Discours de l’Ambassadeur de France pour la rencontre avec les anciens élèves des Grandes écoles françaises [pl]

Rencontre avec les anciens élèves des Grandes écoles françaises

Varsovie, le 25 juin 2013

"La France et la Pologne en Europe et dans le monde :
atouts, réformes et enjeux"

Notre rencontre aujourd’hui s’inscrit dans un contexte particulièrement porteur des relations entre la Pologne et la France. Depuis la visite du Président François Hollande en novembre 2012, nos relations bilatérales ont en effet pris un nouvel élan, et je suis heureux de pouvoir m’adresser à des acteurs privilégiés de la relation franco-polonaise, puisque vous avez pu bénéficier à la fois de l’excellence des systèmes éducatifs polonais et français. Et, puisque parmi vous se trouvent aussi quelques anciens des grandes écoles et universités américaines, je les salue. La rencontre d’aujourd’hui leur montrera, j’en suis sûr, que la relation Pologne-France est bonne et qu’elle continue de s’améliorer.
Dans un cadre européen où chacun des pays a joué, et doit continuer à jouer un rôle important, les relations entre la France et la Pologne sont donc de nouveau placés sous le signe de la convergence. D’une part, une nouvelle dynamique des relations franco-polonaises, dont j’espère qu’elle se traduira par une intensification de relations économiques déjà riches, a déjà porté ses fruits. D’autre part, la convergence entre nos deux pays se mesure également à des intérêts et des approches partagés, dans une Europe qui cherche sa voie. La Pologne et la France ont en effet vocation à peser sur les prochaines étapes de l’intégration européenne et, comme l’a rappelé le Président de la république, la Pologne est pour la France est un partenaire incontournable dans la poursuite de la construction européenne.

1.Une nouvelle dynamique des relations franco-polonaises a été amorcée, qui devrait se traduire par l ‘ intensification de relations économiques déjà riches
1.1.Une nouvelle dynamique des relations franco-polonaises s’est enclenchée en novembre 2012.

L’année 2012 a été marquée par une nette reprise des relations bilatérales entre la France et la Pologne, ce qui a été reconnu et accueilli avec beaucoup de satisfaction tant par les plus hautes autorités polonaises que françaises. Cette nouvelle dynamique a d’abord été amorcée par la visite à Varsovie du candidat à la Présidence française. Ensuite a eu lieu le déplacement officiel du Président de la République française, François Hollande, à Varsovie le 16 novembre, qui a été suivi de la visite du premier ministre Donald Tusk le 28 janvier à Paris. L’accueil à Paris, le 8 mai, du président Komorowski aux cérémonies commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale a apporté une nouvelle preuve que la France et la Pologne avaient ouvert une nouvelle page dans leur relation bilatérale. Ces rencontres au plus haut niveau de l’Etat se sont également traduites par un développement concomitant des rencontres entre ministres et parlementaires.

1.2.Un rapprochement qui a déjà porté ses fruits sur plusieurs dossiers européens :

Cette nouvelle dynamique a déjà porté ses fruits au niveau européen. Laissez-moi vous en donner quelques exemples récents.

La position de la France de ne pas opposer Politique agricole commune et Politique de cohésion a été perçue en Pologne comme l’une des raisons du succès qu’elle a obtenu au Conseil européen des 7 et 8 février. Premier bénéficiaire du budget 2014-2020, la Pologne est aussi le seul pays européen qui voit ses lignes de crédit – fonds de cohésion et politique agricole– augmenter par rapport au précédent budget. Si ce n’est pas la seule explication, de toute évidence, la convergence des positions de la Pologne et la France, refusant une opposition entre PAC et cohésion a pesé dans la balance des négociations. Ce n’est pas un hasard si le premier ministre Donald Tusk, dans son discours à la Diète polonaise le 19 février dernier, a souligné l’importance du soutien du Président de la République français dans ce succès.

Un deuxième exemple. Alors que la question de l’association de la Pologne à la gouvernance de la zone euro avait été une source de tensions entre nos deux pays entre 2009 et 2012, ces dissensions sont aujourd’hui largement apaisées. Le président français a clairement indiqué que la Pologne, comme tous les Etats membres qui se préparent à adopter la monnaie unique, devait pouvoir bénéficier d’une formes adéquate d’association et de participation aux travaux sur l’avenir de l’Union économique et monétaire, dans le cadre des sommets de la zone euro.
Les déclarations du Président de la République ont été accueillies très positivement par les autorités polonaises. Elles ont pu contribuer, nous l’espérons, à ce que le Gouvernement polonais redonne un nouvel élan au processus d’adhésion. Comme vous le savez, le Président et le Premier Ministre polonais ont annoncé en février dernier qu’ils souhaitaient être en mesure de respecter les critères permettant d’adopter l’euro en 2015, même si le Président Komorowski a indiqué que la date d’adhésion elle-même ne serait fixée qu’après les élections de 2015.

Enfin, sur le dossier récent du mandat de négociation de la Commission Européenne en vue de l’Accord de Libre Echange entre l’UE et les Etats-Unis, la France et la Pologne partagent deux convictions majeures : cet accord donnera une impulsion bienvenue aux échanges transatlantiques et sera donc bénéfique à nos économies, qui représentent une part majeure du commerce mondial, mais il ne doit pas se faire aux dépens de la diversité culturelle qui demeure un élément essentiel de nos modes de vie. Le ministre de la culture polonais Monsieru Zdrojewski a ainsi rejoint 13 de ses collègues européens, dont le ministre français, et la majorité de la communauté culturelle pour affirmer avec force ce principe, et vous savez que finalement le domaine culturel restera bien hors du champ du mandat de négociation.

1.3.Cette nouvelle dynamique devrait conduire à une intensification des échanges et des investissements
Le renouveau de la relation bilatérale franco-polonaise s’est exprimé également sur le terrain des relations commerciales et des investissements. A cet égard, un moment important de la visite du Président de la République française en Pologne en novembre dernier a été l’intervention conjointe de nos deux Présidents à la conclusion du premier Forum économique franco-polonais. Le président Hollande était en effet venu à Varsovie avec un groupe d’une vingtaine de chefs d’entreprises français, constitué à la fois de grands groupes français mais aussi de PME. Ce Forum économique a permis aux secteurs-clés des économies polonaise et française, tant au niveau ministériel que des dirigeants présents d’intensifier leurs échanges et de poser des jalons pour une coopération renforcée. Il s’agit de l’énergie, bien sûr, mais également des projets d’infrastructure, de l’industrie d’armement, et l’industrie agro-alimentaire.
Comme vous le savez, la France a décidé d’orienter son activité diplomatique davantage sur les questions économiques et commerciales, notamment sous la forme d’un « Plan stratégique pour le commerce extérieur ». La Pologne, compte tenu de son importance économique actuelle et à venir, fait partie des 47 pays identifiés comme prioritaires par ce plan. La Pologne est en effet le septième des plus grands marchés qui seront en expansion dans le monde dans les années 2012-2020 et le deuxième en Europe après le Royaume-Uni. Je suis donc convaincu que la Pologne est une terre d’opportunités où les entreprises françaises ont encore des marges de progrès pour développer et renforcer la position acquise au cours des vingt dernières années. Si aujourd’hui il y a plus de 800 entreprises françaises et filiales de sociétés françaises opérant sur le territoire polonais, il y a moins de 10% des entreprises françaises engagées dans des activités d’exportation qui sont présentes sur le marché polonais. A titre de comparaison, les exportations allemandes vers la Pologne s’élèvent à 35,6 milliards d’euros contre 8,2 milliards pour la France. Ce différentiel ne fait que renforcer ma conviction que nous pouvons faire mieux.
Un potentiel important existe aussi dans le domaine de l’investissement et il me paraît important de souligner que notre propre stratégie est également dans l’intérêt de la Pologne. Comme vous le savez, à l’automne 2012, le gouvernement polonais a lancé un vaste programme de soutien à l’investissement, dont l’outil stratégique est le programme « Investissements polonais pour le développement » (Polskie Inwestycje Rozwojowe, PIR). Or, les priorités de développement dans plusieurs secteurs sont des domaines de compétence où le savoir-faire des entreprises françaises est bien connu, et apprécié.
Je pense bien évidemment au secteur énergétique, où la France souhaite accompagner la Pologne dans son objectif d’introduire le nucléaire dans son mix énergétique, aussi bien en matière de coopération scientifique, qui a déjà commencé, que pour le choix de la technologie. Mais c’est vrai également dans le secteur de la défense, où nous souhaitons partager avec nos collègues polonais notre savoir-faire et produire largement sur place, comme dans celui des infrastructures ferroviaires ou routières, ou plus largement dans le secteur d’avenir de l’environnement avec le traitement de l’eau ou des déchets.
Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si le Ministère du Trésor polonais avait organisé en février dernier une rencontre avec la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-polonaise pour présenter les détails opérationnels de Polskie Inwestycje Rozwojowe devant une vingtaine d’investisseurs français. Le Ministère du trésor polonais y a exprimé le souhait que des investisseurs privés français viennent en appui des projets d’infrastructures dans des domaines où des besoins restent élevés en Pologne : énergie et infrastructures urbaines, ferroviaires et routières.

2.Au-delà du rapprochement bilatéral, la Pologne et la France doivent faire face à des défis communs en Europe, qu’il s’agisse de leurs économies, de la zone euro et des prochaines étapes de l’intégration politique de l’Europe

On ne peut nier qu’il existe encore aujourd’hui des différences importantes entre les économies polonaise et française, à commencer par le fait que nos deux pays ne partagent pas encore la même monnaie. Pour autant, non seulement il me paraît vain et dangereux d’opposer zone euro et Europe comme on le fait souvent, mais je suis frappé par le fait que la Pologne et la France doivent, au total, relever des défis très comparables. Au plan national, nos deux pays doivent engager ou poursuivre des réformes structurelles dont dépend leur potentiel de croissance. Au niveau européen, la stabilisation de la zone euro est autant dans l’intérêt de la France que de la Pologne et les deux pays démontrent dans ce domaine une approche largement convergente. Au-delà, ils sont appelés à contribuer aux prochaines étapes d’une intégration politique ambitieuse de l’Europe.

2.1.Nos deux pays doivent engager ou poursuivre des réformes structurelles ambitieuses et difficiles politiquement, destinées à renforcer leur potentiel de croissance
Comme l’a souligné récemment le Président Hollande, si la compétitivité de l’économie allemande est supérieure à celle de l’économie française, c’est bien parce que des réformes structurelles ont été engagées en Allemagne il y a dix ans, et qu’elles ne l’ont pas été en France. Si l’Europe doit collectivement être davantage tournée vers la croissance, chaque pays, la France comme la Pologne, doit créer les conditions, notamment en termes de compétitivité, qui lui permettent de pouvoir affirmer sa présence et tenir son rang.
A cet égard, les recommandations des rapports des institutions internationales convergent largement : compétitivité et réformes structurelles sont, à des degrés divers, les principaux enjeux auxquels nous devons faire face. A quelques mois d’intervalle, les autorités françaises et polonaises auront reçu deux rapports très médiatisés : le rapport Gallois en France et celui de M. Hausner en Pologne. Le tout récent rapport Hausner souligne que la place de la Pologne en Europe et dans le monde sera déterminée par son degré de compétitivité, le maître-mot du Gouvernement français, car c’est à cette condition que la valeur ajoutée et des emplois seront créés. Il ne s’agit plus de protéger les entreprises nationales contre la concurrence internationale mais de renforcer leur capacité à affronter et à tirer le meilleur parti de la concurrence.
La France a initié ce programme de réformes : pour améliorer notre compétitivité, ce sont 20 Mds € qui commencent dès cette année à être transférés vers les entreprises, afin de réduire leur coût salarial (le crédit d’impôt compétitivité). C’est une plus grande flexibilité introduite sur le marché du travail grâce à un accord historique conclu en janvier entre les partenaires sociaux. C’est le lancement du chantier de l’approfondissement de la réforme des retraites, qui impliquera en tout état de cause un allongement de la durée de cotisation.
Faire en sorte qu’un nombre croissant d’entreprises nationales deviennent des acteurs internationaux, plus performants et innovants : tel est l’enjeu que nos deux pays doivent relever, en contribuant à créer un environnement des affaires favorable à l’entrepreneuriat, mais aussi en aidant les entreprises à grandir et se développer. Cela signifie en particulier faciliter l’accès au capital, stimuler l’investissement, ou encore simplifier des démarches administratives, sujet qui fait surface de façon récurrente en Pologne mais également en France.
La France comme la Pologne font également face à des chantiers comme la déréglementation des professions de services et la modernisation du système éducatif. La réforme de l’enseignement supérieur en France conduite par Mme Fioraso est aussi conçue comme un des leviers du redressement et de la compétitivité de la France d’ici à 2020. En France comme en Pologne, il s’agit notamment de valoriser des filières professionnelles et technologiques qui sont, comme vous le savez, un de points forts du système éducatif allemand.
Cet enjeu est fondamental dans nos deux pays, dont un point de convergence est le chômage des jeunes de moins de 25 ans : 28,1% des jeunes polonais n’ont pas de travail ; ils sont 26,2% en France. Nos deux pays ont donc accueilli favorablement les initiatives européennes en matière de lutte contre le chômage des jeunes, notamment le Fonds pour la jeunesse dont le dernier Conseil européen a décidé la création.
Si nos deux pays, à des degrés divers, sont confrontés à des problématiques similaires, et devront mener à bien des réformes structurelles exigeantes, délicates socialement et politiquement, des différences importantes subsistent néanmoins. Alors que le Gouvernement de D. Tusk a déjà conduit en 2012 une ambitieuse réforme des retraites, celui de M. Hollande vient de s’engager à réformer les régimes de retraite pour combler un déficit de 20 milliards d’euros à l’horizon de 2020. Par rapport à la Pologne, la France doit encore concrétiser les progrès réalisés en matière de flexibilité du marché du travail, même si des avancées significatives ont été réalisées récemment : le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi de novembre dernier et plus récemment l’accord interprofessionnel sur la sécurisation de l’emploi qui modifie le Code du travail (ce qui, pour ceux qui connaissent la France, n’a pas été aisé à obtenir). En revanche, un point faible de la Pologne, régulièrement souligné par les observateurs et les institutions internationales, est le développement insuffisant de ses infrastructures, qui bride le potentiel de l’économie polonaise.

2.2. Au niveau supranational, une stabilisation rapide de la zone euro est autant dans l’intérêt de la France que de la Pologne et elles démontrent dans ce domaine une approche largement convergente
L’Europe, aujourd’hui, vit une crise et s’interroge même sur son projet. S’il y a eu incontestablement des progrès et que des étapes ont été franchies, le traitement parfois délicat de la crise, les oppositions souvent frontales entre les pays de la zone, ont montré qu’un approfondissement de l’Union économique et monétaire était nécessaire si nous voulions éviter que l’histoire se répète, si nous voulions que nos opinions publiques adhèrent de nouveau au projet européen.
Pour sa part, le Gouvernement français a développé une conception de l’approfondissement de l’UEM guidée par le principe de l’« intégration solidaire ». Ce principe repose sur l’équilibre entre le renforcement de l’intégration et de la coordination budgétaire, d’une part, et le renforcement de la solidarité et de la légitimité démocratique, d’autre part.
Comme vous le savez, le Président de la République française a appelé de ses vœux la formation d’un Gouvernement économique, à côté de la BCE, afin de doter les institutions européennes d’une capacité de réaction collective à la mesure des enjeux auxquels fait face l’Europe. Il a également proposé que la légitimité démocratique de la Commission soit renforcée par un poids accru du Parlement européen dans la nomination de la Commission.
Je rappellerai par ailleurs que c’est sous présidence polonaise de l’UE que des étapes majeures en matière de gouvernance budgétaire ont été franchies, qui ont été parachevées par le Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), ratifié par la Pologne en février 2013. Un autre pan de l’architecture institutionnelle européenne, considéré comme décisif par la France, est l’Union bancaire, dossier où la Pologne s’est fortement impliquée dans les négociations. Elle a notamment obtenu, avec le soutien de la France et de plusieurs autres pays, que les Etats non membres de la zone euro puissent être associés de façon adéquate au mécanisme unique de supervision qui reposera sur la BCE. En tant que pays d’accueil de groupes bancaires étrangers, y compris français, il était en effet important pour la Pologne d’intervenir dans l’élaboration de règles et de décisions pouvant influer sur les mouvements de capitaux sur son territoire.
Stabiliser et renforcer la zone euro, c’est bien sûr un enjeu vital pour les pays de la zone elle-même, dont la France.
Il était d’abord nécessaire que les politiques monétaires contribuent à réduire les tensions financières qui pèsent sur nos économies. Depuis novembre 2012, la Banque nationale de Pologne a emboîté le pas de la BCE en engageant une série successive de baisse de ses taux directeurs.
Mais ce n’était pas suffisant. Pour la France, le Conseil européen des 14 et 15 mars dernier a marqué une inflexion significative de la stratégie européenne, en mettant en avant la nécessité d’intensifier nos efforts pour soutenir la croissance. Ce qui est vrai pour la France l’est également pour la Pologne : compte tenu de ses liens avec la zone euro, en termes d’exportations, d’investissements, ou encore de système bancaire, la stabilisation de la zone euro est un enjeu essentiel, a fortiori pour un pays qui aspire à rejoindre la zone euro.
Nos deux pays ont donc rapidement convergé vers l’idée que les difficultés actuelles de l’Europe requièrent une approche équilibrée combinant responsabilité budgétaire et mesures en faveur de la croissance, dans le contexte actuel où la détérioration de la situation économique européenne se conjugue à l’inquiétude croissante de l’opinion publique vis-à-vis de l’efficacité des politiques économiques. Comme vous le savez, tant le Ministère des Finances que la Banque centrale polonaise sont convaincus que le processus de consolidation budgétaire doit être adapté au nouveau contexte macroéconomique de la Pologne.
En pratique, face à cette demande convergente de la France, de la Pologne et d’autres pays, le Conseil européen de mars a ouvert la voie à une utilisation des marges de manœuvre qu’autorise le Pacte de stabilité et de croissance pour tenir compte des évolutions de la conjoncture économique. En particulier, le Pacte permet d’accorder un délai de correction du déficit excessif en cas de dégradation imprévue de la conjoncture, sous réserve que des efforts structurels aient été menés. Cette utilisation opportune des marges de manœuvre autorisées par le Pacte de stabilité et de croissance s’est concrétisée récemment par le délai de 2 ans qui a été accordé par la Commission à nos deux pays pour corriger leur déficit excessif.
Au-delà de l’ajustement des politiques macroéconomiques, le rééquilibrage de la politique économique européenne en faveur de la croissance est une position forte des Gouvernements français et polonais. C’est d’ailleurs la ligne qu’ils ont défendue dans la négociation du cadre financier pluriannuel, pour s’assurer que les fonds structurels soient augmentés pour la nouvelle période et que la Politique agricole commune conserve un rôle pivot dans le développement de l’agriculture européenne.
Plus généralement, nos deux pays sont convaincus que le dynamisme et la compétitivité des économies européennes ne peuvent pas faire l’impasse d’une approche ambitieuse en matière de soutien à l’investissement. Comme le Gouvernement français, les autorités polonaises considèrent qu’il y a la place pour une action publique qui, sans se substituer aux entreprises ni au marché, constituera un catalyseur puissant de l’investissement. A cet égard, il est intéressant de noter que la mise en place du programme Polskie Inwestycje Rozwojowe est contemporaine de la création de la Banque publique d’investissement française, une institution de financement et de développement des entreprises.
De ce point de vue, l’accent mis par le Conseil européen sur la compétitivité et à la politique industrielle va dans le sens de la démarche des Gouvernements français et polonais. La France a notamment plaidé avec vigueur pour doter la Banque Européenne d’Investissement d’un levier financier accru. Or, la Pologne bénéficie d’une part importante des financements de la BEI. En 2012, elle aura ainsi bénéficié de 10% des engagements nouveaux de la BEI, soient 5 Mds €. Par ailleurs, la France a obtenu, en coopération avec la Pologne, des crédits pour la croissance et l’innovation en hausse de près de 40 %, et pour les infrastructures en hausse de 140 %

3. Au-delà du traitement d’urgence de la crise, celle-ci a mis en évidence que l’avenir de l’Europe requiert une intégration politique ambitieuse, à laquelle nos deux pays sont appelés à jouer un rôle actif
Par ailleurs, dans la future Europe, la Pologne est un trait d’union incontournable entre l’UE et les pays plus à l’Est qui ne sont pas membres de l’Union européenne. Le Président Hollande a dit combien il était attaché à la politique du « partenariat oriental », que la France entendait prendre appui sur la Pologne pour tisser des liens, engager le dialogue et parfois faire pression sur ces pays. Le prochain Sommet de Vilnius sera déterminant sur l’avenir des relations entre l’UE et l’Ukraine. Ce qui est en jeu, c’est la signature d’un accord de libre-échange complet et approfondi, ainsi que la signature éventuelle d’un accord d’association.
C’est enfin avec la Pologne que nous menons un dialogue étroit pour préparer le Conseil européen de décembre 2013, qui sera déterminant sur l’avenir de la défense européenne. Le potentiel de coopération de nos industries est considérable, à un moment où les Européens doivent s’unir pour survivre dans un monde compétitif et aux menaces de plus en plus diverses.
L’enjeu est complexe et de taille car, aujourd’hui, aucun Etat membre ne maîtrise l’ensemble du spectre capacitaire et une grande majorité des 27 ne dispose plus que d’un appareil de défense résiduel et très lacunaire. Il faut se rendre à l’évidence, nous allons assister à des effets de seuils s’agissant de la perte de capacités. Or, les abandons de savoir faire technologiques sont quasi irrémédiables : il faut des décennies pour réacquérir la maîtrise d’une technologie perdue !
La situation de crise financière que nous traversons en ce moment qui contraint nos budgets de défense, bien sûr, pèse sur notre engagement. Mais, dans ce contexte, rien ne serait pire que de céder à la tentation du repli national. Une renationalisation de nos politiques de défense signifierait une diminution du rôle des Etats européens sur la scène mondiale.
Nous devons poursuivre les travaux entamés dans le domaine du transport aérien par le biais du programme A400M, du ravitaillement en vol, et développer l’EATC, exemple réussi de pooling and sharing entrepris par quelques Etats membres (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique + Luxembourg) volontaires, et peut-être que la Pologne va les rejoindre.
Nous pouvons également avancer dans les domaines non stratégiques mais sources de synergies et d’économies significatives : je pense à la formation, l’entraînement, le soutien logistique, la normalisation… N’oublions pas que l’achat ne représente qu’1/4 du coût global d’un équipement tout au long de son cycle de vie (acquisition, maintenance, logistique, formation, démantèlement, etc.)
Le succès du développement capacitaire européen repose également sur la préservation de nos capacités industrielles, de leurs emplois et des compétences de haut niveau associées.
La Pologne, qui est l’un des rares pays à maintenir un budget de défense ambitieux, a toute sa place dans ce mouvement. Comme vous le savez, nos entreprises souhaitent travailler avec leurs partenaires polonais. Nous sommes désireux de répondre au critère de polonisation mis en avant par la partie polonaise, notamment dans le cadre du projet de défense antiaérienne. Il convient d’exploiter ce merveilleux potentiel pour l’industrie de défense européenne.
Les possibilités d’approfondissement de l’Europe comme le potentiel de collaboration entre la France et la Pologne apparaissent donc considérables, dans des domaines très divers. Je pourrais par exemple citer la politique climatique de l’UE : la Pologne accueillera en effet la prochaine conférence des parties sur le climat, - COP 19- puis ce sera la France en 2015. Nos pays pourraient également jouer un rôle moteur dans la communauté européenne de l’énergie que notre président de la République appelle de ses vœux. Tant la France que la Pologne aspirent à garantir des prix de l’énergie abordables pour favoriser la compétitivité de l’économie européenne, mais aussi pour assurer l’accès de tous à l’énergie.
Je pourrais encore citer l’emploi des jeunes. Il nous faut enfin ouvrir plus largement l’accès des jeunes à la formation en alternance et encourager leur mobilité en Europe. Les structures existent déjà : l’Erasmus de l’alternance qui sera intégré au programme « Erasmus pour tous », le réseau Eures qui met en relation employeurs et chercheurs d’emplois dans toute l’Europe.

Conclusion : la France considère la Pologne comme un partenaire incontournable dans la poursuite de la construction européenne
Pour conclure, je dirais que l’Europe est plus forte lorsque la France et la Pologne sont unies et qu’elles parviennent à déterminer des objectifs communs. Comme j’ai essayé de le montrer, il existe un potentiel de convergences insoupçonné entre nos deux pays. Par ailleurs, la France est ouverte à tous les formats, à toutes les formules : bilatéral bien sûr, mais également le triangle de Weimar, le groupe de Višegrad, les échanges et coopérations entre régions, ou encore au niveau de la société civile et des étudiants.
Le contexte politique est aujourd’hui on ne peut plus porteur. Nous pouvons dire que les relations franco-polonaises ont rarement été aussi bonnes. Le potentiel d’amélioration de nos relations demeure pourtant perfectible et je compte bien entendu sur vous pour me faire part avec sincérité de votre sentiment, de vos propositions éventuelles, de vos idées, car vous êtes comme moi, à votre façon, par les études que vous avez faites ou par la fonction que vous exercez aujourd’hui, des acteurs de la relation franco-polonaise.

Dernière modification : 26/06/2013

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