Intervention au Congrès des Initiatives d’Europe orientale (Lublin, 2 octobre 2013) [pl]

Intervention de l’Ambassadeur au Congrès des Initiatives d’Europe orientale
« La politique orientale de l’Union européenne »
Lublin – 2 octobre 2013

Modérateur : Krzysztof Stanowski, président de la Fundacja Solidarności Międzynarodowej
Autres panelistes : dr Paweł Kowal, député européen (PJN) ; Ewa Synowiec, directrice de la représentation de la Commission européenne en Pologne

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Je voudrais tout d’abord dire que je suis particulièrement heureux d’avoir été invité à venir m’exprimer ici, à Lublin, sur ce sujet de la politique orientale de l’Union européenne, et j’en remercie les organisateurs du Congrès, et en premier lieu le président de la ville de Lublin, M. Krzysztof Żuk.

Cela me donne en effet l’occasion de tordre le cou à ce cliché qui voudrait que la France ne s’intéresse qu’au voisinage méridional de l’Union européenne et pas à son voisinage oriental : rien de plus faux !

Bien sûr, notre intérêt pour le Sud de la Méditerranée est réel et constant, mais il n’exclut absolument pas notre intérêt, bien réel lui aussi, pour les affaires de l’Est du continent européen.

C’est d’ailleurs loin d’être une nouveauté, l’ambassadeur que je suis dirait même qu’il s’agit là d’une tradition diplomatique fort ancienne, et j’ai en tête le mariage à Reims au XIème siècle du roi de France Henri Ier avec la princesse Anne de Kiev.

Aujourd’hui, la politique orientale de l’Union européenne s’articule en deux dimensions très différentes : d’abord le Partenariat oriental, un instrument original de la politique européenne de voisinage, dont la Pologne et la Suède ont eu l’initiative et qui concerne six pays d’Europe orientale et du Caucase sud ; et d’autre part la relation entre l’Union européenne et un septième voisin oriental de l’UE, la Russie.

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Le Partenariat oriental a initié une dynamique forte dans le développement de la coopération bilatérale et multilatérale entre l’Union européenne et les six pays concernés, sur des sujets aussi fondamentaux que la sécurité énergétique, le renforcement de la démocratie ou les réformes économiques

Moins de cinq ans après son lancement au sommet de Prague en mai 2009, le bilan du Partenariat oriental est globalement positif, bien qu’inégal suivant les pays : le sommet de Vilnius au mois de novembre, dont nous espérons tous qu’il sera un succès, doit permettre de montrer aux citoyens des pays du Partenariat oriental ses effets bénéfiques en matière de modernisation, de mobilité, d’infrastructures, de bonne gouvernance…

Bien sûr, le Partenariat oriental est un processus qui s’inscrit dans la durée. Il n’est pas facile de réformer du jour au lendemain des structures marquées par l’héritage de l’URSS. Les progrès déjà enregistrés sont cependant prometteurs et pourraient être encore accélérés avec un « effet post-Vilnius ».

Tout le monde s’accorde à dire que ce sommet de novembre sera un sommet-clef pour le Partenariat oriental. C’est en fait un nouveau commencement pour le Partenariat plutôt qu’un aboutissement, car l’après-Vilnius sera le temps de la mise en œuvre des accords d’association, des programmes de mobilité comme Erasmus, de développement des infrastructures en matière de transports…

Pour que le sommet de Vilnius soit un succès, il ne doit y avoir aucune ambiguïté : il ne s’agit pas ici de reconnaître une perspective européenne aux pays du Partenariat oriental, ce débat ne pourrait qu’interférer avec la priorité du sommet : la signature et la mise en œuvre des accords d’association. Rappelons-le, le Partenariat oriental ne peut pas être perçu comme une promesse inconditionnelle d’adhésion des pays partenaires à l’Union européenne. Ne laissons pas l’ambiguïté s’installer, ne donnons pas de faux espoirs ; par respect pour les pays concernés et leurs citoyens nous leur devons la sincérité.

Il y a une volonté unanime de tous les acteurs européens pour que le sommet de Vilnius soit un succès et que les accords d’association et de libre-échange puissent être paraphés ou signé dans le cas de l’Ukraine. La balle est dans le camp de nos partenaires orientaux : à eux de respecter tous leurs engagements pour pouvoir aboutir à ce succès.

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Et puis, il y a un autre volet à la politique orientale de l’Union européenne : les relations entre l’UE et son grand voisin russe.

Comme vous le savez, la Russie ne participe pas au Partenariat oriental, jusqu’à il y a peu elle ne semblait même guère s’intéresser à cette initiative, aujourd’hui il semble au contraire qu’elle s’y intéresse beaucoup… à sa manière…

La relation entre l’UE et la Russie connaît régulièrement des périodes d’avancées et de stagnation. Cependant je crois que les sommets UE-Russie, même quand ils n’aboutissent pas nécessairement à des avancées concrètes, constituent un forum utile, avant tout pour pouvoir se dire les choses et faire passer nos messages, et pour montrer l’unité des acteurs européens dans cette relation.

L’UE ne doit pas renoncer à ses principes dans la discussion avec la Russie et dire clairement, sereinement et dans l’unité, à notre voisin les préoccupations qui peuvent être les nôtres quant à la situation des droits de l’homme et des libertés publiques ; nous devons rester fermes sur notre politique européenne en matière d’énergie que Moscou conteste ; nous devons également veiller à ce que les règles de l’OMC dont la Russie est membre soient appliquées.

J’ai dit par ailleurs que la Russie semblait s’intéresser ces derniers mois à sa manière au Partenariat oriental. J’avais bien sûr en tête et vous l’aviez compris les pressions commerciales que Moscou cherche à exercer sur certains pays du Partenariat oriental, et notamment l’Ukraine et la Moldavie, et même sur la Lituanie, pays membre de l’UE et qui en préside actuellement le Conseil, qui a dû faire face à des tracasseries douanières.

Ces pressions sur des États souverains, libres de leurs choix dans les relations qu’ils souhaitent entretenir avec l’UE, sont absolument inacceptables ! Qui plus est, elles sont dénuées de fondement rationnel : le Partenariat oriental n’est en aucun cas une menace pour la Russie, au contraire, le développement économique, les réformes du système judiciaire, une bonne gouvernance dans les pays du Partenariat oriental ne peuvent qu’être bénéfiques pour la Russie.

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Je crois que si nous sommes cohérents et unis dans notre approche, fidèles à nos valeurs communes européennes, si nous ne rabaissons pas nos exigences par rapport à la nécessité pour les pays du Partenariat oriental de tenir leurs engagements et d’effectuer toutes les réformes nécessaires, et que nous tenons nos propres engagements à leur égard, le sommet de Vilnius ouvrira un nouveau chapitre des relations entre l’UE et son voisinage oriental, un chapitre où beaucoup de pages restent encore à écrire.

Et si vous me permettez encore un mot : j’ai parlé ici avant tout, et c’est bien sûr ce qu’on attend d’un diplomate, de la dimension officielle, institutionnelle de la relation entre l’UE et ses voisins orientaux, avec les accords, les sommets, les partenariats… Mais il y a une autre dimension qui est au moins aussi forte, c’est celle de la société civile et de son rôle dans le rapprochement entre nos pays. Il existe d’ailleurs un Forum de la société civile du Partenariat oriental qui joue un rôle important dans ce processus. Et je voudrais citer encore deux domaines qui me semblent fondamentaux pour nos relations avec l’Est : les échanges de jeunes, de lycéens, d’étudiants ; et puis les échanges culturels, car la culture, c’est une rencontre, et se rencontrer c’est déjà se comprendre, et c’est ce qu’ont très bien compris les organisateurs de ce Congrès des Initiatives d’Europe orientale de Lublin.

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Dernière modification : 03/10/2013

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