Intervention de Jean-Yves Le Drian à Westerplatte

M. Jean-Yves Le Drian,
Ministre de la défense
Intervention à l’occasion du débat
« L’intégration européenne au regard des leçons de la Seconde Guerre mondiale. Quelle réalité aujourd’hui ? »

Gdansk, le 7 mai 2015
– Seul le prononcé fait foi –



Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d’abord vous dire l’honneur qui est le mien de prendre à mon tour la parole, au nom de la France et du Président de la République française, à l’occasion de ces commémorations du soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ici à Gdansk.

La Pologne a été projetée au cœur de l’abîme par cette Histoire tragique. Soixante-dix ans après, ce n’est pas sans émotion, ni d’ailleurs sans fierté pour les Polonais eux-mêmes, que nous retrouvons la Pologne au cœur du projet européen. Comme le couple franco-allemand, elle est le symbole de cette Europe, hier divisée, en guerre avec elle-même, aujourd’hui en paix, rassemblée autour de valeurs communes.

Le succès de l’Europe, c’est d’avoir su transformer la volonté des nations de se réconcilier en une prospérité partagée. La Pologne et son dynamisme économique en sont l’illustration la plus éclatante. C’est aussi d’avoir su développer, à partir de la vision des pères fondateurs, un modèle unique d’intégration démocratique, où les frontières relient nos pays au lieu de les séparer.

Le rayonnement de ce modèle européen a fini par avoir raison des clivages qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. La fin des dictatures en Europe, la réunification de l’Allemagne, la vague d’élargissement qui a suivi la transition démocratique des anciens pays socialistes, ont permis à notre continent de retrouver l’unité dont les fascismes et la guerre froide l’avaient privé.

Mais aujourd’hui, alors que le monde est gagné par des menaces que nous pensions appartenir au passé, l’Europe est mise à l’épreuve de nouveaux défis.

Au Sud, le terrorisme qui prospère dans certains Etats faillis fait peser des menaces directes sur la tranquillité de nos sociétés, sur la vie même de nos concitoyens. Les attentats qui ont frappé Paris ou Copenhague ont montré à quel point sécurité intérieure et extérieure étaient désormais liées. Dans le même temps, ce désordre sur la rive Sud de la Méditerranée génère des flux migratoires, avec les drames humains qui trop souvent les accompagnent. Face à cette situation, l’Europe doit se montrer solidaire et unie dans sa réponse, en coopération avec l’ensemble des pays concernés.

A l’Est de notre continent, la façon dont la Russie s’est affranchie des règles du droit international pour annexer la Crimée, et alimenter le séparatisme en Ukraine, est également un défi sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Le retour de la guerre sur notre continent, au seuil de l’Union européenne, est une perspective inacceptable.

Dans ce contexte, qui nous rappelle, à l’occasion de ces commémorations, que la paix n’est jamais acquise une fois pour toutes, qu’elle est toujours à défendre, la France est heureuse de pouvoir compter sur la Pologne comme l’un de ses plus solides partenaires en matière de défense. Le format dit de Weimar, qui réunit nos deux pays avec l’Allemagne, apparaît ainsi plus que jamais comme un lieu privilégié pour impulser une dynamique au bénéfice de l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne ou des Alliés de l’OTAN.

Mesdames et Messieurs,

En soixante-dix ans, le monde, et d’abord l’Europe, ont considérablement changé. Les menaces qui pèsent sur nous, cependant, sous des visages différents, sont demeurées les mêmes : l’intolérance, le racisme, le fanatisme, la barbarie.

L’Europe que nos pères ont bâtie, une Europe faite de paix et de prospérité, est aujourd’hui interpellée sur sa capacité à la fois à se protéger efficacement de ces menaces, mais aussi à porter un message de paix au cœur d’un monde troublé, en contribuant en particulier à la résolution des crises régionales. Voilà le défi qui nous attend. La France est déterminée à le relever, avec la Pologne et tous les pays de l’Union européenne ou de l’OTAN qui partagent cette vision de nos enjeux de sécurité.

C’est à ce prix que l’Europe pourra continuer de porter le projet qu’elle incarne avec réussite depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, celui d’un espace de droit, de paix, de solidarité et de progrès ouvert sur le monde.

Dernière modification : 04/02/2016

Haut de page