Lettre aux Polonais amis de la France [pl]

Chers amis polonais

Je ne peux commencer ce message de fin d’année autrement que par l’évocation de ce moment d’horreur qui, cette nuit du 13 novembre, a sidéré le monde. La France se relève de cette agression, et le soutien exprimé par ses amis l’a aidé à y faire face.

La Pologne a manifesté spontanément son empathie pour notre pays, atteint dans sa chair et dans son âme. Des milliers de citoyens anonymes se sont spontanément succédé, dès le samedi matin, et durant les jours suivants, pour déposer qui une bougie, qui un bouquet de fleurs, qui un message ou un dessin en hommage aux victimes de cette barbarie. Je garderai toujours en mémoire l’empreinte de ces images bouleversantes.

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Le Président de la République polonaise est revenu dès le 14 novembre de Cracovie pour déposer une gerbe et signer le livre de condoléances. La même démarche a été accomplie par la première ministre Ewa Kopacz, alors encore en fonctions, puis par la nouvelle Première ministre désignée, Beata Szydło, accompagnée de son gouvernement au grand complet.

Ce mouvement de sympathie a touché la Pologne bien au-delà de la capitale. Dans de très nombreuses villes, des gestes tout aussi émouvants ont été accomplis, des bâtiments illuminés aux couleurs de la France, des offices ont eu lieu à la mémoire des victimes… A Gdynia, des milliers de personnes ont manifesté, en défilant dans les rues de la ville le 22 novembre, leur émotion et leur soutien à notre pays.

Je saisis l’occasion de ce message pour à nouveau vous dire, chers amis polonais, la gratitude de la France pour votre geste. Polacy, byliście wspaniali !

Cette agression contre notre pays a conduit nos autorités à prendre les mesures nécessaires pour traiter le mal à la racine et détruire Daesh, l’organisation terroriste qui l’a commanditée. Les deux chambres réunies en Congrès à Versailles le 16 novembre ont pu prendre toute leur part de cette détermination. La mobilisation de nos forces armées contre le sanctuaire de Daesh en Syrie, l’état d’urgence sur le territoire national, le rétablissement des contrôles aux frontières, une coopération renforcée avec nos partenaires européens, à la solidarité desquels la France a fait appel au titre de l’art. 42.7 du Traité de l’Union Européenne… une panoplie large de moyens a été mise en œuvre pour assurer la sécurité de nos citoyens. Les discussions se poursuivent avec la Pologne sur ce sujet.

Cette question fait bien sûr partie de notre dialogue politique, que le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Harlem Désir est venu poursuivre, le 4 décembre, avec son homologue polonais Konrad Szymański. Il était le premier à le faire, quelques semaines après l’investiture du nouveau gouvernement, dans l’attente des prochaines consultations intergouvernementales, début 2016.

Il y a été également question de notre coopération autour des enjeux climatiques, appelée à prendre une tournure plus active après l’accord mondial obtenu à Paris, le 12 décembre, par la COP 21. Cet accord est un motif légitime de fierté pour la France et pour la Pologne : nous avons en effet conclu avec succès, deux ans après, le chantier ouvert par la COP 19 à Varsovie en décembre 2013.

Mais pour peu que l’on se donne la peine de scruter l’avenir, une évidence s’impose : cet accord annonce l’aube d’une économie à basses émissions de carbone. Un champ prometteur s’ouvre de la sorte aux technologies de la transition énergétique, porteuse d’innovations et d’avancées scientifiques, un champ dont la troisième édition des « Entretiens de Varsovie » a permis, le 21 novembre, de mesurer tout le potentiel.

Mon intention est de renforcer autour de cette thématique d’avenir la coopération à tous les niveaux entre nos deux pays – entre les entreprises, les chercheurs, les laboratoires, les universités, les collectivités territoriales... Les modalités d’une économie à bas carbone ouvrent à la coopération avec nos partenaires polonais un champ prometteur quant aux bonnes pratiques liées à l’économie à bas carbone, qu’il s’agisse des énergies nucléaire et renouvelables, de la « ville durable » – avec notre projet Eco-Miasto – de l’efficacité énergétique, du respect de l’environnement…

Tant de choses se passent entre nos deux pays que j’hésite à rallonger cette lettre pour les mentionner. Je me bornerai donc à en évoquer trois.

D’abord, au risque de vous étonner, j’ai plaisir à vous annoncer que la France souhaite accueillir le capital polonais. Aujourd’hui les entreprises françaises ont investi plus de 20 milliards d’euros en Pologne, assurant quelque 200 000 emplois. Le flux inverse est encore beaucoup plus modeste, mais il n’y a pas de raison de s’y résigner. Les entreprises polonaises sont de plus en plus présentes dans le monde et, à l’instar d’innombrables entreprises étrangères, elles sont les bienvenues en France. Je vous invite à découvrir et à faire connaître autour de vous tous les atouts de notre pays, en consultant ce guide, disponible en polonais : http://invest.businessfrance.fr/wp-content/uploads/2015/11/Doing-Business-2015-Version-polonaise.pdf

Ensuite, la promotion de la gastronomie française, trouve un terrain favorable en Pologne, véritable pays de cocagne pour la qualité de ses produits de la terre. L’opération « Goût de France », qui avait été un succès en 2015, avec 37 chefs polonais participants (2ème place en Europe après l’Italie, hors France) sera reconduite tous les ans. Elle consiste en ce que plus d’un millier de chefs proposeront, le 21 mars, sur les cinq continents, dans leur restaurant, un menu français d’exception. Si un restaurant vous paraît éligible à cette belle entreprise, je suggère que vous vous en rapprochiez, afin de l’inciter, s’il n’est pas déjà candidat, à participer à cette mobilisation planétaire. Tous les détails figurent sur le site : http://int.rendezvousenfrance.com/fr/gout-france-good-france.

Sur le plan de la culture et des idées, la France continuera, en 2016, de se faire entendre en Pologne, que ce soit dans le cadre du cycle « Pensée française du XXIème siècle », du mois de la francophonie, en mars, ou encore du Salon du Livre, en mai, où la littérature francophone sera également à l’honneur. Sur un autre plan, 2016 sera une année sportive, puisque durant la seconde quinzaine de janvier 2016, la Pologne accueillera les championnats d’Europe de handball, où la France, tenante du titre, affrontera la Pologne. En juin, ce sera au tour de la France d’accueillir l’Euro 2016, pour lequel la Pologne s’est qualifiée. Et pour illustrer à quel point le sport peut rapprocher nos deux pays, je voudrais vous dire ma fierté que, après l’excellent travail de Stéphane Antiga et Philippe Blain avec l’équipe nationale de volley-ball, la fédération polonaise de rugby ait porté à sa tête un remarquable Français de Pologne, Serge Bosca.

Je termine ce message en annonçant la grande exposition française de l’an prochain à Varsovie, en novembre, Textifood, une exposition peu banale, présentée en 2015 dans le cadre de l’Exposition Universelle de Milan, au Pavillon France. Cette exposition a inspiré cette année notre carte de vœux, à laquelle je confie le soin de vous souhaiter un joyeux Noël, de bonnes fêtes et de vous apporter tous mes vœux de bonheur, de santé et de prospérité en cette année 2016, pour vous-mêmes, vos familles et ceux qui vous sont chers.

Pierre Buhler

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Dernière modification : 21/12/2015

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