Réception à la Résidence de France - 14 juillet 2013

Discours du 14 juillet 2013 lors de la réception à la Résidence de France

Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Maréchaux de la Diète et du Sénat,
les Ministres,
les Députés et Sénateurs,
les Généraux,
les Représentants des Églises et des Cultes religieux,
les Voïvodes,
les Maréchaux de voïvodies,
les Représentants de la Ville de Varsovie,
chers Collègues du Corps diplomatique,
chers Amis,
Monsieur le Sénateur Jean-Yves Leconte, chers compatriotes, chers concitoyens européens, chers amis de la France,

Il m’est difficile de résister à la tentation d’embrasser du regard cette année écoulée. Et quel que soit l’angle choisi, ce qui frappe, c’est que les liens entre nos deux pays bénéficient d’une dynamique vigoureuse et puissante.

Ces liens plongent leurs racines dans le sol toujours fécond d’une histoire partagée, dans les épreuves comme dans les succès remportés – et j’ai encore en mémoire les images émouvantes des deux Présidents ravivant ensemble, le 8 mai dernier, la flamme du Tombeau du Soldat inconnu, sous l’Arc de Triomphe, dans un geste symbolique auquel aucun chef d’État étranger n’avait jamais été invité.

Quatre rencontres entre les présidents en 14 mois, dont deux visites d’État, trois entretiens avec le Premier Ministre polonais, une noria de visites ministérielles, parlementaires, de séminaires, de rencontres, de débats, et de projets… Le président Komorowski affectionne l’expression « embarras de richesse », que je fais volontiers mienne pour décrire la phase que nous vivons de la relation franco-polonaise.

Nous avons la conviction, mon équipe et moi-même, qu’il nous faut mettre à profit cette effervescence pour bâtir, installer, consolider les cadres et les institutions qui permettront, à l’avenir, à cette relation entre nos deux pays de faire face aux inévitables fluctuations de la conjoncture politique. Et aussi pour insuffler cette dynamique à notre commerce bilatéral, qui est encore très en-deçà de son potentiel.

Et je m’adresse directement à vous, chers compatriotes, pour vous remercier d’être présents aussi nombreux ici ce soir et de donner ainsi la mesure de cette amitié partagée entre la France et la Pologne, à vous remercier de vous mobiliser pour en apporter chaque jour le témoignage, qui dans son entreprise, qui au Lycée français, qui dans une organisation caritative, qui dans une association. Vous êtes le visage de la France en Pologne et de cette amitié, vous êtes les acteurs vivants.

Dans cette expression de gratitude, j’entends bien sûr inclure nos amis polonais. Et rien n’incarne mieux ce lien que la Chambre de commerce et d’industrie française en Pologne, qui est le partenaire de l’ambassade pour l’organisation de notre réception.

Je remercie donc son président, Maciej Witucki, et, à travers lui, toutes les entreprises qui ont rendu possible non seulement cette magnifique réception, mais aussi le village français de la rue Francuska ouvert depuis midi à Saska Kępa, que j’ai visité cet après-midi et qui transpose à Varsovie l’atmosphère festive des communes de France en ce 14 juillet, ainsi que, ce soir, le traditionnel bal populaire.

Elles sont, ces entreprises, plus de trente à s’être mobilisées pour faire de ce jour une réussite exemplaire, représentant toutes les branches de l’excellence française, trop nombreuses pour être citées, mais dont les logos vous ont accueillis ici. Qu’elles en soient ici chaleureusement remerciées.

Sur ce, le moment est venu de dire quelques mots en polonais.

Permettez tout d’abord que j’exprime mes remerciements pour tous les témoignages de compassion qui nous ont été adressés suite au tragique accident ferroviaire de vendredi dernier près de Paris. Les autorités françaises ne manqueront pas de les communiquer aux familles des victimes et à l’ensemble de la population française. Je reviens à présent à la fête qui nous a réunis.

Ceux d’entre vous qui m’avaient fait l’honneur de célébrer avec nous la fête nationale l’an dernier m’ont déjà entendu dire mon admiration pour cette Pologne et ces Polonais qui avaient su, en 1989, changer le cours de l’histoire. Je ne me lasse pas de la redire.

Mais je crois que personne ne l’a mieux exprimée que le Président de la République française lorsqu’en novembre 2012, devant la représentation nationale, il avait observé que si la France avait été un pays fondateur de l’Europe, la Pologne en avait été un pays libérateur.

Les acteurs de cette libération sont ici, aujourd’hui, avec nous. La France vous salue - et vous le premier, Monsieur le Premier Ministre Tadeusz Mazowiecki [applaudissements]. La France salue aussi tous ceux qui ont combattu avec vous pour assouvir cette soif de liberté et de justice, ces idéaux qui animaient ces révolutionnaires qui, il y a 224 ans, en prenant la Bastille, posaient les fondements de la République.

Car la France et la Pologne, nations promptes à se lever contre l’oppression, ont aussi voulu donner du sens à ces valeurs universelles que sont la liberté et l’égalité, la fraternité et la solidarité. « Nous sommes dépositaires de cet héritage, de cet idéal, de cette ambition », disait encore le Président de la République, dans son discours devant la nation polonaise, après avoir cité Victor Hugo, « à nous d’apporter un nouveau souffle ! C’est le sort des grandes nations comme les nôtres que de savoir dépasser leurs propres intérêts pour poursuivre une cause, qui nous élève encore davantage. Cette cause, hier, était la liberté. C’est toujours la liberté, mais aujourd’hui la liberté a un nom, c’est l’Europe  ».

Et c’est bien avec ce « pays majeur de l’Europe » qu’est la Pologne – pour citer encore le Président Hollande - que la France a souhaité travailler pour faire progresser l’intégration européenne. En l’espace d’un an, nous avons redécouvert l’ampleur des intérêts communs et des convergences, et nous avons choisi de bâtir dessus.

Nous avons, et le Premier ministre Tusk en a publiquement remercié le Président de la République, fait front commun pour obtenir, dans la négociation du cadre financier pluriannuel de l’UE, le meilleur accord possible, tant pour la Pologne que pour la France, qu’il s’agisse des fonds de cohésion ou de la PAC, afin de soutenir une croissance dont l’Europe a désespérément besoin. La France a également voulu que la Pologne soit pleinement associée aux travaux sur l’avenir de l’union économique et monétaire, et qu’elle puisse rejoindre, quand elle en aura fait le choix, la zone euro.

Aujourd’hui, une autre avenue se dessine pour l’intégration européenne, c’est celle de la sécurité et de la défense. Ce chantier, le Conseil européen de décembre 2013, l’ouvrira, pour donner à l’UE les instruments qui lui permettront de peser face aux défis stratégiques de notre époque.

La place de la Pologne, un pays qui prend au sérieux les enjeux de la sécurité, comme son histoire le lui commande, est au cœur de cette construction-là également. Qu’il s’agisse des outils d’évaluation, des structures, du partage de capacités ou de l’industrie de défense, nos deux pays peuvent avancer ensemble.

C’est justement pour cela que j’ai appris avec plaisir que le consortium EADS – la success story indiscutable de l’industrie aéronautique européenne – vient de proposer aux autorités polonaises de faire de votre pays sa cinquième base, après la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne. Une base industrielle qui, au-delà des appels d’offres en cours et des 800 salariés qu’emploie d’ores et déjà EADS ici, inscrirait définitivement la Pologne dans les activités – la recherche & développement, la production, les exportations… - du noyau dur de l’Europe de l’armement. Et ce non pas en client d’offres « sur étagères », tributaire de « boîtes noires », mais en partenaire coresponsable de ce noyau dur.

Votre place vous attend, au cœur de l’Europe de l’armement, pas à sa périphérie. Le choix que vous ferez sera décisif pour les décennies à venir.

Cette configuration, si européenne dans son essence, renvoie au Triangle de Weimar. Vous aurez pu observer, en venant ici, sur les grilles de nos deux ambassades, la française et l’allemande, une exposition qui retrace un demi-siècle d’amitié, fondée par le traité de l’Élysée en 1963.

Si aujourd’hui, la vocation initiale du Triangle de Weimar, creuset de cette réconciliation polono-allemande aujourd’hui consommée, a été pleinement remplie, cette formation n’a cependant pas encore libéré tout son potentiel. C’est à nos trois pays, sans doute les mieux à même de représenter les différentes sensibilités qui font la richesse de l’Europe et d’en fonder l’équilibre, qu’incombe la mission d’insuffler l’inspiration et la dynamique de cette Europe plus unie pour faire face aux défis qui sont les siens.

Et la France se réjouit d’accueillir le prochain sommet de Weimar, pour faire avancer l’Europe.

En vous remerciant à nouveau de vous être joints à cette célébration de notre fête nationale, je voudrais conclure par ces mots, qui peuvent, je le crois, nous réunir aujourd’hui : Vive la France, vive la Pologne, vive l’Union européenne.

Dernière modification : 15/07/2013

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