Discours prononcé lors du Salon international de l’Industrie de défense (Kielce, 2 septembre) [pl]

Mesdames, messieurs,

Je remercie les industriels présents à cette conférence notamment les industriels français qui sont venus en nombre cette année et avec des matériels lourds comme l’hélicoptère multirôles EC-725 Caracal ou le véhicule de transport de troupes tout-terrain à quatre roues motrices Aravis. Cette année, la France compte 15 exposants à MSPO.

C’est pour moi un grand honneur que d’intervenir dans le cadre du salon international de l’industrie de défense en Pologne : MSPO 2013, afin d’échanger avec vous sur un sujet qui tient particulièrement à cœur au ministre de la Défense et à l’Européen convaincu que je suis : l’industrie de défense européenne.

1) A travers la mise en place d’une industrie de défense européenne, c’est l’intégration européenne qui prend corps. C’est une réalisation concrète de l’Europe de la défense. Alors que les Etats-Unis et l’OTAN exhortent les Européens à se doter de capacités cohérentes et complètes au plan militaire et annoncent leur désengagement de l’Europe, la question de l’autonomie stratégique européenne se pose avec acuité.

Nous sommes là au cœur du sujet : si l’ambition de l’UE est de renforcer sa capacité à agir seule, elle n’a pas d’autre alternative que de travailler à se doter des moyens nécessaires et de s’assurer du maintien d’une industrie forte.

L’enjeu est complexe et de taille car, aujourd’hui, aucun Etat membre ne maîtrise l’ensemble du spectre capacitaire et une grande majorité des 27 ne dispose plus que d’un appareil de défense résiduel et très lacunaire. Il faut se rendre à l’évidence, nous allons assister à des effets de seuils, entraînant des pertes de capacités. Or, les abandons de savoir-faire technologiques sont quasi irrémédiables : il faut des décennies pour réacquérir la maîtrise d’une technologie perdue !

La situation de crise financière que nous traversons en ce moment qui contraint nos budgets de défense, bien sûr, pèse sur notre engagement. Mais, dans ce contexte, rien ne serait pire que de céder à la tentation du repli national. Une renationalisation de nos politiques de défense signifierait une diminution du rôle des Etats européens sur la scène mondiale.

L’Europe de la défense offre l’opportunité de forger de nouvelles solidarités.

Nous devons avoir le courage de mettre en place plus de dépendance intra-européenne.

2) Si l’on se penche un peu sur l’histoire, la présence d’équipements français sur le sol polonais au sein des troupes polonaises et la solidarité entre la France et la Pologne n’est pas nouvelle. En effet, les premiers matériels français datent de l’époque napoléonienne et l’on peut souligner que les canons obusiers de 12 Pouce connus comme systèmes de Gribeauval, équipaient déjà l’armée polonaise au XiXème siècle.

Plus tard, le Char Renault FT-17, très cher aux yeux du président Komorowski, considéré le véhicule de combat blindé et chenillé le plus efficace de la Première Guerre mondiale, faisait partie des matériels de guerre de pointe de l’armée polonaise. En ce moment, une coopération est mise en place avec la France pour rénover ce char FT-17, afin qu’il soit à nouveau en état de marche pour la prochaine fête de l’indépendance polonaise.

Grâce à l’amitié et la proximité intellectuelle franco-polonaise, les projets franco-polonais ont toujours été des projets gagnant-gagnant. Plus récemment, nous pouvons citer entre-autres les postes de radio PR4G développés entre Thales et Radmor et fabriqués désormais en Pologne, ou encore la technologie IFF qui a fait l’objet d’une très belle coopération entre Thales et RADWAR.

Dans l’actualité très récente, je souhaite citer l’excellente coopération qui existe entre PHO Bumar et la firme Roxel sur les moteurs fusées Phenix. Les lance- roquettes 122 mm devraient prochainement faire ses essais de qualification en France.

3) La France, comme la Pologne, investit une part significative de son PIB dans l’équipement de ses forces armées. L’ordre de grandeur pour la France est de plus de 6,3 milliards d’euros par an d’équipements militaires auxquels s’ajoutent plus de 700 millions d’euros pour les recherches et technologies.

Ces programmes d’armement sont conduits par la Direction Générale pour l’Armement, premier investisseur de l’Etat français, dont un représentant l’Ingénieur Colonel Reynold de la Boutetière est présent parmi nous. Cette direction, forte de 10500 personnels très qualifiés puisqu’environ la moitié sont des ingénieurs, induit une véritable valeur ajoutée au sein du ministère de la Défense en apportant :

-  Une vision d’ensemble des systèmes d’armement pour assurer leur cohérence globale ;
-  une capacité à maîtriser les risques pour conduire des projets complexes ;
-  des moyens uniques pour expertiser et tester les systèmes ;
-  une politique industrielle et technologique de dimension européenne.
La DGA conduit en ce moment simultanément 80 programmes d’armement dont de nombreux dans un cadre européen comme : l’avion de transport tactique A400M, l’hélicoptère de combat Tigre ou encore la famille des missiles surface-air Aster.
4) La France est optimiste et a de grandes ambitions pour l’Europe de la Défense. La construction européenne et l’Europe de la défense constituent donc un axe majeur de la stratégie française. La France est prête à mettre en place plus de dépendance intra-européenne. En particulier avec la Pologne qui est un allié de très longue date.

Nous avons cité précédemment la coopération dans les programmes d’armement mais n’oublions pas que l’achat ne représente que un quart du coût global de possession d’un équipement tout au long de son cycle de vie (acquisition, maintenance, logistique, formation, démantèlement, etc.). Aussi, il est encore possible de créer d’autres synergies dans d’autres domaines liés à l’armement comme la formation, l’entraînement, le soutien logistique, la normalisation…

5) Nous sommes désormais à un tournant historique dû à la crise financière et les choix qui s’offrent à nous, nations européennes sont très simples :

-  nous affaiblir chacun de notre côté, en coupant individuellement des pans entiers de nos capacités militaires
-  nous renforcer collectivement en mettant en places des structures industrielles et des volontés étatiques de coopération plus étroites.

C’est dans ce dernier chemin que la France souhaite s’engager et espère convaincre ses partenaires européens de s’engager à ses côté, à commencer par la Pologne.

Cette volonté française d’encourager de relancer l’Europe de la Défense et de développer des partenariats équilibrés avec la Pologne, expliquent ma présence aujourd’hui à Kielce, parmi vous.

Dernière modification : 09/09/2013

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