Discours de l’Ambassadeur de France à l’occasion de la Fête nationale, le 14 juillet 2016 [pl]

Mesdames et Messieurs,
Messieurs les ministres, M. Antoni Macierewicz, ministre de la Défense nationale,
Les représentants des corps législatifs et exécutifs de la République Polonaise,
Les représentants des collectivités territoriales,
Les représentants des Eglises et des Religions,
Chers collègues du corps diplomatique,
Monsieur le Sénateur Jean-Yves Leconte,
Chers amis,
Chers invités,
Chers compatriotes,

Permettez-moi d’abord de souhaiter à tous la bienvenue, en vous remerciant d’être présents aussi nombreux ici ce soir et de donner ainsi la mesure de cette amitié partagée entre la France et la Pologne. Dans cette expression de gratitude, j’entends bien sûr inclure nos amis polonais.

Rien n’incarne mieux ce lien que la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Pologne, qui est le partenaire de l’ambassade pour l’organisation de notre réception. Je remercie donc son président, Maciej Witucki, et, à travers lui, toutes les entreprises qui ont rendu possible non seulement cette magnifique réception, mais aussi le « village français » du parc Skaryszewski, dimanche à Saska Kępa, et le bal de ce soir.

Elles sont, ces entreprises, plus de vingt à s’être mobilisées pour faire de ce jour une réussite, et je voudrais dire ma gratitude au groupe Airbus, à Auchan, DCNS, Orange, Orbis-Sofitel, Servier, Thales, Canal+, Lactalis-Président ainsi qu’à toutes celles dont les logos vous ont accueillis ici à votre arrivée. Elles sont, très souvent, ici depuis plus de 20 ans et sont complètement intégrées dans le paysage économique polonais.

J’aimerais réserver une mention particulière à un nouveau partenaire, la région Ile-de- France. Celle-ci a en effet choisi de commencer ici même, à Varsovie, sa première campagne d’attractivité touristique à l’étranger. Je remercie vivement de sa confiance son vice-Président, notre ami Jérôme Chartier, qui ne pouvait être des nôtres, mais qui vous salue tous. Car si Paris capte la lumière, le reste de la première région de France jouit, de Versailles à Fontainebleau, en passant par Auvers-sur-Oise et Barbizon, de formidables atouts que vous avez pu découvrir au parc Skaryszewski et, ce soir, dans l’enceinte de l’Ambassade.

Tous ensemble, nous formons l’équipe de France ici en Pologne, témoignant de cette excellence française, dont nous sommes légitimement fiers. Que tous nos partenaires soient ici chaleureusement remerciés de leur générosité.

Cher amis,

Permettez-moi de vous souhaiter à tous la bienvenue à la Résidence de France, en ce jour où je célèbre pour la cinquième fois le 14 juillet dans ces lieux. J’espère que ceux qui m’écoutent depuis 2012 ne s’ennuieront pas trop. Je vais maintenant passer au polonais et je vous invite donc à suivre mes propos grâce aux livrets qui vous ont été distribués à votre arrivée.

Ce que nous célébrons aujourd’hui, au-delà de la prise de la Bastille, c’est la conquête, par le peuple, de la liberté et de la démocratie. Cette aspiration a embrasé l’Europe et inspiré les rédacteurs de la première constitution proclamée sur notre continent, dont la Pologne a célébré en mai le 225ème anniversaire. Cette aspiration a guidé les pas de ces figures magnifiques qui ont refusé l’asservissement, les Kosciuszko, Dabrowski, Poniatowski, et qui ont trouvé la France à leurs côtés, et si souvent combattu avec elle contre l’oppression.

Car c’est sans doute cette idée de liberté, puissamment exprimée par ce beau mot d’ordre qui est le vôtre, « pour votre liberté et la nôtre », qui a plus que tout fondé ce rapport singulier entre nos deux nations. Aucun pays n’a autant que la France ouvert ses bras aux réfugiés de Pologne, qui fuyaient la répression consécutive aux insurrections de novembre puis de janvier, refusant le sort d’une Pologne démembrée et occupée par des puissances étrangères, les Mickiewicz, Chopin, Norwid, Slowacki, Krasinski et tant d’autres.

2017 sera l’année du centenaire de la formation en France de l’armée polonaise en France, la fameuse armée Haller, également connue comme « bleu horizon ». Forte de quelque 100 000 hommes et bien équipée, transférée en Pologne au printemps 1919, elle formera la colonne vertébrale, aux côtés des légions de Piłsudski, de la future armée polonaise.

Ce sera l’occasion de rappeler combien la France a contribué, il y a près d’un siècle, à la renaissance d’un Etat polonais indépendant. Le riche fonds documentaire réuni pour le centenaire de la Grande Guerre devrait faire l’objet, je l’espère, d’une exposition l’an prochain ici.

Le soutien de la France ne s’est pas limité uniquement à cela. Dans les négociations du Traité de Versailles, c’est le Premier ministre Georges Clemenceau qui, bien qu’isolé face à Lloyd George et Wilson, allait défendre avec force les intérêts de la Pologne.

Aucun pays, en effet, n’a davantage que la France œuvré, au lendemain de la Première Guerre mondiale, pour restaurer un Etat polonais fort et viable, qu’il s’agisse de la guerre contre les bolcheviques – dans laquelle s’est illustrée celui qui n’était encore que le capitaine Charles de Gaulle – de la construction de port de Gdynia, ou encore de la création de la marine polonaise.

Le temps me manque pour évoquer les innombrables occurrences où nos destins se sont à nouveau croisés, mais permettez-moi d’en évoquer au moins une, hélas peu connue ici, celle de l’intervention énergique du Président François Mitterrand pour convaincre le chancelier Kohl, dès que s’est précisée, en 1990, la perspective de la réunification de l’Allemagne, de la nécessité de reconnaître sans tarder l’intangibilité de la frontière sur l’Oder et la Neisse. Je me réjouis donc particulièrement de la récente décision préliminaire du Conseil municipal de Varsovie de rendre hommage à l’action de François Mitterrand en donnant son nom à une place, tout près de l’ambassade, de l’autre côté de la rue Piękna. Merci de ce noble geste.

Et lorsque notre pays a été l’an dernier touché par une vague de terrorisme sanguinaire, l’extraordinaire élan de sympathie du peuple polonais, dans toutes les grandes villes du pays, a été une source de réconfort pour tous mes compatriotes, ici comme en France. Je n’oublierai pas les milliers de bougies et les fleurs déposées devant l’ambassade, les messages de solidarité reçus, les bâtiments publics illuminés aux couleurs de la France. Je tiens donc, devant vous ici, à exprimer ma gratitude à tous les amis de la France qui se sont mobilisés dans cette circonstance, mais aussi aux autorités polonaises pour leur participation aux efforts internationaux de lutte contre le terrorisme.

Celui-ci fait partie d’un ensemble plus large de menaces et de défis auxquels nous ne pouvons faire face qu’ensemble. C’est ce constat qui, il y a moins d’une semaine, inspirait les participants au sommet de l’OTAN lorsqu’ils ont approuvé, ici même, un renforcement des capacités de défense collective et de dissuasion de l’Alliance. La France y prendra bien sûr pleinement sa place. Elle participera, cet automne, en Pologne, avec plusieurs centaines d’hommes, pour un exercice de l’OTAN, Citadel Bonus.

Enfin, pour ce qui est des mesures dites de « réassurance », elle assurera prochainement, comme en 2014, un nouveau tour de permanence dans la police du ciel dans les pays baltes.

La sécurité, nous le savons, est également une affaire de volonté et de moyens. En Europe, où les industriels de l’armement n’ont d’autre choix que de coopérer, je me réjouis de ce que les entreprises de deux des pays européens qui prennent le plus au sérieux leur défense explorent ensemble les pistes de coopération dans plusieurs domaines prometteurs, illustrés par les maquettes que vous voyez à côté de moi.

Et je ne perds pas l’espoir de voir se réaliser le projet dont je me faisais déjà l’écho devant vous il y a trois ans. Je veux parler du projet du groupe Airbus de faire de la Pologne sa cinquième base industrielle, après la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne. Une base industrielle qui, au-delà des appels d’offres en cours et des quelque 1 000 salariés que le groupe emploie d’ores et déjà ici, inscrirait définitivement ce pays dans le noyau dur de l’Europe de l’armement et de l’aéronautique. Et ce en partenaire coresponsable de ce noyau dur.

J’ajoute qu’il ne s’agit pas seulement de production, mais aussi de recherche et développement, dont la meilleure illustration est l’hélicoptère X3, dont la maquette se trouve derrière moi. Cet hélicoptère hybride innovant, qui a battu le record du monde de vitesse, a été conçu à partir des travaux de l’Ecole Polytechnique de Łódź, et Airbus a d’ores et déjà, avec son centre de R&D ouvert à Łódź en 2015, noué des coopérations avec d’autres écoles polytechniques ainsi qu’avec des PME.

Bien d’autres défis nous attendent, qu’il s’agisse du Brexit, du changement climatique ou de la pression migratoire, mais ce que je puis dire avec certitude, c’est que nous ne serons jamais mieux armés pour y faire face qu’ensemble, dans le dialogue, dans la confiance, dans le respect mutuel. Que ce soit dans le cadre de la relation bilatérale, du Triangle de Weimar, ou de formations plus larges, c’est cet esprit-là qui doit nous guider.

Je me réjouis de ce que ce dialogue a pris son rythme, avec la multiplication des rencontres bilatérales, entre nos chefs d’Etats et de gouvernements – trois depuis octobre – entre nos ministres – la dernière en date étant la visite de notre ministre des affaires étrangères à Varsovie il y a un mois – mais aussi de la multiplication des rencontres de ministres en format Weimar. Ses 25 ans d’existence seront du reste célébrés dans quelques semaines dans la ville qui lui a donné son nom, Weimar.

L’amitié franco-polonaise a tant d’autres terrains sur lesquels se déployer qu’il m’est difficile de les citer tous, mais chacun d’eux est une source d’inspiration – la culture, la science et la recherche, l’enseignement supérieur, l’innovation - illustrée par les visuels de la campagne Creative France que vous avez pu apercevoir en arrivant ici - la réindustrialisation, l’énergie nucléaire, l’environnement et les technologies vertes, la grande vitesse ferroviaire… et je n’oublie pas le tourisme, un autre pont qui nous relie, incarné aujourd’hui à cette fête par la région Ile-de-France. Et qui s’offre, sous forme d’un séjour de trois jours, au gagnant du tirage au sort, qui sera connu à 19h30. Je vous invite tous à y participer en déposant votre carte de visite dans l’urne qui se trouve sous la tente de la région Ile-de-France.

Ce sont là autant de « briques » de la renaissance qu’a connue notre relation bilatérale ces dernières années, et qu’il nous incombe de développer sans relâche.

Vive la France, Vive la Pologne, Vive l’Union Européenne !

Dernière modification : 16/07/2016

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