Lettre aux Polonais amis de la France (mars 2014) [pl]

L’Ambassadeur de France en Pologne, M. Pierre Buhler, adresse de façon régulière une Lettre aux Français de Pologne pour les tenir informés au quotidien des points importants marquant la relation de nos deux pays.

Il a publié tout récemment en polonais une Lettre aux Polonais amis de la France dans laquelle il décrit l’exceptionnelle qualité de cette relation, le potentiel de coopération restant à développer entre deux pays traditionnellement amis qui, au sein de l’Union européenne, se sont vraiment retrouvés ces deux dernières années. En voici la version française.

Madame, Monsieur,

Je m’adresse périodiquement à mes compatriotes par un message, par lequel je leur fais part des développements de notre relation avec la Pologne. Ce lien, bien que purement épistolaire, est apprécié et j’en ai conclu qu’il serait peut-être opportun de faire de même à l’adresse des nombreux amis que compte la France en Pologne.

Les occasions ne manquent certes pas de communiquer, et la fin de cette lettre recense les quelques liens que je vous convie à noter dans vos « favoris », selon vos centres d’intérêt ou votre zone de résidence.

Mais les informations ainsi partagées sont trop éparses, trop parcellaires pour dessiner un tableau qui rende compte de la densité, de la qualité d’une relation à tous égards exceptionnelle entre nos deux pays. En ces temps de tension et d’incertitude autour de l’Ukraine, nos plus hautes autorités ont agi de conserve pour rappeler les impératifs du droit international et rechercher ensemble des voies de prévention puis de règlement de la crise. C’est ensemble, en effet, que les ministres des affaires étrangères de nos deux pays et de l’Allemagne se sont rendus à Kiev le 20 février dernier. Et les consultations sont constantes au fur et mesure que se développent les événements à l’est.

Pour cependant revenir aux fondamentaux de cette relation franco-polonaise, j’aimerais souligner qu’elle est effectivement exceptionnelle. Nos nations non seulement ne se sont jamais combattues, mais elles ont, maintes fois dans l’histoire, lutté côte à côte sous l’étendard de la liberté.

Il y a quelques mois, le 19 octobre, je déposais, à Varsovie, aux côtés du Président Komorowski, une gerbe sous la statue du prince Poniatowski, pour commémorer le 200-ème anniversaire de sa mort, héroïque, à Leipzig, lors de la Bataille des Nations. J’ai alors mesuré combien le destin singulier de cet homme, seul non-Français qui ait jamais été élevé à la dignité de maréchal de France, incarnait la relation historique entre nos deux nations : la passion de la liberté, le sens de l’honneur, l’amour de la patrie. En 1923, la Pologne élevait à son tour Ferdinand Foch à la dignité de maréchal de Pologne.

Et j’ai encore en mémoire ces moments émouvants que j’ai vécus le 8 mai 2013, lorsque les Présidents de la République Française et de la République polonaise ranimaient, côte à côte, la flamme du Tombeau du Soldat Inconnu, sous l’Arc de Triomphe – sur les piliers duquel sont gravés les noms de tant de batailles livrées ensemble. Jamais aucun chef d’Etat étranger n’avait été convié à participer à cette cérémonie commémorative de la victoire du 8 mai 1945. Et tous ceux qui y assistaient ont été émus d’entendre l’hymne national polonais, avec sa référence à Bonaparte, entonné ensemble par les militaires français et polonais.

Les cérémonies de commémoration du 70-ème anniversaire du Débarquement en Normandie, le 6 juin prochain, seront une nouvelle occasion de rendre hommage au courage exceptionnel des soldats, marins et aviateurs polonais qui ont concouru à la libération de notre pays sans que le lourd tribut ainsi payé pour libérer le continent ait permis à la Pologne de recouvrer sa propre liberté. Là aussi, le Président Komorowski a accepté l’invitation du Président de la République à y prendre part. Deux jours auparavant, vous aurez célébré les 25 ans de vos premières élections libres, et je forme le vœu que cet anniversaire soit également l’occasion de mettre en lumière l’appui apporté par de très nombreux Français à votre combat pour la liberté, sous la bannière de Solidarność.

Ces quelques rappels n’ont d’autre objet que de replacer notre relation dans le contexte qui doit être le sien, celui d’une relation ancienne, durable, forte, et à vrai dire inaltérable. Ils expliquent la vigueur de la relance actuelle de notre relation bilatérale, dont j’ai été un témoin privilégié – et même un acteur engagé – durant ces 22 premiers mois de ma mission d’ambassadeur de France dans votre pays.

Cette relance doit beaucoup à la volonté du Président Komorowski, qui avait opté pour Paris, après son élection en 2010, comme première capitale à visiter et qui avait choisi de recevoir formellement, au Belvédère, le futur Président de la République Française quand ce dernier n’était encore que candidat.

La dynamique vertueuse alors amorcée s’est traduite, en l’espace de ces 22 mois, par une succession de contacts à un rythme inédit jusqu’ici dans l’histoire des relations franco-polonaises : pas moins de cinq rencontres entre les chefs d’Etats – dont deux à l’occasion de visites d’Etat, un cérémonial aujourd’hui rarement déployé – autant entre le Président Hollande et le Premier ministre Tusk, huit rencontres entre les ministres de la défense, une invitation croisée des ministres affaires étrangères aux conférences d’ambassadeurs de l’autre partie, les premières consultations gouvernementales, en novembre 2013, depuis quatre ans. Je ne mentionne pas les échanges de visites de ministres, tant ils font partie, désormais, de la routine.

Les contacts entre parlementaires se sont eux aussi multipliés, six échanges ayant eu lieu pendant l’année 2013. Il n’est donc pas fortuit que le Premier Ministre Tusk, ait, le 29 novembre dernier, observé que « les relations franco-polonaises sont aujourd’hui les meilleures dans l’histoire ».

Mais ce ne sont pas tant les rencontres qui importent que leur substance. Et tant à Paris qu’à Varsovie, le constat s’est imposé que la France et la Pologne partageaient une vision convergente de la nécessité de l’intégration européenne comme de ses modalités, et que nous devions faire équipe, soit en format bilatéral soit au sein du Triangle de Weimar.

C’est ainsi qu’il y a un an, nous avons fait front commun dans la négociation sur les perspectives financières 2014-2020, ce qui a permis à la Pologne, comme l’a d’ailleurs reconnu le Premier ministre Donald Tusk, d’obtenir le meilleur résultat possible en termes de fonds européens, et à la France de maximiser son retour au titre de la politique agricole commune, le tout au service d’un nécessaire retour de la croissance. Nous avons trouvé un accord sur l’association de la Pologne et des membres à venir de l’eurozone aux discussions sur l’architecture future de l’union économique et monétaire. Nous avons également, le 29 novembre dernier, signé un ambitieux programme de coopération, qui doit nous amener, dans les cinq années à venir, à travailler ensemble dans à peu près tous domaines.

Un premier terrain est celui de l’énergie nucléaire. La Pologne a décidé de se doter d’une centrale nucléaire. La France, forte de soixante années d’expérience dans le secteur du nucléaire et de l’excellence de sa technologie, souhaite en faire bénéficier la Pologne. Notre dialogue à ce sujet, politique, technique et scientifique, est permanent.

Un autre terrain, parmi les plus prometteurs de notre coopération, est celui de la sécurité et de la défense. La Pologne est, parmi les pays européens, un de ceux qui prennent le plus au sérieux leur défense. Et j’observe qu’elle prend conscience de ce que la défense commence par un effort national au premier chef, de ce qu’il est hasardeux de s’en remettre à autrui du soin de sa sécurité, de ce que les menaces ne commencent pas aux abords des frontières. J’observe aussi que la Pologne est attentive, de plus en plus, au concept d’autonomie stratégique, qu’il s’agisse des outils d’évaluation des situations ou de ses moyens d’action et d’intervention.

Cette évolution, ce constat ne peuvent que rapprocher nos deux pays, qui, dans le passé, ont l’un et l’autre payé un lourd tribut à l’ignorance des réalités. C’est d’ailleurs pourquoi nous assumons sans faille nos obligations d’allié, que ce soit dans l’Union européenne ou au sein de l’OTAN. C’est ainsi que la France a fourni 1250 hommes sur les 6000 impliqués dans la manœuvre Steadfast Jazz en novembre dernier, soit 10 fois au moins plus que toute autre nation en dehors de la Pologne.

Au Mali, et depuis quelques semaines en Centrafrique, la Pologne fournit à la France un appui en formateurs et en soutien logistique. Et le dialogue est intense entre nos industriels de la défense pour nouer des partenariats à même d’amener la Pologne vers le cœur de l’Europe de l’armement, car concevoir et produire ensemble les systèmes d’armes de demain est le moyen le plus sûr de s’assurer du plein contrôle national sur ces équipements, dans leur utilisation comme dans leur exportation. J’en veux pour preuve le fait que la France sera en septembre le pays invité d’honneur de la Pologne au Salon international de l’industrie de défense, à Kielce.

Et je ne peux que me réjouir d’avoir vu le géant Airbus – la success story indiscutable de l’industrie aéronautique européenne – proposer de faire de la Pologne sa cinquième base industrielle, après la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Espagne. Une base industrielle qui, au-delà des 850 salariés qu’emploie d’ores et déjà Airbus dans votre pays, inscrirait définitivement la Pologne dans les activités – la recherche & développement, la production, les exportations… – du « noyau dur » de l’Europe de l’armement.

Cette offre, qui concerne au premier chef la France et l’Allemagne, met en lumière le potentiel du Triangle de Weimar, que le Président Komorowski a explicitement souligné dans son intervention lors d’une récente conférence sur l’industrialisation et l’innovation à Cracovie, les 6-7 février : « Nous pouvons et nous devons développer le potentiel du Triangle de Weimar. Grâce à l’expérience acquise lors de la mise en œuvre des projets européens tels qu’Airbus ou Galileo, nous pouvons entreprendre ensemble de nouvelles initiatives industrielles. Cette coopération des industries européennes devrait se réaliser dans des secteurs aussi importants que, par exemple, l’industrie de l’armement, dans le cadre de la politique de sécurité européenne ».

Mais au-delà de l’industrie et de la défense, le Triangle de Weimar recèle bien d’autres potentialités. On les a vues à l’œuvre à Kiev, où les trois ministres des affaires étrangères se sont rendus ensemble le 20 février pour négocier l’accord entre le pouvoir et l’opposition. Le 26 février, les ministres de l’environnement se sont rencontrés, et d’autres réunions ministérielles – des affaires étrangères et des affaires européennes - sont prévues, en attendant le sommet du Triangle de Weimar, que la France accueillera cette année.

L’atmosphère de notre relation est aujourd’hui suffisamment bonne pour nous permettre de traiter de façon sereine et constructive nos désaccords – parfaitement normaux entre Etats – et trouver les bons compromis. Nous partageons en effet le privilège de présider, à deux ans d’intervalle, la conférence de l’ONU sur le climat, en 2013 pour la Pologne, en 2015 pour la France. Et il nous incombe de préparer ensemble le chemin qui permettra, en prenant en considération les intérêts de tous, d’aboutir à un accord ambitieux fin 2015.

Mais la préoccupation écologique peut aussi nous rapprocher sur d’autres terrains, comme celui de ce que nous appelons la « ville durable » - la mobilité urbaine, l’efficacité énergétique, la gestion des déchets et les services aux collectivités… De nombreuses villes de Pologne ont participé à l’opération « Eco Miasto », leurs dirigeants rencontrant à l’Ambassade de France des gestionnaires de villes françaises, partageant leur expertise afin d’organiser, pour le bien-être des habitants, des espaces urbains plus propres, plus écologiques, moins consommateurs d’énergie. Le succès d’Eco Miasto nous amène à poursuivre l’action en 2014.

Avant de recenser les outils de communication par lesquels nous pouvons communiquer, permettez-moi d’attirer votre attention sur un portail wikipedia dédié à la relation entre la France et la Pologne. Ce véritable musée virtuel participatif où chacun peut apprendre mais aussi apporter sa contribution, a été lancé à mon initiative en octobre 2013 dans ses deux versions,

la polonaise (http://pl.wikipedia.org/wiki/Portal:Stosunki_między_Francją_i_Polską)

et la française (http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Relations_entre_la_France_et_la_Pologne). Le portail recueille déjà de nombreux articles démontrant que notre histoire commune est riche, ancienne, diverse.

Voici donc la liste des liens annoncés :

- le site Internet de l’ambassade : http://www.ambafrance-pl.org/
- la page Facebook de l’ambassade : https://www.facebook.com/France.Pologne
- mon compte twitter : @PierreBuhler
- le site Internet de l’Institut Français de Pologne : http://institutfrancais.pl/pl/
- la page Facebook de l’IFP-Varsovie : https://www.facebook.com/institut.francais.varsovie
- la page Facebook de l’IFP-Cracovie : https://www.facebook.com/institutfrancais.cracovie
- le compte twitter de l’IFP-Varsovie : @IFP_Varsovie
- le compte twitter de l’IFP-Cracovie : @IFCracovie
- le site Internet commun à notre consulat général à Cracovie et à l’IFP-Cracovie : http://www.cracovie.org.pl/index.php

A ceux de mes lecteurs qui auront eu la patience de lire cette lettre jusqu’au bout, je voudrais dire que j’ai bien conscience de ce que cette première lettre dépasse quelque peu les normes de l’absorbable, mais il y avait tant de choses à dire. Les prochaines seront plus concises, je le promets.

En attendant, je vous adresse mes sincères salutations.

Pierre Buhler

Publié le 19 mars 2014

Dernière modification : 27/03/2014

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