Entretien du ministre de l’Intérieur, M. Manuel Valls, accordé au quotidien Rzeczpospolita

Entretien du ministre de l’Intérieur, M. Manuel Valls,
accordé au quotidien Rzeczpospolita

« MARIAGE POUR TOUS » entretien avec Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur, réalisé par Piotr Jedroszczyk, « Rzeczpospolita » du 4/02/13, p. A7.

Le parlement français poursuit son grand débat sur le projet de mariage homosexuel, et sur le droit des couples homosexuels à adopter des enfants. En Pologne, on discute du PACS. La France a-t-elle quelque chose à proposer à d’autres pays dans ce domaine ?

Nous avons discuté du PACS il y a 15 ans. Cela montre la vitesse d’évolution d’un processus qui, ayant commencé par le PACS, aboutit au mariage. Dans chaque pays cependant, la vitesse à laquelle se produisent ces évolutions est différente. Il y a des pays qui sont déjà allés au bout de ce chemin, par exemple l’Espagne, le Portugal, ou la Belgique. Nous avons considéré que la France était prête pour adopter cette solution. Le débat parlementaire a été précédé d’un débat dans la société. Nous ne remettons nullement en question le mariage entre un homme et une femme, nous créons, tout simplement, une nouvelle loi pour les partenaires de même sexe. François Hollande s’y était engagé lors de sa campagne électorale. J’estime que les hommes politiques doivent aspirer au progrès tout en restant attentifs à l’opinion publique, à l’écoute de la population. Les Français ont adopté une attitude très positive à l’égard du mariage pour tous, mais, sur la question de l’adoption, ils sont divisés. Ils traitent ces deux questions de façon séparée. Ils font de même sur la question de la procréation médicalement assistée (la PMA). Le projet de loi ne prévoit pas que le couple homosexuel puisse utiliser les techniques de procréation médicalement assistée.

Rien qu’en Lorraine, il y a 1183 maires qui protestent contre le mariage pour tous.

Oui, mais il y a 36.000 maires en France, je comprends qu’ils ne puissent pas être tous pour. Mais si la loi est votée, je veillerai, en tant que ministre de l’Intérieur, à ce qu’elle soit respectée.

Vous avez dernièrement publié des statistiques montrant que le nombre d’accidents mortels sur la route est le plus bas de ces dernières décennies. Est-ce grâce au nombre important de radars routiers qui contrôlent la vitesse sur les routes et autoroutes ?

Cela résulte d’une volonté politique remontant à l’époque du Président Chirac. En l’espace de 10 ans, le nombre de victimes mortelles est passé de 8.000 à 4.000. Je voudrais réduire ce nombre de moitié encore au cours des prochaines années, car le nombre d’accidents mortels de la route, en France, reste supérieur à celui d’autres pays, par exemple la Grande - Bretagne.

La France est aujourd’hui en situation de guerre. Elle poursuit une campagne militaire au Mali. De nombreux observateurs politiques estiment que cela peut contribuer à l’amélioration de la popularité du Président Hollande. La France est-elle satisfaite du soutien de ses partenaires européens ?

La France respecte ses engagements envers le Mali. Elle peut le faire, car elle dispose de la force armée nécessaire. Il a fallu d’abord stopper les terroristes, parce que si ce n’avait pas été le cas, c’est Bamako et avec lui tout le Mali qui seraient aujourd’hui entre leurs mains. C’était une intervention nécessaire, conforme au droit international, entreprise à la demande du Président du Mali. L’Union européenne a accordé son appui à la France. Nous nous réjouissons grandement de l’engagement de la Pologne. Le Président Hollande l’a souligné, je le fais aussi pendant ma visite à Varsovie. L’Europe a certains engagements envers le Mali, dans le domaine de la formation militaire également. La France ne se sent pas isolée.

A quoi faut-il attribuer cette surprenante relance des relations polono-françaises, jamais vue dans le passé ? Vous, c’est la première fois il est vrai que vous venez en Pologne, mais le Président de la République est déjà venu à Varsovie et le Président Komorowski doit se rendre prochainement en France. Le Triangle de Weimar se remet à fonctionner. A quoi devons-nous ces sentiments si cordiaux ?

Nos deux pays sont depuis longtemps unis par des liens forts. Mais, avant même d’être élu Président de la République, François Hollande voulait que la Pologne fasse partie des partenaires de la France importants, et incontournables. Après son élection, il a réaffirmé cette volonté plus formellement encore. Nous sommes membres d’un même club, le G6, celui des grandes puissances européennes. L’Europe ne peut pas être la somme des relations bilatérales de ses membres, ni la somme des relations bilatérales de l’Union à l’échelle européenne. Le Président Hollande veut une relation forte avec la Pologne, qui est un pays qui compte.

Dans le passé il y a eu des hauts et des bas. On se demande si ce regain d’intérêt pour la Pologne n’est pas une réaction de la France au rapprochement polono-allemand. On peut entendre de telles opinions à Berlin. Apparemment, dans les relations polono-allemandes Paris veut prendre sa part. N’est-ce pas là ce qui la motive ?

Les relations franco-allemandes ont leur qualité. Nous l’avons récemment manifesté ensemble, à l’occasion du 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée. L’Europe a besoin d’un tandem franco-allemand efficace, et il l’est bel et bien. Mais le bon fonctionnement de ce tandem dépend également des relations fortes avec des pays importants, comme la Pologne. Nous sommes convaincus qu’à l’intérieur du cadre européen, certains cercles doivent fonctionner en propre. Le Triangle de Weimar, Pologne, France et Allemagne, semble ainsi une formule très intéressante. Un sommet des Etats du Triangle de Weimar sera organisé à Paris le 9 mai, Journée de l’Europe, auquel le Président Komorowski participera. La France ne peut pas ignorer la Pologne. L’Europe ne peut pas se développer sans la participation de tous les pays, notamment celle de pays comme la Pologne, qui possède des liens historiques et émotionnels avec la France.

Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur de la République Française.

Homme politique du Parti socialiste français. « The Economist » a récemment écrit qu’il serait un jour chef du Gouvernement. Il a ambitionné d’être le candidat du PS à la présidence de la République. Né à Barcelone, il a obtenu la nationalité française alors qu’il faisait ses études d’histoire à la Sorbonne. Ministre de l’Intérieur depuis quelques mois. Les médias se souviennent que Nicolas Sarkozy, qui lui aussi avait été ministre de l’Intérieur, a utilisé le poste comme un tremplin au service de sa carrière. A passé le 1er février en Pologne.

Dernière modification : 27/03/2013

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