsque vous êtes élue députée européenne. Depuis cette date, vous vous consacrez sans relâche, au sein du Parlement européen, au renforcement de l’intégration européenne, notamment en tant que membre de la Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs.

Grande amie de la France, dont vous parlez parfaitement la langue, vous n’avez eu de cesse de défendre, depuis vos plus jeunes années, la démocratie et la liberté de parole, valeurs auxquelles la France est fondamentalement attachée. Vous avez également consacré votre vie au projet européen. Conscient de votre dévouement aux causes et de la liberté et de l’Europe, chères à la France, mon pays a souhaité vous reconnaître cet engagement en vous nommant chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Roza Thun, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

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M. le sénateur, M. Karol Modzelewski,

Vous êtes né à Moscou. C’est cependant dans votre pays, à Varsovie, que vous entamez des études d’histoire à l’université de la capitale et que vous vous engagez, alors que vous n’avez pas encore vingt ans, auprès des organisations étudiantes et politiques. En 1964, vous êtes l’auteur, aux côtés de Jacek Kuron, d’une "Lettre ouverte au Parti", célèbre par la suite, dans laquelle vous critiquez sans ménagements le pouvoir communiste en place. Cela vous vaut d’être exclu de l’université de Varsovie, où vous aviez entamé votre doctorat. Quelques mois plus tard, vous êtes condamné à trois ans et demi de prison.

Une fois libéré, vous rejoignez les mouvements de contestation qui agitent la Pologne et tout le bloc communiste. Votre activisme vous conduit à nouveau à être incarcéré, en 1969. Et ce jusqu’en 1971. A partir de 1972, vous reprenez le chemin de la recherche en histoire médiévale, auprès de l’Institut d’Histoire de la Culture matérielle, de l’Académie polonaise des Sciences de Wroclaw, où vous obtenez – enfin, si j’ose dire, après ces quelques incidents de parcours, indépendants de votre volonté – votre doctorat, puis votre habilitation à diriger des recherches.

Mais la politique vous ramène à nouveau, en 1980, vers le mouvement national de contestation ouvrière. Vous êtes ainsi l’un des principaux instigateurs de la réunion des comités de grève sous la même bannière, à laquelle vous trouvez un nom, Solidarność. Vous en devenez le premier porte-parole. Lorsque l’état de guerre est proclamé le 13 décembre 1981, vous êtes à nouveau arrêté, puis incarcéré en 1982, pour sédition, et vous perdez votre poste à l’Académie polonaise des Sciences. Beaucoup réclament alors votre libération, notamment en France, où une pétition est lancée par les historiens Jacques Le Goff et Emmanuel Le Roy Ladurie, vos collègues et amis.

Votre dévouement à la libération de la Pologne du joug qui pèse sur elle est, malgré ces nombreuses épreuves, demeuré indéfectible. Vous devenez ainsi, après la chute du régime, sénateur, avant de vous retirer de la vie politique et de vous consacrer entièrement à la recherche en histoire médiévale, tout d’abord à l’Académie Polonaise des Sciences, puis à l’Université de Wroclaw et enfin, à l’université de Varsovie, depuis 1994. En 2006, vous devenez vice-président de l’Académie polonaise des Sciences (la PAN).

Vous n’êtes pas seulement une des figures de proue de la lutte pour la démocratie en Pologne. Non, vous figurez également parmi les médiévistes les plus respectés et les plus réputés au monde : votre ouvrage L’Europe des barbares : Germains et Slaves face aux héritiers de Rome, traduit en plusieurs langues, a notamment bouleversé notre vision de l’identité européenne. Vous avez remis au cœur des débats historiques l’héritage germanique et slave en Europe, en pointant du doigt la tendance à l’ethnocentrisme gréco-romain des Européens.

Parlant un français parfait, vous entretenez également et depuis fort longtemps des liens étroits avec les intellectuels français. Vous avez ainsi été professeur invité à l’Ecole pratique des hautes études en sciences sociales (l’EHESS) ainsi qu’au Collège de France.

La France a voulu reconnaître votre long combat en faveur de la libération de la Pologne et votre engagement sans relâche en faveur de la démocratie et de la liberté, conjugués à une carrière universitaire des plus brillantes, en vous nommant chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Karol Modzelewski, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 22/06/2016

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