Le programme nucléaire polonais et l’expérience française [pl]

Discours de l’Ambassadeur
à l’ouverture de la session de la Commission de l’Economie nationale du Sénat polonais
(4 juin 2013)

Monsieur le Maréchal du Sénat,
Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président de la Commission de l’économie nationale du Sénat,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs,

Je vois cette journée de travaux entre parlementaires de nos deux pays, sur un sujet aussi important que l’énergie nucléaire, comme un nouveau témoignage de l’excellence des relations franco-polonaises, de la profonde confiance que nos plus hautes autorités se portent mutuellement. La visite d’Etat du Président Bronislaw Komorowski, le 8 mai à Paris, a répondu avec autant de solennité que d’amitié à celle qu’avait effectuée en novembre 2012 le Président de la République française, ce jour-là lui aussi magnifiquement reçu. Outre ces deux visites de très grande portée, les visites de ministres et de parlementaires entre nos deux pays, les déplacements de personnalités de premier plan ont été, depuis un an, très nombreux.

Il est donc utile dans un pareil climat de confiance que nous abordions ensemble, pour tirer parti de nos convergences de vues et aussi pour discuter de nos désaccords, lorsqu’il s’en trouve, la question de l’énergie, et notamment de l’énergie nucléaire. L’énergie, nous le savons, est une question névralgique pour les pays développés, ceux de l’Europe tout particulièrement : notre économie, notre croissance, notre souveraineté dépendent de la façon dont nous la produisons, des pays tiers auxquels nous achetons celle que nous ne produisons pas, du prix qu’ils exigent pour nous la vendre, des effets que la production ou l’utilisation de l’énergie imposent à notre environnement naturel et à nos sociétés. Le Président de la République française, M. François Hollande, s’exprimait en ces termes le 16 novembre dernier devant le Parlement polonais : « [Ensemble,] nous devons l’être sur la question de l´énergie, où nous avons nos débats - j´imagine ici les mêmes qu´en France - sur le nucléaire, sur le gaz, et sur tant d´autres choses. Mais faisons en sorte d´aller de l´avant ensemble, sur la transition énergétique, sur le respect de l´environnement et sur la capacité de tirer de nos ressources tout le potentiel nécessaire ».

Le débat d’aujourd´hui sur l´énergie nucléaire nous invite à parler ensemble d’avenir. Car l’énergie nucléaire reste une énergie d’avenir.
Il nous invite, bien sûr, à parler de sécurité : nos sociétés, développées et éduquées, sont particulièrement vigilantes vis-à-vis de la sûreté nucléaire. Elles exigent qu’on en fasse une priorité absolue, primant sur toute autre considération.
Il nous invite aussi à parler environnement, climat et santé publique. Il serait irresponsable de minimiser l’impact des choix énergétiques dans ces domaines essentiels.
Le débat d’aujourd’hui nous invite à parler aussi compétitivité économique : nous savons tous que les ressources allouées à la production d’énergie seront distraites d’autres fins. L’optimisation de nos atouts industriels, notre recherche de la compétitivité dépendent de notre capacité de produire l’énergie, de notre façon d’utiliser l’énergie
Il nous invite enfin à parler souveraineté. Si l’indépendance énergétique totale est une chimère, la dépendance a un coût, économique et parfois politique. Dépendre le moins possible des importations d’énergie, ou d’un petit nombre de fournisseurs est un objectif légitime de politique publique. Dans les mains des producteurs, l’énergie peut, l’histoire l’a amplement démontré, s’avérer être un moyen de pression redoutable sur les clients.

Pour toutes ces raisons, il est important que nous confrontions nos choix énergétiques, et utile de comprendre les raisonnements qui nous y ont conduits.

Je remercie Mme Hanna Trojanowska, plénipotentiaire du gouvernement pour l’énergie nucléaire, ainsi que M. Mario Pain, directeur adjoint à la Direction générale de l’Energie et du Climat, qui présenteront les orientations énergétiques de la Pologne et de la France.

Je suis heureux également de saluer ici, parce qu’ils sont venus vous présenter les dispositions ayant permis que la population, en France, comprenne et accepte le choix du nucléaire. Merci donc à M. le Député Jean-Yves Le Déaut, Premier Vice-président de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques, à Mme Monique Séné, Vice présidente du Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sûreté Nucléaire, ainsi qu’à M. François Brunet, Secrétaire de la Commission locale d’Information. Ils évoqueront devant vous le rôle et les missions des différentes instances représentant la société civile auprès des élus nationaux députés et sénateurs, mais aussi auprès des conseillers siégeant dans les régions, départements ou municipalités. Il est indispensable en effet que sur les questions de sûreté nucléaire la population locale soit associée à la prise de décision à tous les niveaux.

L’énergie nucléaire est par ailleurs, comme toute activité industrielle, productrice de déchets, c’est là une question cruciale. Les compétences de M. Hervé Bernard, administrateur général adjoint du CEA, étant connues et reconnues, c’est lui qui nous expliquera comment sont gérés en France les déchets et les combustibles usés, quels sont à ce sujet les principes, et la pratique.

Vous aurez, le sujet étant vaste et sensible, de nombreuses questions à la fin de cette journée. Pour y répondre, il nous a paru utile qu’une table ronde soit organisée avec tous nos orateurs, ils sont là pour cela. Fort de son expérience de terrain, M. Amédéo Mantovan, du Pôle Nucléaire Bourgogne, vous dira l’impact de la filière nucléaire sur l’économie locale, les emplois qu’elle crée, le maintien du tissu industriel qu’elle permet ; M. Mario Pain vous parlera en économiste des coûts et avantages du nucléaire, et M. Hervé Bernard, des défis de la recherche nucléaire, secteur se prêtant remarquablement à la coopération scientifique entre la Pologne et la France.

Tous ces intervenants seront, cela va sans dire, à votre disposition pour répondre à vos interrogations.

Je vous souhaite un bon séminaire, franc, direct et vivant, foisonnant de questions.

Dernière modification : 04/06/2013

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