Réception à l’occasion de la Fête nationale, le 14 juillet 2015 [pl]

Discours de l’Ambassadeur de France
lors de la réception à l’occasion de la Fête nationale, le 14 juillet 2015

Mesdames et Messieurs
les représentants des Autorités législatives et exécutives de la République de Pologne,
les représentants des Autorités régionales et locales,
les représentants des Eglises et des Cultes,
Dear colleagues from the diplomatic Corps,
Monsieur Jean-Yves Leconte, Sénateur représentant les Français établis hors de France,
Monsieur Jean Launay, député et Président du groupe d’amitié France-Pologne de l’Assemblée Nationale,
Mesdames et Messieurs les invités,
Mesdames et Messieurs les musiciens de l’orchestre militaire,
Mes chers compatriotes,

Permettez-moi d’abord de souhaiter à tous la bienvenue, en vous remerciant d’être présents aussi nombreux ici ce soir et de donner ainsi la mesure de cette amitié partagée entre la France et la Pologne. Dans cette expression de gratitude, j’entends bien sûr inclure nos amis polonais.

Rien n’incarne mieux ce lien que la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Pologne, qui est le partenaire de l’ambassade pour l’organisation de notre réception. Je remercie donc son président, Maciej Witucki, et, à travers lui, toutes les entreprises qui ont rendu possible non seulement cette magnifique réception, mais aussi le bal de samedi et le « village français » du parc Skaryszewski, avant-hier à Saska Kępa.
Elles sont, ces entreprises, plus de vingt à s’être mobilisées pour faire de ce jour une réussite, et je voudrais dire ma gratitude au groupe Airbus, à Orange, Thales, Bricomarché-Intermarché, Lactalis, Servier, Orbis-Sofitel – ainsi qu’à toutes celles dont les logos vous ont accueillis ici à votre arrivée.

Elles constituent l’équipe de France ici en Pologne, où elles portent témoignage de cette excellence française, dont nous sommes légitimement fiers. Que toutes soient ici chaleureusement remerciées de leur générosité.

Dear friends,

I measure how fast time flies whenever the diplomatic corps is invited to greet a distinguished guest of RzP, as we are all placed according to protocol order, i.e. in the order of taking up our duties here. Which means that year after year I’m getting closer to the top of the line, where our Dean, the Nunzio, always towers, watching with much elegance and dignity over his flock.

This is just to say that today it is my fourth celebration of Bastille Day on these premises, and I just hope that those who have been listening to me since 2012 will not get bored. Be assured that I do not at all feel I need a break, as there is so much unfinished business between France and Poland.

Nous sommes ici réunis pour fêter la prise de la Bastille, symbole d’une aspiration irrépressible à la liberté et à la démocratie, une aspiration qui a embrasé l’Europe et a été le fondement de la première constitution proclamée sur le continent européen, le 3 mai 1791, et de votre République. Elle a guidé les pas de ces figures magnifiques qui ont refusé l’asservissement, les Kosciuszko, Dabrowski, Poniatowski, et qui ont trouvé la France à leurs côtés, et si souvent combattu avec elle contre l’oppression.

Car ce qui plus que tout a fondé ce rapport singulier entre nos deux nations, c’est l’idée de liberté, puissamment exprimée par ce beau mot d’ordre qui fut le vôtre, « pour votre liberté et la nôtre ». Elle nous a accompagnés dans nos histoires entremêlées, lorsque la France ouvrait ses bras à ceux qui refusaient le sort d’une Pologne démembrée et occupée par des puissances étrangères, les Mickiewicz, Chopin, Norwid.

L’exhortation magnifique de Victor Hugo – « Nos deux nations aujourd’hui doivent s’entendre, doivent avoir l’une pour l’autre cette sympathie profonde de deux sœurs qui ont lutté ensemble  » – a continué de résonner tout au long de notre histoire partagée.

Nul n’a davantage que la France œuvré, au lendemain de la Première Guerre mondiale, pour restaurer un Etat polonais fort et viable. C’est toujours côte à côte que nos soldats ont combattu, que ce soit au cours de la bataille de France, en 1940, à Monte Cassino, ou encore dans les combats pour la libération de l’Europe, où les soldats polonais se sont, comme à Mont-Ormel, couverts de gloire. Le sang versé n’aura pas suffi cependant à apporter la flamme de la liberté jusqu’à Varsovie.

Qu’il me soit permis de rappeler, à ce propos, que la France n’a pris part à aucune des grandes conférences internationales où s’est joué le sort de la Pologne – et ses frontières –, qu’il s’agisse de celles de Téhéran, en 1943, de Yalta ou de Potsdam, en 1945. Reçu par Staline en décembre 1944, le chef du gouvernement provisoire français, le général de Gaulle, avait refusé le marché que lui proposait son hôte, reconnaître le gouvernement de Lublin en contrepartie de la conclusion d’un traité franco-soviétique.

C’est encore de Gaulle, si attaché à votre pays, qui avait, par sa célèbre formule – « Polonais, Français, nous nous ressemblons tant et tant ! » – voulu, à Varsovie en 1967, souligner cette commune et ardente passion pour la liberté, l’indépendance, la souveraineté.

Et lorsque, dans le long et inlassable combat qui fut le vôtre pour recouvrer votre liberté et votre souveraineté, l’oppression s’est abattue sur vous en cette nuit funeste du 13 décembre 1981, le peuple français s’est aussitôt, spontanément et massivement, mobilisé pour vous exprimer son soutien.

Enfin, après que la lame de fond née en Pologne a atteint l’Allemagne de l’est, et à mesure que se précisait la perspective de la réunification de l’Allemagne, c’est nul autre que le Président François Mitterrand, un homme pétri du sens de l’histoire, qui a convaincu le chancelier Kohl qu’il ne pouvait y avoir d’alternative à l’intangibilité de la frontière sur l’Oder et la Neisse.

Un quart de siècle plus tard, la France et la Pologne se retrouvent côte à côte dans la construction européenne. Nous la faisons avancer, de concert avec l’Allemagne, au sein du Triangle de Weimar, pour nous doter d’un outil plus efficace de sécurité et de défense.

Prenant ses responsabilités, la France a pris toute sa part des mesures de réassurance au bénéfice des alliés du flanc oriental de l’OTAN, suite à l’annexion illégale de la Crimée par la Russie. Après qu’en 2014 des chasseurs Rafale ont participé, depuis la base de Malbork, à des opérations de police du ciel, l’exercice franco-polono-américain PUMA 15 vient de s’achever à Drawsko Pomorskie, avec un contingent blindé de quelques 300 militaires. Deux bateaux français ont pris part récemment à l’exercice allié BALTOPS, une frégate de lutte anti-sous-marine est attendue pour un autre exercice en septembre, et la France a annoncé sa participation à une prochaine opération de police du ciel.

La France a davantage qu’aucun autre pays pris sa part du fardeau des sanctions contre la Russie, avec la décision du Président de la République de ne pas livrer à la Russie les deux Mistral qu’elle avait commandés. La Pologne avait appelé de ses vœux une telle mesure. Je remercie ceux parmi les Polonais qui ont salué ce geste, dont les conséquences financières pour notre pays dépassent le milliard d’euros.

La situation de sécurité autour de l’Europe, que ce soit à l’est ou au sud, appelle une attention soutenue et une approche réfléchie, tant dans le cadre de l’Alliance atlantique qu’au sein de l’Union européenne. C’est dans cet esprit que nous préparerons le sommet de l’OTAN que Varsovie accueillera dans un an, que nous continuerons à chercher, avec nos partenaires, une solution politique au conflit à l’est de l’Ukraine, et que nous poursuivrons nos efforts pour intégrer l’industrie européenne d’armement.

C’est là certainement une des pistes les plus prometteuses pour nos deux pays, attentifs aux exigences de la défense et soucieux de préserver une industrie nationale d’armement de pointe dans un marché mondial hautement compétitif. Un tel objectif n’est réalisable que dans le partenariat – avec le petit nombre de pays européens qui disposent d’une telle industrie.

La Pologne est l’un d’eux et c’est pourquoi je me réjouis de son choix de l’hélicoptère d’Airbus, en formant le vœu qu’il contribue à arrimer votre pays au « noyau dur » de l’Europe de la construction aéronautique dont cette entreprise franco-germano-espagnole est la meilleure incarnation.

Mais beaucoup d’autres aventures technologiques et industrielles sont possibles entre nous, qu’il s’agisse des sous-marins d’attaque ou de l’industrie spatiale, laquelle a d’ailleurs également une vocation civile. Je me réjouis de l’accord signé en mars entre nos deux agences spatiales.

La conférence COP 21 de Paris est, au-delà de la nécessité d’agir pour faire face à l’urgence climatique, un aiguillon pour amorcer la grande transition, qui dominera le XXIème siècle, vers la production d’énergies à basses émissions. Il s’agit là d’un véritable « saut civilisationnel » qu’il nous appartient de réaliser ensemble. Les technologies vertes, l’énergie nucléaire, le développement durable des villes – que l’Ambassade promeut ici avec son projet ECO-MIASTO – ou encore la grande vitesse ferroviaire sont à cet égard autant de terrains possibles d’entente et d’action conjointe pour poursuivre cet objectif commun qu’est la réindustrialisation de nos économies.

C’est là une dimension essentielle de la « renaissance » qu’a connue notre relation bilatérale ces dernières années, marquée par une multiplication de rencontres au plus haut niveau et le Président de la République se réjouit d’accueillir à Paris le Président Andrzej Duda dès qu’il aura pris ses fonctions.

Puisque j’ai commencé par l’histoire, je voudrais vous inviter à un retour en arrière de deux siècles, puisque la fin de l’épopée napoléonienne aura marqué celle d’une époque extraordinairement féconde pour les arts. Elle fait l’objet de l’exposition-phare de la rentrée, « Napoléon Ier ou la légende des arts », qui a associé le Palais de Compiègne et le Château royal de Varsovie pour proposer un regard nouveau sur l’Empire et en montrer l’originalité, la richesse et la modernité. Un autre trait d’union dans nos histoires entremêlées.

Vive la France, vive la Pologne, vive l’Union européenne.

Dernière modification : 15/07/2015

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