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Relations France-Pologne sur le site du Ministère des Affaires étrangères

Les relations franco-polonaises

1. Les relations politiques bilatérales

Malgré certaines différences d’approche, au cours des années qui ont précédé et suivi l’entrée de la Pologne dans l’UE en 2004 (achat de F16, position dans l’affaire irakienne), les deux pays ont maintenu un socle important d’intérêts communs sur les dossiers européens et internationaux, renforcé par des liens économiques forts et des consultations politiques à haut niveau, étendues à l’Allemagne dans le cadre du Triangle de Weimar. La présidence française de l’UE (second semestre 2008) a permis de définir des positions communes avec la Pologne sur un certain nombre de sujets (paquet Energie-climat, pacte sur l’immigration et politique agricole commune) où les approches différaient. Ces contacts avaient été favorisés par la visite, quelques mois auparavant, du Président de la République à Varsovie le 28 mai 2008 qui signa, à cette occasion, un accord de partenariat stratégique franco-polonais (déclaration politique assortie d’un plan d’action déclinant des volets politiques, économiques, énergie, défense, JAI et Schengen). Les deux pays ont convenu de se réunir régulièrement au plus haut niveau. La tenue d’un sommet franco-polonais, le 5 novembre 2009, à Paris autour du Président de la République et du Premier ministre Donald Tusk, a permis aux deux pays de réaffirmer leur volonté commune de renforcer la mise en œuvre des différents volets du plan d’action du partenariat stratégique. Dans cet esprit, Donald Tusk s’est de nouveau rendu à Paris pour une visite de travail le 3 juin 2011.

La présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne constitue un enjeu important de coopération, en particulier en matière de renforcement de la PSDC. Des retours d’expériences de la présidence française de 2008 ont été tôt organisés en matière de PESD, SG/PFUE, Culture, suivis par des échanges de fonctionnaires entre diverses administrations. Le CEES de Strasbourg a mis en œuvre des modules de préparation aux concours de la Commission, tandis que l’Institut français de Varsovie a conduit un programme de formation en français de 500 fonctionnaires. Les premiers modules de formation au bénéfice de jeunes diplomates dans un format Weimar ont commencé en juillet 2009 en Pologne.

En matière de coopération technique, il faut souligner l’essor des relations franco-polonaises dans le domaine du droit avec une coopération judiciaire pénale et civile touchant à des domaines de plus en plus larges. Elles se caractérisent également par des échanges et une coopération plus institutionnelle entre juridictions, écoles de formation et grands services des ministères de la justice.

Liens vers Visites et sommets franco-polonais
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- Toutes les visites présidentielles bilatérales

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- Autres visites ministérielles

Ambassadeur de France en Pologne : M. Pierre Lévy
Ambassadeur de Pologne en France : M. Dariusz Wiśniewski, ambassadeur titulaire, chargé d’affaires a.i.

Le dialogue bilatéral se double d’un dialogue trilatéral franco-germano-polonais dans le cadre du Triangle de Weimar, lancé en 1991 pour faciliter le rapprochement germano-polonais, puis devenu l’un des instruments de l’intégration euro-atlantique de la Pologne.

Dernières rencontres dans le cadre du Triangle de Weimar : voir sur diplomatie.gouv.fr}

2. Les relations économiques bilatérales

Des relations économiques et commerciales denses

La France apparaît comme un partenaire industriel, technologique et scientifique de long terme de la Pologne dont la base industrielle est très importante en Pologne : chantiers navals de la Baltique, sidérurgie, optique, industrie de l’armement. La France est un grand investisseur industriel en Pologne (Alstom, Veolia, GDF-Suez, EDF, Saint Gobain, Michelin, Lafarge, etc…). La même problématique vaut, avec davantage encore d’acuité, pour l’énergie et les transports.

Investissements

Depuis la prise de participation stratégique de France Télécom au capital de TPSA, la France est devenue un investisseur majeur, tant en flux qu’en stock d’IDE (qui a triplé vers la Pologne entre 2002 et 2009). Il y aurait eu 1,5 milliard d’euros de flux provenant de France en 2009. Nous avons une forte concentration dans les secteurs des télécommunications, de l’énergie et de la grande distribution. Près de 800 entreprises à participation française emploient directement plus de 200.000 salariés. Au total, nous comptons 8 des 25 plus grands investisseurs recensés en Pologne : France Télécom, Vivendi, Vinci, Bouygues, Carrefour, Crédit Agricole, Société Générale, Saint Gobain, Lafarge, Auchan, EDF, Dalkia, ACCOR, Canal + . En sens inverse, le stock d’investissements polonais en France est évalué à 0,7 Md €, chiffre faible en valeur absolue mais en progression régulière.

Si ce flux s’est ralenti lors du « gel » des privatisations, l’annonce faite en janvier 2010 par le gouvernement Tusk de relancer un grand mouvement de privatisations concernant plus de 300 entreprises, parmi lesquels les grands groupes énergétiques, suscite des offres et positionnements de nos entreprises.

L’accélération du programme polonais de modernisation du réseau routier et autoroutier, les projets stratégiques déjà pré-identifiés en matière d’énergie et d’environnement (programme nucléaire, efforts de la Pologne pour atteindre l’objectif de 15% d’énergies renouvelables en 2020 ), mais aussi tous les projets infrastructures de transports (autoroutes, TGV), souvent financés au titre de la politique de cohésion et des fonds structurels (plan infrastructures-environnement de 27,8 Mds € pour 2007-2013), et tous les marchés publics liés à l’euro de football 2012 offrent des possibilités pour nos entreprises. Les opérateurs français AREVA, EDF, GDF Suez et Alstom sont désireux de s’inscrire dans la nouvelle stratégie énergétique polonaise qui prévoit la construction d’au moins 2 centrales nucléaires civiles (la première en 2022). Le débat tourne autour du choix du site d’implantation, de l’investisseur étranger partenaire et de la technologie (réacteur). L’opérateur polonais désigné PGE a conclu un M.o.U. avec EDF en novembre 2009 pour étudier la faisabilité de construction d’une série d’EPR en Pologne, et la coopération avec la France peut prendre appui sur le partenariat stratégique franco-polonais signé en 2008 (mise en place d’un groupe de travail énergie qui s’est déjà réuni dans sa composante nucléaire), la concurrence sera vive (Westinghouse/Toshiba et Ge-Hitachi).

Echanges commerciaux

Nous sommes au 5ème rang des fournisseurs (avec une part de marché de 4,3%) de la Pologne et au 2ème rang de ses clients (avec 6,8 % de ses ventes). Elle est devenue notre premier partenaire commercial en Europe centrale et balte (38% du total de nos exportations et 30% de nos importations de la zone). La Pologne est le 10ème client et le 13ème fournisseur de la France.

3. Coopération scientifique, éducative, culturelle et technique

Des projets nouveaux prennent appui sur une coopération substantielle, notamment en matière scientifique : programme d’actions intégrées Polonium, relations institutionnelles entre les principaux organismes de recherche français et polonais, à l’instar des accords existant entre l’Académie Polonaise des Sciences (PAN) et le CNRS, l’INRA, l’Inserm et le CEA, octroi de nombreuses bourses pour étudiants et chercheurs polonais. Les dimensions trilatérale (avec l’Allemagne) et européenne (7ème PCRD) sont encouragées. Deux nouveaux accords ont été signés à l’occasion du Sommet bilatéral du 28 mai 2008, en matière de coopération technologique et scientifique et de reconnaissance mutuelle des diplômes.

La coopération linguistique et éducative s’efforce de maintenir le français -qui dispose toujours d’une image lui permettant de s’imposer comme langue de l’excellence académique et professionnelle- comme 4ème langue vivante : 12,6% des lycéens apprennent notre langue dans le secondaire, mais seulement 0,8% dans le primaire depuis la généralisation d’une langue étrangère obligatoire dans les trois premières classes qui bénéficie à 99% à l’anglais. Au total, environ 200.000 élèves apprennent le français, pour l’essentiel en Silésie, Petite Pologne et Mazovie (Varsovie). 14 collèges et 8 lycées à sections bilingues accueillent pour leur part environ 2700 élèves. De son côté, le lycée français René Goscinny de Varsovie scolarise plus de 700 élèves (dont 25% de Polonais).

Outre les Instituts de Varsovie et de Cracovie et leurs antennes de Wroclaw et Poznan, 16 Alliances françaises sont implantées en province, au sein des Universités. La coopération s’attache également à la formation de professeurs de français (le pays en compte au total 3000, avec 24 sections de français dans les collèges de formation des maîtres regroupant 1500 étudiants) et à l’organisation de cours de français avec objectif spécifique pour les fonctionnaires. 16 départements de français (philologie romane) comptent environ 2800 étudiants. Un collège international de droit français et européen a été créé auprès de l’Université de Varsovie. Environ 9000 étudiants sont inscrits dans les studiae de langues (enseignement de français spécialisé dans un cursus non linguistique.

La Pologne est observateur de la Francophonie depuis 1997. Depuis le succès de la saison culturelle « Nowa Polska » en France (mai-décembre 2004), les échanges et projets culturels et artistiques entre les deux pays sont substantiels. Il figurent en bonne place dans le plan d’action de l’accord de partenariat stratégique, en particulier dans le cadre de l’Année Chopin en 2010, et ont fait l’objet d’une déclaration lors du sommet franco-polonais du 5 novembre 2009.

La coopération dans le domaine des nouveaux médias s’appuie sur une large présence des opérateurs français ou francophones (CFI, La Sept, Canal + Polska), ainsi que sur des actions dans le domaine du cinéma (coproductions, festivals du film français et aides à la distribution de films).

La coopération technique s’appuie certes sur une coopération décentralisée active, riche de 175 accords de jumelage à tous les niveaux de collectivités locales, mais fait tout autant intervenir les échelons des administrations centrales et de l’Union européenne. La logique de projet portée par le secteur se traduit en effet par des collaborations plus délimitées dans le temps comme dans leur objet. Celles-ci peuvent notamment porter sur les services municipaux (assainissement des eaux usées, retraitement des déchets, transports urbains, écoconstruction) mais aussi les énergies décarbonées ou encore la protection de la biodiversité avec pour finalité de positionner en Pologne le savoir-faire français public et privé. La coopération technique promeut également les actions conjointes des sociétés civiles françaises et polonaises dans des domaines comme la lutte contre le SIDA en l’Europe orientale. Les initiatives peuvent alors dans certains cas intégrer des partenaires allemands pour acquérir une dimension « triangle de Weimar ».

Historique des relations franco-polonaises}

1. Une fraternité d’armes millénaire

En visite officielle en Pologne, le Président de Gaulle s’est exclamé le 11 septembre 1967 à Varsovie : "Polonais, Français, nous nous ressemblons tant et tant ! C’est vrai pour l’économie, la culture, la science. C’est vrai aussi pour la politique. De siècle en siècle, il n’arriva jamais que nos deux peuples se soient combattus. Au contraire, le succès ou le malheur de l’un ont toujours été liés au succès ou au malheur de l’autre".

Exemple rare, trop rare même en Europe, la France et la Pologne ne se sont de fait jamais affrontées sur les champs de bataille. A notre connaissance, il n’y a, du point de vue français, que l’Irlande qui partage avec la Pologne cet heureux privilège. Certes, en 1410, à Grunwald, quelques chevaliers français combattirent aux côtés des Chevaliers Teutoniques ces Polonais qu’une habile propagande leur avait présentés comme des païens menaçant l’Occident chrétien. Mais ces guerriers égarés ne représentaient qu’eux-mêmes.

Bien au contraire, l’Histoire a retenu que c’est une fraternité d’armes qui a la première rapproché les deux nations. Signe du destin envers la France fille aînée de l’Eglise et la Pologne catholique, ce ne fut pas en Europe, mais sur le tombeau du Christ, que cette alliance se forgea. Elle se serait en effet nouée entre les deux pays quand un contingent conduit par Henryk, duc de Sandomierz, se porta en 1154 au secours de Baudouin, frère de Godefroy de Bouillon, qui s’était proclamé roi de Jérusalem à l’issue de la Première croisade. Cent ans plus tard, un autre contingent polonais, levé par un duc de Silésie, vint renforcer les croisés commandés par Saint Louis.

Les Français s’acquittèrent de leur dette envers les Polonais... quelque cinq cents ans plus tard ! En 1733, le comte Robert de Plélo, ambassadeur du roi de France à Copenhague, prit la tête d’un corps expéditionnaire de 2 000 volontaires et délivra de Dantzig, où l’assiégeait une armée russe forte de 70 000 hommes, le roi polonais déchu Stanislas Leszczynski, beau-père de Louis XV. Le courageux diplomate fut tué dans la bataille... Mais Stanislas régna 28 ans sur le duché de Lorraine, qu’il reçut en compensation et qui revint à la France à sa mort : il y créa le régiment "Royal Pologne", qui donna à la France un maréchal de camp (Albert Jakubowski), et laissa aux Lorrains le souvenir d’un grand souverain.

Puis ce furent les deux héros nationaux La Fayette et Kosciuszko qui se lièrent d’amitié en Amérique, où ils combattirent ensemble dans la Guerre d’Indépendance. Fait en 1792 "citoyen français" par l’Assemblée Nationale, Tadeusz Kosciuszko trouva refuge en France après l’échec de l’insurrection polonaise dont il prit la tête en 1794.

Le geste napoléonien a été une nouvelle occasion pour les deux peuples de guerroyer côte à côte. Dès 1797, une "légion polonaise", forte de 8 000 hommes et commandée par le général Dabrowski, se battit en Italie, sous les couleurs de la France, mais en uniforme polonais. C’est son chant de marche qui devint plus tard l’hymne national de la Pologne. Puis, sous l’Empire, une armée polonaise qui atteignit jusqu’à 100 000 hommes combattit dans les rangs français, depuis Madrid jusqu’à Moscou : sa contribution à la victoire française de Friedland sur les Russes (14 juin 1807) incita l’Empereur des Français à restaurer un petit Etat polonais indépendant sous la forme du Grand-Duché de Varsovie, qui fut agrandi après la nouvelle victoire commune de Wagram (5 juin 1809), passant de 102 000 à 155 000 km2 et de 2,6 à 4,3 millions d’habitants.

Sait-on, à propos des prouesses militaires polonaises sous l’Empire, que l’expression française "saoul comme un Polonais", a priori si péjorative, fut forgée par Napoléon 1er pour saluer le courage de ses troupes polonaises ? En Espagne, une charge décisive des chevaux-légers polonais de Kozietulski emporta en novembre 1808 le défilé de Somosierra, gorge étroite défendue par de meurtrières batteries espagnoles et dont la prise ouvrait la route de Madrid. A l’Empereur qui fit défiler le reste de sa Garde devant les survivants de cette unité d’élite, des généraux français jaloux firent observer qu’ils étaient saouls. "Alors, Messieurs, sachez être saouls comme des Polonais", leur rétorqua Napoléon. Et ce fut de cent lanciers polonais qu’il choisit de composer sa Garde pendant son exil sur l’île d’Elbe.

Outre des troupes nombreuses et valeureuses, la Pologne a fourni à l’Empire l’un de ses plus célèbres généraux, le prince Joseph Poniatowski, tué à la célèbre "bataille des nations" qui s’est déroulée près de Leipzig le 19 octobre 1813 : blessé et encerclé, alors que le dernier pont sur l’Elster avait été malencontreusement détruit par les sapeurs français, il se jeta à cheval dans le fleuve et se noya plutôt que de se rendre à l’ennemi. Le portrait de ce grand guerrier, qui fut à la fois Maréchal de Pologne et Maréchal de France, orne la résidence de l’Ambassadeur de France à Varsovie, ce qu’aucun de mes hôtes polonais ne manque de remarquer !

Tout au long du XIXe siècle, le partage de la Pologne entre la Russie, l’Autriche et la Prusse empêcha que se poursuive sa fraternité d’armes avec la France. Mais des volontaires français participèrent aux insurrections polonaises de 1830, 1848 et 1863 et les rescapés de celles-ci trouvèrent chaque fois refuge en France, où ils firent de Paris la véritable capitale en exil de leur pays occupé. La France devint la seconde patrie d’émigrés aussi célèbres que Frédéric Chopin ou Adam Mickiewicz et à leur tour, plus d’un millier de Polonais combattirent dans les rangs français lors de la guerre de 1870-1871. Ils fournirent même la plupart des chefs militaires de la Commune de Paris, ce drame franco-français qui se déroula sous les yeux effarés de nos vainqueurs allemands !

Alors que la pensée des Français parut se détourner à la fin du siècle de la Pologne occupée, fascinés qu’ils étaient par l’alliance franco-russe nouée contre l’Allemagne wilhelmienne, la Grande Guerre, qui permit la renaissance de la Pologne, vit à nouveau se lier le sort des armes des deux nations. Dès 1914, un bataillon de volontaires polonais combattit au sein du 2e régiment de marche de la Légion étrangère. En 1918, une armée polonaise de 50 000 hommes, commandée par le général Haller, fut formée et équipée par la France. Deux ans plus tard, la mission militaire française commandée par le général Weygand et à laquelle participait un certain capitaine de Gaulle apporta aux Polonais une aide logistique précieuse qui rendit possible le "miracle sur la Vistule", autrement dit l’éclatante victoire remportée par l’armée polonaise à la mi-août 1920 sur l’Armée Rouge, qui menaçait Varsovie après avoir progressé de 600 km en quelques semaines...

Le 19 février 1921, un accord politique franco-polonais doublé d’un accord militaire secret fut signé à Paris par les deux ministres des Affaires étrangères. C’est en vertu de ces deux textes d’alliance, complétés en octobre 1925 par un traité de garantie mutuelle signé à Locarno, que la France est entrée en guerre le 3 septembre 1939 contre l’Allemagne, aux côtés de la Pologne.

Au lendemain de la chute de la Pologne, c’est à Paris puis Angers que se fixa le gouvernement polonais en exil, avant que la défaite française de juin 1940 ne le contraignit à gagner Londres, où les généraux Sikorski et de Gaulle, 160 ans après Lafayette et Kosciuszko, sympathisèrent immédiatement.

Les deux pays connurent la même situation pendant la guerre : leurs troupes régulières combattirent sur tous les fronts à travers le monde tandis que des mouvements de résistance luttèrent sur leur territoire national. Des réseaux polonais se mirent en place en France, ils furent particulièrement héroïques... En 1944, la camaraderie d’armes historique entre les deux pays se renouvela en Italie lors de la bataille du Mont Cassin, célèbre victoire commune, tandis que la 1e division blindée polonaise du général Maczek débarquait en Normandie et délivrait Abbeville.

Aujourd’hui, la Pologne, redevenue indépendante et souveraine après quarante-cinq années d’une occupation étrangère qui ne disait pas son nom, a retrouvé en la République Française une amie et une alliée proche.

De ce rapide survol historique, il ne faudrait toutefois pas retenir l’impression peut-être désagréable que la traditionnelle amitié franco-polonaise n’a jamais reposé que sur une sanglante fraternité d’armes. De façon plus pacifique, elle a également beaucoup reposé sur des échanges humains : voyages, migrations, mariages, dimension à laquelle le retour de la démocratie en Pologne a donné un nouvel élan depuis 1989.

2. L’attirance des deux peuples l’un pour l’autre

Les premiers échanges entre les deux peuples furent le fait, à la fin du Xe siècle, des bénédictins de Cluny, qui ouvrirent trois monastères dans la Pologne du roi Boleslas III. Un de leurs prieurs, le Français Haron, fut même nommé évêque de Cracovie vers l’an 1050. Au XIIe siècle, ce furent des cisterciens de France qui s’installèrent en Pologne, au siècle suivant des dominicains.

En sens inverse, les visites de prélats polonais en France furent nombreuses à cette époque. La plus marquante a été, au XIIIe siècle, celle de l’évêque de Cracovie Stanislas, qui fit pendant sept ans des études de théologie à la Sorbonne. Les échanges intellectuels se développèrent ensuite entre les universités des deux pays, facilités par le recours commun au latin ainsi que par la bonne connaissance du français par les élites polonaises.

Les questions dynastiques jouèrent également un rôle dans la découverte réciproque des deux nations. Dès 1320, le roi Ladislas le Bref maria sa fille Elisabeth à Charles Robert d’Anjou, beau-frère du roi de France Louis X le Hutin et roi de Hongrie. En 1370, Louis d’Anjou, issu de cette union franco-polonaise, devint roi de Pologne.

En 1573, Henri de Valois, duc d’Anjou, frère du roi Charles IX et futur Henri III, fut à son tour élu roi de Pologne par l’assemblée générale de la noblesse de ce pays. Ceux d’entre vous qui ont vu le très beau film de Patrice Chéreau "La Reine Margot", inspiré du roman d’Alexandre Dumas, se rappellent peut-être la scène de l’arrivée au Louvre de la délégation polonaise venue saluer le nouveau roi et l’escorter jusqu’à Cracovie, alors capitale de la Pologne.

Malheureusement pour les relations franco-polonaises, Henri de Valois, couronné roi de Pologne le 21 février 1574, ne se plut guère dans son royaume oriental. Apprenant en juin la mort de son frère aîné et donc sa succession au trône de France, Henri s’enfuit de nuit, à cheval, abandonnant la Pologne pour la France. Sans regrets, si l’on en juge par les premiers vers de l’élégie "Adieu à la Pologne" composée par son ami poète Philippe Desportes :

"Adieu, Pologne, adieu, plaines désertes,
Toujours de neige et de glaces couvertes ;
Adieu, pays, d’un éternel adieu !
Ton air, tes murs, m’ont si fort su déplaire,
Qu’il faudra bien que tout me soit contraire
Si jamais plus je retourne en ce lieu..."

Si cet épisode fut donc un échec, il faut saluer l’accueil qu’à la même époque, la Pologne catholique réserva à de nombreux protestants français persécutés dans leur propre pays. La Pologne du XVIe siècle, république nobiliaire qui élisait ses rois et constituait un havre de paix et de tolérance dans une Europe à feu et à sang, exerça à ce titre une fascination durable sur ses contemporains français, Montaigne en particulier, qui consacra de nombreux écrits à ce pays.

Si jamais plus après Henri un roi français ne fut élu en Pologne, des unions dynastiques franco-polonaises rapprochèrent à nouveau les deux pays. Au milieu du XVIIe siècle, le roi de Pologne Ladislas IV épousa la princesse française Marie Louise de Gonzague, duchesse de Nevers. Pour conduire sa nouvelle épouse à Varsovie, Ladislas envoya à Paris une imposante délégation qui fut reçue avec faste par la régente, Anne d’Autriche, et par Mazarin. Trois ans après ce mariage, Ladislas décéda : Marie Louise épousa alors son frère et successeur, Jean Casimir Vasa. Sur l’intervention de Marie Louise, Mazarin usa de son influence sur la Suède pour la convaincre en 1667 de signer la paix d’Oliva avec la Pologne qu’elle ravageait depuis 10 ans.

A la suite de quoi, le "parti français" fut omniprésent en Pologne : un chroniqueur polonais rapporta qu’à l’époque "les Français à Varsovie étaient plus nombreux que les diables en enfer. Ils semaient l’argent à pleines mains et pratiquaient des intrigues surtout la nuit ; tout leur était permis, ils pouvaient tout"...

A son tour, le roi Jean III Sobieski, sauveur de l’Occident chrétien par sa victoire sur les Turcs à Vienne en 1683, eut pour épouse une Française, Marie-Casimire de la Grange d’Arquien, que les Polonais, friands de diminutifs, appelèrent Marysienka. Le roi de France Louis XIV fut le parrain de leur fils aîné. Mais Marysienka ne laissa pas un bon souvenir en Pologne : elle intrigua, s’opposa à la noblesse, se brouilla même avec Louis XIV, dont elle exaspéra les ambassadeurs successifs, s’enrichit aux dépens du Trésor et dut, après le décès du roi son époux, s’exiler à Rome où elle rejoignit son cardinal de père.

L’union dynastique suivante se produisit dans le sens inverse, inaugurant une longue série de mariages de Français avec des Polonaises. En 1725, Louis XV, âgé de 15 ans, est marié à Marie Leszczynska, fille du roi de Pologne détrôné Stanislas Leszczynski, de sept ans son aînée. Malgré les nombreuses infidélités du roi, le couple eut au cours de quarante-trois années de vie commune pas moins de dix enfants, dont deux garçons. Comme nous l’avons vu plus haut, Louis tenta d’aider son beau-père polonais à recouvrer sa couronne et, après l’échec de cette tentative, lui obtint en compensation le duché de Lorraine.

Après son troisième et dernier partage entre la Russie, l’Autriche et la Prusse en 1795, et avant sa restauration en 1918, seul Napoléon 1er permit à la Pologne de recouvrer brièvement son indépendance, entre 1807 et 1815. Ces quelques années de renaissance, la Pologne les dut très largement à la liaison que l’Empereur eut avec Marie Walewska, une comtesse polonaise qu’il avait rencontrée à Varsovie et dont il eut un fils naturel en 1810. Alexandre, comte Walewski, fut ultérieurement le ministre des affaires étrangères (1855-1860) de Napoléon III...

Des couples franco-polonais célèbres, légitimes ou non, il y en eut encore beaucoup par la suite. Je ne citerai pour mémoire que les amours orageuses de Frédéric Chopin et George Sand et celles, bénéfiques pour la science, de Marie Sklodowska et Pierre Curie.

Par delà ces seuls noms que l’histoire a retenus, ce sont bien sûr les grandes vagues successives d’émigration qui ont véritablement contribué au rapprochement des deux nations. Les insurrections du XIXe siècle virent plusieurs milliers d’exilés politiques trouver refuge en France. Paris est à l’époque la capitale de la Pologne en exil, y compris sur le
plan culturel : la librairie polonaise du boulevard Saint Germain est fondée dès 1832 ; la célèbre bibliothèque polonaise, fondée en 1838, s’installe définitivement sur l’Ile-St-Louis en 1853 ; la Ville accueille notamment le grand poète national Adam Mickiewicz, qui y compose ses oeuvres les plus célèbres, dont « Pan Tadeusz » (« Messire
Thadée »).

Dans les années 1920, ce furent davantage les considérations socio-économiques qui dominèrent et les immigrés polonais en France (songeons aux fameux mineurs du Nord) se comptèrent par centaines de milliers. Puis de nouveau, dans les années 1930, 1940, 1960, 1980, les persécutions politiques dans leur pays firent de la France la destination naturelle de tant de Polonais. En 1946, Jerzy Giedroyc fixe à Maisons-Laffitte le siège de sa célèbre revue « Kultura » : Paris redevient alors la capitale culturelle de la Pologne en exil. C’est ici aujourd’hui que les artistes polonais se font connaître de l’Europe entière.

Il n’est pas de jour en France où l’on ne croise un Français au nom se terminant en "ski" ou "ak" : signe tangible de la parfaite intégration des anciens immigrés polonais dans leur nouvelle patrie. On estime ainsi à près de deux millions le nombre de Français ayant peu ou prou des origines, même lointaines, avec la Pologne. En contrepartie, les sondages publiés à Varsovie attestent que les Français sont aujourd’hui en Pologne le peuple étranger considéré comme le plus sympathique...

On retiendra en définitive que c’est au XIXe siècle que s’est forgée durablement l’attirance très spécifique des peuples français et polonais l’un pour l’autre, attirance fondée sur une sympathie innée, à la limite de l’irrationnel, que beaucoup nous envient aujourd’hui en Europe, et que de Gaulle explique par des traits de caractère communs entre les deux nations. Le barde national Adam Mickiewicz n’hésite pas dans l’oeuvre « Pan Tadeusz » à écrire, non sans une ironie bienveillante à l’égard de ses compatriotes épris de gallomanie : « Ce que le Français invente, le Polonais l’adopte ! » (« Co Francuz wymysli, to Polak polubi ! »).

Sur un plan plus politique, les Français ont en outre toujours suivi avec sympathie, de l’insurrection de 1830 à l’épopée du syndicat Solidarité, la lutte pour l’indépendance de ce peuple ami.

Aux temps où la Pologne fut sous la domination de puissances étrangères, cette relation particulière entre les deux peuples put même provoquer des incidents diplomatiques. Ainsi, en 1867, le tsar Alexandre II en visite à Paris se vit-il apostropher par l’avocat Charles Floquet en ces termes restés célèbres : "Vive la Pologne, Monsieur !"

Et quand le 10 septembre 1967 le Général de Gaulle déclara à Gdansk « la France ne dépend de personne, la Pologne ne doit dépendre de personne », l’histoire sembla bégayer...

Dernière modification : 16/12/2016

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