Entretiens de Varsovie

Entretiens de Varsovie
Intervention de l’Ambassadeur de France Pierre Buhler
Château Royal 21 novembre 2015

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Sénateur, cher Aleksander Pociej,
Monsieur le Député cher Jérôme Chartier,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Bien que dans une atmosphère assombrie par les événements que nous venons de vivre, je voudrais vous dire combien je suis heureux d’ouvrir pour la troisième fois ces Entretiens de Varsovie, devenus aujourd’hui un évènement incontournable de la scène polonaise. Je remercie sincèrement Jérôme Chartier qui il y a trois ans, avec Maciej Witucki et toute son équipe de la Chambre de Commerce et d’industrie franco-polonaise, a fait ce pari de vouloir décliner ici, à Varsovie, les Entretiens de Royaumont : pari gagné ô combien, à voir ce matin la qualité et la fidélité de l’assistance et le retentissement de cet évènement devenu pérenne auprès de nos amis polonais. Parmi eux, un remerciement tout particulier à Aleksander Pociej, dont le soutien fidèle a été un atout déterminant dans le succès et l’installation de nos Entretiens de Varsovie dans le paysage polonais.

La force de ces Entretiens, c’est de coller aux thèmes les plus actuels et aux débats les plus stratégiques qui font notre actualité. Après l’Europe, après le numérique, la prise en compte des enjeux environnementaux dans notre économie et nos comportements répond à l’évidence à cette définition. Nous sommes à quelques jours de l’ouverture de la COP 21 à Paris, qui devra fixer un cap mondial pour les prochaines décennies si nous voulons faire mentir les prévisions des scientifiques du GIEC qui nous annoncent un réchauffement de 3 ou 4° de la température à la fin de ce siècle par rapport aux débuts de l’ère industrielle si nous ne réagissons pas.

Cette mobilisation nécessaire, je pense que nos débats de la journée le montreront, n’est pas seulement l’affaire des Etats et gouvernements. C’est la société civile toute entière qui doit s’en saisir, les citoyens, les associations, les collectivités locales, les entreprises. Et comme beaucoup de grands défis, c’est également un puissant stimulant du changement et de la transformation économiques, ainsi que de la transition vers une économie verte, c’est-à-dire une « économie qui engendre une amélioration du bien-être humain (…) tout en réduisant sensiblement les risques environnementaux et les pénuries écologiques  » selon la définition du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

L’Economie Verte est désormais davantage qu’un simple concept : ainsi aujourd’hui en France, l’emploi directement lié aux « éco-activités » ou en lien avec la protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles représente près de 5% de l’emploi total. Surtout, le nombre de ces emplois croît quatre fois plus vite que l’ensemble des emplois toutes catégories. Se positionner sur ces nouveaux secteurs et ces nouvelles technologies est capital pour chaque pays, tant l’histoire nous a montré que chaque révolution industrielle rebattait les cartes et bouleversait les hiérarchies.

Et c’est ni plus ni moins une nouvelle révolution qui se déroule sous nos yeux. Chacun peut la subir ou, à l’inverse, l’anticiper et en être un acteur. C’est ce dernier choix qu’a fait la France, notamment dans l’énergie, la ville durable ou l’innovation.

L’énergie
L’énergie est nécessaire à la croissance, mais celle-ci ne sera durable que si elle sait se montrer économe et utiliser une énergie de plus en plus dé-carbonée. Il y a un quasi consensus sur ce diagnostic, même si bien évidemment la transition qui en résultera devra se faire au rythme de chaque pays, de la situation initiale de son mix énergétique, et en évitant les déplacements d’activités et les distorsions de compétitivité.
Ce n’est pas un hasard si des économies parmi les plus développées se sont engagées dans une transition énergétique, en se fixant des objectifs à 2030 ou 2050. Comme l’Allemagne, le Royaume Uni et bien d’autres, la France fait le pari des énergies renouvelables dont la part dans sa production totale d’énergie passera de 14% aujourd’hui à 23% en 2020 et 32% en 2030.

La France continue de miser sur l’énergie nucléaire, la moins chère en Europe, qui restera prédominante dans sa production d’électricité, celle-ci se diversifiant néanmoins davantage. Au total, comme le rappelle l’exposition photos « climat pour l’énergie » sur les grilles de notre ambassade à Varsovie, plus de 90% de l’électricité produite aujourd’hui en France (nucléaire, énergies éolienne, solaire et hydraulique) est dé-carbonée.

C’est le cas enfin dans l’énergie la plus propre et la meilleur marché, c’est-à-dire celle que l’on évite de consommer : les enjeux de l’efficacité énergétiques sont majeurs, et la France s’est fixé pour objectif de réduire sa consommation énergétique de 50% en 2050 par rapport à 2012, avec un objectif intermédiaire de 20% en 2030. Selon un rapport récent de l’Institute for Climate Economics (I4CE), la moitié des 36 Mds € d’investissements pour le climat réalisés annuellement en France sont imputables à la seule efficacité énergétique, essentiellement dans le secteur du bâtiment..

La « ville durable ».
Une majorité de nos concitoyens vit d’ores et déjà dans des agglomérations. La ville est un cadre de vie où la qualité de l’air et de l’eau, le traitement des déchets, le transport urbain seront des éléments de plus en plus discriminants dans la compétition mondiale. C’est ce que veut regrouper ce concept de « ville durable », qui intéresse de plus en plus nos amis polonais notamment dans les collectivités territoriales.

J’en veux pour preuve le succès croissant de l’initiative EcoMiasto organisée par l’ambassade de France en collaboration avec le ministère polonais de l’Environnement et les associations d’élus polonais, ainsi que de nombreuses entreprises françaises spécialistes de ces secteurs. Trente-huit agglomérations et villes polonaises ont participé cette année au Concours et aux manifestations, contre une vingtaine il y a deux ans.
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L’innovation.
L’innovation est la clef d’une croissance durable et de la montée en gamme dans la chaine de valeur mondiale. Qu’elle soit générée nationalement ou diffusée par les investissements étrangers, elle est un moteur irremplaçable de progrès.

Elle se nourrit des efforts déployés en R&D par des entreprises importantes, mais également du foisonnement de start-ups explorant de nouveaux champs et à la source de très nombreux brevets. C’est cet « éco-système » regroupant grands groupes mondialisés, entreprises moyennes, start-ups, laboratoires et universités au sein de clusters, que nous appelons aussi « pôles de compétitivité  » en France, qui peut faire la différence. Le dernier classement Thomson Reuters « Top 100 Global Innovators » publié début novembre consacrait ainsi la troisième place mondiale de la France, derrière le Japon et les Etats-Unis, avec 10 groupes dans le Top100. Au-delà, avec ses 72 pôles de compétitivités dans de multiples domaines, la France a engagé une coopération avec les clusters polonais et le Forum de l’Innovation du 26 novembre prochain, monté en lien avec le Ministère du Développement polonais, en sera une étape importante.

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Ces exemples illustrent les mutations rapides en cours dans nos économies, notamment en Europe. La Pologne, dont le développement économique force l’admiration, peut trouver, avec le talent de ses ingénieurs, techniciens, ouvriers, une source de croissance dans la transition énergétique en cours dans le monde. Elle peut aussi, dans le même temps, pourvoir au bien-être d’une population de plus en plus attentive à sa qualité de vie et à son environnement.

Elle souhaite, entends-je, promouvoir l’innovation et la recherche-développement, et éviter de tomber dans la « trappe du revenu moyen ». Elle encourage la responsabilité sociale des entreprises présentes sur son sol. Dans tous ces domaines, aucun pays n’est mieux outillé que la France pour partager son savoir-faire. Nous pourrons, si tel est le souhait de la Pologne, donner ainsi une nouvelle dimension économique aux relations séculaires entre nos deux pays. Je souhaite que ces Entretiens de Varsovie aujourd’hui nous éclairent davantage encore sur des enjeux capitaux pour nos sociétés.

Dernière modification : 23/11/2015

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