Remise de décorations à M. Antoni Libera, à M. Wojciech Gilewski, à M. Zbigniew Kuznicki et à M. Jaromir Sokolowski [pl]

Remise de décorations à M. Antoni Libera,
à M. Wojciech Gilewski, à M. Zbigniew Kuznicki et à M. Jaromir Sokolowski

(Résidence de France à Varsovie, le 30 juin 2015)



Monsieur le Ministre,
Monsieur le Professeur,
Mesdames et Messieurs, chers amis,


Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous réunir ce soir à la Résidence de France, c’est pour rendre hommage à quatre personnalités qui ont, chacune à leur manière, un rapport très fort à la France et ont contribué par leur engagement à son rayonnement en Pologne, avec un dévouement qui leur vaut ce soir d’être distinguées dans l’Ordre des Arts et des Lettres, dans l’Ordre national du Mérite et dans celui de la Légion d’Honneur.

L’Ordre des Arts et des Lettres est l’un des quatre ordres ministériels de la République française et en conséquence l’une de ses principales distinctions honorifiques, par laquelle le Ministère de la Culture et de la Communication honore les personnes qui se sont illustrées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire, ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement de la culture française dans le monde.

L’Ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802 et l’Ordre national du Mérite par le général de Gaulle en 1963. Tous deux récompensent les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend et promeut dans le monde.
Avant de remettre leurs insignes à M. Antoni Libera, à M. Wojciech Gilewski, à M. Zbigniew Kuznicki et à M. Jaromir Sokolowski, j’évoquerai brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leur valent d’être ainsi distingués par la France.

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Monsieur Antoni Libera,

Originaire de Varsovie, vous avez fait vos études à l’Université de Varsovie et soutenu votre doctorat auprès de l’Académie Polonaise des Sciences. Co-rédacteur de la revue Puls de 1988 à 1993, vous avez assumé la fonction de directeur littéraire du Teatr Dramatyczny de Varsovie de 1996 à 2001.

Ecrivain, traducteur littéraire, metteur en scène, vous êtes devenu un spécialiste reconnu de l’œuvre de Samuel Beckett, dont vous avez traduit la totalité des pièces, ainsi qu’une partie des œuvres en prose, essais et poèmes. Vos mises en scène de ces pièces se comptent par dizaines, et ont été présentées aussi bien en Pologne qu’à l’étranger, servies par des acteurs aussi prestigieux que Maja Komorowska, Tadeusz Łomnicki, Zbigniew Zapasiewicz, Adam Ferency, Zbigniew Zamachowski, Andrzej Seweryn, Barry McGovern et David Warrilow.

Vous avez par ailleurs mis votre talent au service de la traduction des œuvres de Sophocle, Shakespeare, Racine, Hölderlin et Kawafis ainsi que de livrets d’opéras, notamment de Benjamin Britten et Krzysztof Penderecki.

Dans votre roman Madame, publié en 1998 et traduit depuis lors dans une vingtaine de langues, vous évoquez le rôle joué par la France et la culture française dans la vie d’un lycéen et étudiant, dans la Varsovie des années 1960. Une France en partie mythifiée par l’amour que le héros portait à sa professeure de français, mais qui constituait alors un horizon plus exaltant que la Pologne du temps de la PRL.

Cette attirance pour notre pays et sa culture ont pris corps dans la nouvelle traduction que vous avez donnée de Phèdre de Racine et à travers votre passion pour l’œuvre de Samuel Beckett, lui-même partagé entre la culture française et une autre culture, en l’occurrence irlandaise. Cette passion, dont vous avez fait le sujet du récit intitulé Godot et son ombre, vous a permis de faire découvrir au public polonais l’une des œuvres les plus puissantes et universelles du répertoire théâtral de langue française.

Votre engagement pour faire connaître à vos compatriotes la France et sa culture, votre talent littéraire, l’humanisme qui imprègne votre œuvre, la profondeur et l’universalité de votre démarche de création vous ont valu d’être nommé par la ministre de la Culture et de la Communication officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Antoni Libera, au nom de la ministre de la Culture et de la Communication, je vous remets les insignes d’officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

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Monsieur Wojciech Gilewski,

Originaire d’Iłża, dans la voïvodie de Mazovie, vous effectuez vos études à l’Université de Varsovie, où vous obtenez le titre de docteur ès lettres pour votre thèse intitulée « Aspects psychologiques du processus de l’interprétation ». Après un stage à l’Ecole Supérieure des Traducteurs et Interprètes de Paris, vous avez enseigné à l’Université de Varsovie et en avez été le chef du département de la Traduction jusqu’en 1990. Vous êtes ensuite parti en Argentine, en tant que chef de la section consulaire de l’Ambassade de Pologne à Buenos-Aires.

A votre retour en Pologne, vous créez votre propre cabinet de traducteur-interprète. Depuis de nombreuses années, vous partagez ainsi votre activité professionnelle entre d’une part les activités relatives à l’interprétariat, notamment pour le compte de l’Ambassade de France en Pologne à l’occasion de rencontres et de visites officielles de haut niveau entre nos deux pays ainsi que lors de conférences, et d’autre part vos activités de traductions littéraires. Cette activité de traduction vous a notamment conduit à traduire en polonais une très large palette des principaux romanciers et essayistes français, d’Honoré d’Urfé à Marcel Aymé, en passant par Georges Bataille, Marc Ferro, Françoise Chandernagor, Pascal Bruckner, Pierre Michon, Philippe Claudel, Pierre Assouline ou encore Alain Minc.

La diversité des auteurs que je viens de citer et la confiance que vous accordent de nombreuses maisons d’édition et institutions tant polonaises que françaises témoignent à la fois de votre goût affirmé pour la France et de votre connaissance profonde de la langue française. Ces qualités font de vous un véritable passeur entre votre culture maternelle polonaise et la culture française, œuvrant ainsi en faveur du renforcement des liens franco-polonais. Avec votre sens du contact humain, elles vous ont également permis d’exceller dans l’activité d’interprétariat auprès des dirigeants français reçus en Pologne lors de visites officielles, au nombre desquels M. Lionel Jospin, M. Nicolas Sarkozy et M. Laurent Fabius.

Votre contribution au rayonnement de la culture et de la littérature françaises en Pologne, ainsi que les services rendus en votre qualité d’interprète vous ont valu d’être nommé par le Président de la République chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

Wojciech Gilewski, au nom du Président de la République, je vous remets les insignes de chevalier de l’Ordre National du Mérite.

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Monsieur le Professeur, Monsieur Zbigniew Kuźnicki,

Vous êtes né à Krucz, dans la voïvodie de Grande-Pologne, où vous effectuez des études en électronique et physique du solide au sein de l’école Polytechnique de Varsovie. Vous obtenez ensuite votre doctorat ès Sciences à l’Ecole polytechnique de Wroclaw. Chercheur en électronique et physique du solide, ainsi qu’en photonique auprès de l’Académie des Sciences polonaise, vous voyez votre carrière scientifique « suspendue », en quelque sorte, au début des années 1980 par les autorités communistes en raison de votre participation aux activités du syndicat d’opposition Solidarność.

Cet ostracisme à votre endroit vaudra à la France la chance de vous accueillir. Vous poursuivez donc votre carrière scientifique dans notre pays, où vous êtes de 1985 à 1988 invité à poursuivre vos recherches au Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (LAAS) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Toulouse. Vous êtes ensuite enseignant-chercheur à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg où vous obtenez votre habilitation à diriger les recherches, puis le titre universitaire de professeur. Vous y serez directeur-adjoint du Laboratoire des systèmes photoniques. Au cours de votre longue carrière de chercheur, vous avez été l’auteur de dizaines de publications dans les revues scientifiques internationales, et avez également été l’inventeur de nombreux brevets.

Parallèlement à cette activité de chercheur, vous avez également été le principal animateur d’une collaboration régionale fructueuse dans les domaines universitaire et scientifique entre l’Alsace et la Basse Silésie, en tant que chargé de mission auprès du président de cette région française et du président de l’Université de Strasbourg. Cette collaboration a notamment permis à de nombreux étudiants français et polonais de participer à des échanges universitaires entre Strasbourg et Wroclaw. De 2012 à 2014, vous occupez les prestigieuses fonctions de directeur du centre scientifique de l’Académie polonaise des Sciences (PAN) à Paris.

Tout au long de votre brillante carrière, tant dans vos activités de recherche que dans vos fonctions d’enseignant et de coordinateur, vous avez constamment travaillé en partenariat avec vos homologues français et au sein d’organismes et d’institutions françaises, œuvrant ainsi au renforcement des liens scientifiques et académiques entre la France et la Pologne.

Aujourd’hui, c’est cet engagement au service du renforcement de la relation franco-polonaise dans le domaine scientifique que la France entend honorer en vous remettant les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Zbigniew Kuźnicki, au nom du Président de la République, je vous remets les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite.

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Monsieur le Ministre, Monsieur Jaromir Sokołowski,

Vous êtes né à Łódź, dans une famille très francophile et francophone, où la culture française était omniprésente. Votre grand-mère a en particulier joué un grand rôle dans cet attrait pour l’esprit français qui est le vôtre aujourd’hui. Les expressions françaises ont ainsi jalonné votre enfance, lorsque notamment votre grand-mère vous exhortait à faire « à mauvais jeu, bonne mine » ou moquait un certain « esprit de l’escalier ».

Vos études vous conduisent cependant dans un autre pays que la France, ami et voisin de celle-ci comme de la Pologne, l’Allemagne où vous étudiez les relations internationales à l’Université de Hambourg. Vos études vous amènent également à l’Université de Varsovie, dont vous êtes diplômé en philologie allemande.

Attiré par les questions internationales, vous entamez une carrière dans la diplomatie qui vous conduit au poste de Premier Secrétaire à l’Ambassade de Pologne à Berlin. A partir de 2003 cependant, vous devenez un commentateur spécialiste de la politique étrangère pour le compte de la télévision et de la radio polonaise, ainsi que pour la chaîne d’information en continu TVN24, tout en étant également publiciste pour les quotidiens Rzeczpospolita et Die Welt.

2005 marque un nouveau tournant dans votre carrière, puisque vous devenez l’un des conseillers de Bronislaw Komorowski, lequel est alors vice-maréchal de la Diète. Vous êtes ensuite, en 2007, son directeur général de cabinet lorsqu’il devient Maréchal de la Diète, puis, en 2010, après son élection à la tête de l’Etat, sous-secrétaire d’Etat en charge de la politique étrangère au sein de la Chancellerie présidentielle.

A ce poste, votre double connaissance de la culture allemande et française vous fait mesurer l’intérêt d’un partenariat renforcé de la Pologne avec la France, ceci afin de renforcer la coopération entre Paris, Berlin et Varsovie dans le cadre du Triangle de Weimar, gage de stabilité de cet ensemble au cœur de l’Europe, témoignant d’une compréhension profonde des ressorts politiques de notre continent et des intérêts fondamentaux de la Pologne. Vous avez ainsi grandement contribué, aux côtés d’un grand ami de notre pays, le Président Komorowski, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, à cette spectaculaire renaissance, dont nous avons été les témoins ces dernières années, de la relation entre nos deux pays. J’ai toujours trouvé, au-delà de l’amitié personnelle qui nous lie, un interlocuteur attentionné pour mettre cette relation sur les meilleurs rails, convaincu à juste titre qu’elle contribue au renforcement de notre bien commun qu’est l’Union européenne.

C’est pourquoi le niveau exceptionnel atteint aujourd’hui par cette relation vous doit beaucoup, à vous et au Président Komorowski.

Pour cette raison, La France, sensible à cet engagement inlassable au service du renforcement et du développement des liens diplomatiques et politiques entre nos deux pays, a souhaité le reconnaître en vous nommant Commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Jaromir Sokołowski, au nom du Président de la République, je vous remets les insignes de Commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 30/06/2015

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