« L’économie verte, une nouvelle opportunité pour la Pologne », tribune de l’Ambassadeur parue dans le journal « Rzeczpospolita » [pl]

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La France est prête à partager avec la Pologne son savoir-faire et son expérience, dans les trois secteurs clefs que sont la transition énergétique, la « ville durable » et l’innovation.

Beaucoup a été dit sur le dérèglement climatique, et bien davantage le sera encore lors de la COP 21 de Paris dans quelques jours : c’est un péril qui, si nous ne nous mobilisons pas au plan mondial, affectera très vite nos conditions de vie et le monde que nous laisserons à nos enfants. Mais comme beaucoup de grands défis, c’est également un puissant stimulant du changement et de la transformation économiques, ainsi que de la transition vers une économie verte, c’est-à-dire une « économie qui engendre une amélioration du bien-être humain (…) tout en réduisant sensiblement les risques environnementaux et les pénuries écologiques » selon la définition du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

L’Economie Verte, thème retenu cette année par la IIIème édition des Rencontres de Varsovie organisées par la Chambre de commerce franco-polonaise avec le concours de l’ambassade de France et du Sénat polonais, est désormais davantage qu’un simple concept : ainsi aujourd’hui en France, l’emploi directement lié aux « éco-activités » ou en lien avec la protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles représente près de 5% de l’emploi total. Surtout, le nombre de ces emplois croît quatre fois plus vite que l’ensemble des emplois toutes catégories. Se positionner sur ces nouveaux secteurs et ces nouvelles technologies est capital pour chaque pays, tant l’histoire nous a montré que chaque révolution industrielle rebattait les cartes et bouleversait les hiérarchies.

Et c’est ni plus ni moins une nouvelle révolution qui se déroule sous nos yeux. Chacun peut la subir ou, à l’inverse, l’anticiper et en être un acteur. C’est ce dernier choix qu’a fait la France, qui dispose aujourd’hui dans ces secteurs d’un savoir-faire et d’une expérience reconnus. Elle est prête à les partager avec la Pologne, notamment dans ces trois secteurs clefs que sont la transition énergétique, la « ville durable » et l’innovation.

La transition énergétique

L’énergie est nécessaire à la croissance, mais celle-ci ne sera durable que si elle sait se montrer économe et utiliser une énergie de plus en plus dé-carbonée. Il y a un quasi consensus sur ce diagnostic, même si bien évidemment la transition qui en résultera devra se faire au rythme de chaque pays, de la situation initiale de son mix énergétique, et en évitant les déplacements d’activités et les distorsions de compétitivité.

Ce n’est pas un hasard si des économies parmi les plus développées se sont engagées dans une transition énergétique, en se fixant des objectifs à 2030 ou 2050. Comme l’Allemagne, le Royaume Uni et bien d’autres, la France fait le pari des énergies renouvelables dont la part dans sa production totale d’énergie passera de 14% aujourd’hui à 23% en 2020 et 32% en 2030.

La France continue de miser sur l’énergie nucléaire, la moins chère en Europe, qui restera prédominante dans sa production d’électricité, celle-ci se diversifiant néanmoins davantage. Au total, comme le rappelle l’exposition photos « énergie pour le climat » sur les grilles de notre ambassade à Varsovie, plus de 90% de l’électricité produite aujourd’hui en France (nucléaire, énergies éolienne, solaire et hydraulique) est dé-carbonée.

Derrière ces chiffres, il y a des savoir-faire, des formations, des cultures techniques que la France est prête à partager avec ses partenaires. C’est vrai bien entendu pour l’énergie nucléaire, dont l’adoption par la Pologne ferait accomplir un saut technologique majeur, à l’instar des autres pays du groupe de Visegrad, en intégrant tous les progrès accomplis depuis lors en ce domaine. C’est vrai également pour l’énergie solaire ou éolienne, tout comme pendant le temps de la transition, dans les technologies visant à réduire fortement la teneur en CO2 des énergies fossiles que sont le gaz ou le charbon.

C’est le cas enfin dans l’énergie la plus propre et la meilleur marché, c’est-à-dire celle que l’on évite de consommer : les enjeux de l’efficacité énergétique sont majeurs, et la France s’est fixée pour objectif de réduire sa consommation énergétique de 50% en 2050 par rapport à 2012, avec un objectif intermédiaire de 20% en 2030. Selon un rapport récent de l’Institute for Climate Economics (I4CE), la moitié des 36 Mds € d’investissements pour le climat réalisés annuellement en France sont imputables à la seule efficacité énergétique, essentiellement dans le secteur du bâtiment. Les recettes en sont connues : normes techniques d’isolation édictées pour les bâtiments, en commençant par les bâtiments neufs au moins dans le secteur public pour donner l’exemple, incitations financières pour aider les ménages et les propriétaires à mener les travaux nécessaires, individualisation des compteurs dans l’habitat collectif etc... Ces recettes peuvent donc être partagées.

La « ville durable »

Une majorité de nos concitoyens vit d’ores et déjà dans des agglomérations. La ville est un cadre de vie où la qualité de l’air et de l’eau, le traitement des déchets, le transport urbain seront des éléments de plus en plus discriminants dans la compétition mondiale. En effet, la lutte contre le réchauffement climatique est bien avant tout un défi local, puisque d’ici 2050, les villes accueilleront les 2/3 de l’humanité et émettront 70% des gaz carboniques. Or si les villes sont aujourd’hui particulièrement concernées par le défi climatique, elles sont dans le même temps des lieux décisifs d’innovation et d’expérimentation et apportent des solutions durables déterminantes pour répondre à ce défi. C’est ce que veut regrouper ce concept de « ville durable », qui intéresse de plus en plus nos amis polonais notamment dans les collectivités territoriales.

J’en veux pour preuve le succès croissant de l’initiative EcoMiasto organisée par l’ambassade de France en collaboration avec le ministère polonais de l’Environnement, l’association des villes de Pologne (ZMP) et l’union des métropoles des villes de Pologne (UMP) ainsi que de nombreuses entreprises françaises spécialistes de ces secteurs. Trente-huit agglomérations et villes polonaises ont participé cette année au Concours et aux manifestations, contre une vingtaine il y a deux ans.

Disposer d’une eau recyclée et buvable, traiter et recycler les déchets urbains qui eux-mêmes peuvent devenir sources d’énergie, choisir des modes de transport collectifs non générateurs de CO2, garantir aux citoyens un air respirable : autant de priorités qui sont de plus en plus celles des élus polonais. Là encore, des solutions existent, des recettes sont éprouvées, le partage des connaissances et du savoir-faire à disposition. De nombreux projets internationaux attestent de ce savoir-faire, regroupé sous le label Vivapolis (http://www.vivapolis-climat.com/en/).
L’innovation.

L’innovation

L’innovation est la clef d’une croissance durable et de la montée en gamme dans la chaine de valeur mondiale. Qu’elle soit générée nationalement ou diffusée par les investissements étrangers, elle est un moteur irremplaçable de progrès.

Elle se nourrit des efforts déployés en R&D par des entreprises importantes, mais également du foisonnement de start-ups explorant de nouveaux champs et à la source de très nombreux brevets. C’est cet « éco-système » regroupant grands groupes mondialisés, entreprises moyennes, start-ups, laboratoires et universités au sein de clusters, que nous appelons aussi « pôles de compétitivité » en France, qui peut faire la différence. Le dernier classement Thomson Reuters « Top 100 Global Innovators » publié début novembre consacrait ainsi la troisième place mondiale de la France, derrière le Japon et les Etats-Unis, avec 10 groupes dans le Top100. Au-delà, avec ses 72 pôles de compétitivité dans de multiples domaines, la France a engagé une coopération dès 2013 avec les clusters polonais, en lien avec le Ministère de l’Economie devenu Ministère du Développement polonais.

Une part importante de cette activité d’innovation de nos entreprises touche à des secteurs qui concourent au développement de l’économie verte : systèmes générant de fortes économies de consommation, cyber-sécurité où la France dispose d’un savoir-faire reconnu, technologie du « solaire sur mesure » (module photovoltaïque organique polychrome), domaine spatial (futur programme Biomass par exemple de cartographie des forêts).

Ces exemples illustrent les mutations rapides en cours dans nos économies, notamment en Europe. La Pologne, dont le développement économique force l’admiration, peut trouver, avec le talent de ses ingénieurs, techniciens, ouvriers, une source de croissance dans la transition énergétique en cours dans le monde. Elle peut aussi, dans le même temps, pourvoir au bien-être d’une population de plus en plus attentive à sa qualité de vie et à son environnement. Elle souhaite, entends-je, promouvoir l’innovation et la recherche-développement. Elle encourage la responsabilité sociale des entreprises présentes sur son sol. Dans tous ces domaines, aucun pays n’est mieux outillé que la France pour partager son savoir-faire. Nous pourrons, si tel est le souhait de la Pologne, donner ainsi une nouvelle dimension économique aux relations séculaires entre nos deux pays.

Dernière modification : 08/08/2016

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