Discours de M. l’Ambassadeur sur l’industrie et l’innovation Université polytechnique de Łódź

Discours de M. l’Ambassadeur sur l’industrie et l’innovation
Université polytechnique de Łódź

Jeudi 8 mai 2014- 17h

Monsieur le Recteur (Professeur Stanisław Bielecki, Université polytechnique de Łódź)

Monsieur le Vice-recteur (Professeur Piotr Kula, vice-recteur à l`Innovation)

Madame la Consule honoraire,

Chers étudiants,

C’est un plaisir d’être aujourd’hui parmi vous, et de pouvoir aborder un thème, l’innovation, qui n’est peut-être pas toujours associé de façon spontanée à la France. J’ai un peu partout où je me déplace l’occasion de remarquer que, vue de l’étranger, la France est admirée pour sa langue, sa cuisine, son art de vivre, sa culture, mais qu’en même temps l’image que partout on a d’elle –et la Pologne ne fait pas exception-, est obsolète, comme si nous, les Français, nous vivions toujours sur nos acquis passés, comme si la France n’étais pas un pays innovant.

Permettez-moi d’altérer cette image, de démentir ce constat en faisant quelques comparaisons avec d’autres pays. Je rappelle que selon l’étude « Top 100 Global Innovators » qui a été publiée au début du mois par Thomson Reuters, la France se place, comme pays d’innovation, au troisième rang derrière les Etats-Unis et le Japon. La France représente aussi la troisième destination des investissements directs étrangers (IDE) en Europe, et un rapport d’Ernst & Young, datant de 2012, voit mon pays comme le plus attractif pour les investissements étrangers dans le secteur industriel.

On trouve d’abord parmi les ingrédients de ce succès la qualité des infrastructures, qu’il s’agisse des réseaux « durs » - transports, télécommunications, énergie - qui contribuent à diminuer les coûts intermédiaires pour les entreprises, ou qu’il s’agisse des services « souples » accroissant le bien-être et la productivité de la population, comme la santé et l’éducation. Chacun sait que pour attirer les talents des « professions créatives » à l’origine de l’innovation, le critère de qualité de vie est décisif.

La France a donc beaucoup d’atouts et le « modèle français », dans la mondialisation, dans la course à l’innovation, est une force. Ceci ne signifie pas que nous devons nous satisfaire des résultats déjà obtenus, et nous endormir. Au contraire, nous devons sans cesse nous adapter aux nouvelles réalités, c’est sur ce chemin que s’est engagée la France. La France change, le pays se transforme au point de pouvoir offrir aujourd’hui aux entreprises, en Europe, l’environnement le plus favorable à l’innovation.

Sur le plan fiscal, cela se traduit par des dispositifs comme le crédit impôt recherche ou, encore plus récent, le crédit impôt innovation, des aménagements fiscaux qui permettent aux PME, par exemple, de franchir la « vallée de la mort » de l’innovation, et de développer à grande échelle des solutions ayant d’abord été mises au point en laboratoire.

Sur le plan de l’accès aux sources de financement, tout ceci s’est concrétisé par la création de la Banque publique d’investissement, un établissement qui simplifiera aux PME l’accès aux financements publics : les entreprises s’adresseront à un guichet unique pour demander des prêts, des garanties, des soutiens en fonds propres.

Toutefois, parce que le développement de l’innovation ne nécessite pas seulement des capitaux mais qu’il exige aussi un écosystème stimulant, les pouvoirs publics français accompagnent depuis des années la formation de pôles de compétitivité rassemblant des entreprises, des universités et des instituts de recherche. Plusieurs de ces pôles, je pense à l’Aerospace Valley d’où sortent les avions Airbus ou au pôle de l’industrie nucléaire en Bourgogne, sont des leaders mondiaux dans leur domaine.

Cette thématique des pôles de compétitivité et des clusters, d’ailleurs, est familière à nos partenaires polonais puisqu’elle a fait l’objet il y a quelques mois (septembre 2013) du premier Forum franco-polonais des acteurs de l’innovation et de la compétitivité. Organisé par l’Ambassade en partenariat avec le ministère polonais de l’Economie et l’Agence polonaise pour le développement de l’entreprenariat (PARP), ce Forum a vu naître le premier accord de coopération entre clusters français et polonais. Il a aussi été le lieu de rencontres d’affaires, il a permis de développer des échanges technologiques et commerciaux entre clusters des secteurs du numérique et des éco-industries.

Compte tenu du succès du Forum, les autorités françaises et polonaises veulent que désormais il se tienne à échéances régulières, une nouvelle édition est donc prévue l’année prochaine. Je forme le vœu que les clusters de Lodz feront le déplacement, je les invite d’ores et déjà à y participer.

Mais les pôles de compétitivité ont beau constituer une étape indispensable de toute politique d’innovation pour coordonner les efforts de recherche, réduire les gaspillages et créer de nouvelles synergies, ils restent limités à la sphère régionale. Or il faut, du fait de la mondialisation, rechercher des partenariats au niveau de l’Europe et même du monde.

La nature même des processus d’innovation l’exige, elle a besoin pour ne pas dépérir d’une ouverture constante, d’échanges, d’idées et d’améliorations découvertes ailleurs. C’est pourquoi la France est attachée à l’économie ouverte, aux flux commerciaux, à la circulation des idées, pour peu que la concurrence accrue qui accompagne l’ouverture se déroule selon des règles loyales. C’est la position que nous défendons, notamment sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP).

Il me paraît important que nous nous demandions : au fond, quelle est la finalité de l’innovation ? Ne s’agit-il que de lancer sans cesse de nouveaux produits pour répondre au besoin de nouveauté ? Ou s’agit-il d’apporter des solutions aux grands défis d’aujourd’hui et de demain, le vieillissement de la population, le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles par exemple ?

La politique industrielle française n’est pas toujours bien vue ni comprise en dehors de nos frontières, j’ai conscience qu’elle demande de ma part, ici, un mot d’explication. Le président de la République, François Hollande, a dévoilé en septembre dernier trente-quatre plans de reconquête, élaborés au sein du Conseil national de l’industrie. Ils ont pour objectif de relever ces grands défis.
Par exemple, les biotechnologies médicales nous permettront de vivre plus longtemps et en meilleure santé. La France est particulièrement bien placée sur ce créneau où notre industrie pharmaceutique, avec ses géants comme Sanofi mais aussi son tissu de PME, se place dans le peloton de tête mondial.

La révolution du stockage de l’électricité, si elle est menée à bien, libérera tout le potentiel des sources d’énergie renouvelables et réduira l’impact qu’auront sur l’environnement les énergies fossiles quand ces dernières devront continuer d’être utilisées. Des entreprises françaises comme Batscap ou SAFT sont en pointe dans ce domaine.

Nos grands constructeurs automobiles travaillent déjà sur le véhicule de demain, plus économe en énergie, plus rapide et plus intelligent, un véhicule qui diminuera encore le risque d’accident et le temps que nous perdons sur les routes. Ces perspectives ne sont pas aussi lointaines qu’il n’y paraît.

Elles intéressent également nos voisins et partenaires. Je le précise, nous ne voulons pas être les seuls à bénéficier des fruits des recherches effectuées dans les entreprises et laboratoires français. Les retombées des innovations mises au point par les entreprises françaises profitent aussi aux pays où elles sont implantées. Voyez la Pologne avec les avancées technologiques de Renault en matière de véhicules électriques, par exemple : peu à peu ces derniers feront baisser la facture énergétique du pays tout en ancrant dans les esprits une nouvelle conception de l’utilisation des matières premières tenant mieux compte de l’environnement. J’évoquerai plus loin, au moment de conclure mon exposé, le cas très éclairant d’une entreprise présente à Lodz, Saint-Gobain.

Mais je souhaite d’abord insister sur une coopération industrielle à haute technologie entre la Pologne et la France, celle de la production d’armement. Cette coopération, dont les lignes directrices se dessinent aujourd’hui de plus en plus nettement, promet d’être exemplaire.

La Pologne est un pays de tradition industrielle, elle dispose d’un formidable réservoir de savoir-faire, d’un très gros potentiel technologique, d’immenses talents d’ingénierie. La vallée de l’aviation, autour de Rzeszów, mais aussi de nombreux ateliers d’armement à travers le pays sont de véritables trésors. C’est dans ce constat qu’il faut chercher les raisons de la proposition énoncée en juin 2013 par Airbus, une indiscutable « success story » de l’industrie aéronautique européenne, de faire de la Pologne sa cinquième base, après la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Espagne. Une base industrielle qui, au-delà des appels d’offres en cours, au-delà des 800 salariés qu’emploie d’ores et déjà Airbus dans votre pays, inscrirait définitivement ce dernier dans les activités du « noyau dur » de l’Europe de l’armement et lui offrirait d’importantes opportunités de recherche et de développement, de production, d’exportations…
Une industrie de l’armement de pointe est importante pour notre défense et notre sécurité. Il ne s’agit pas simplement de placer cette industrie de haute technologie sous une bannière européenne, il faut également en élever encore le niveau de compétitivité technologique et commerciale, et pour mieux y parvenir, partager les coûts du développement et de la recherche. Ce que nous proposons à la Pologne est tout le contraire d’une politique « d’achats sur étagère » assorti de conditions contraignantes qui réduisent la liberté de l’utilisateur dans l’emploi des armements, et lui imposent des coûts de maintenance exorbitants. Ce que nous proposons à la Pologne, ce sont des transferts de technologie, des partages des risques et des bénéfices ainsi que de la recherche et développement pour développer des systèmes du futur dont chaque partie sera la propriétaire et non pas la locataire. Nous lui proposons de produire ensemble des armements qui ne seront soumis à aucune restriction à l’exportation autre que celles que nous aurons nous-mêmes décidées.
Un autre exemple d’industrie à haute technologie est celui, comme vous le savez, de la production d’énergie à partir d’autres ressources que les hydrocarbures ou le charbon. Nous savons, en France comme en Pologne, que l’énergie est une question essentielle pour les pays développés, que notre économie, notre croissance, notre souveraineté dépendent très largement de la façon dont nous la produisons. La France a choisi l’énergie nucléaire comme principal pilier de son mix énergétique et constate avec plaisir que la Pologne partage avec elle la vision d’un MIX énergétique où le nucléaire a sa place. D’ailleurs, le gouvernement polonais a approuvé son programme nucléaire. Celui-ci sera certainement vu dans le futur comme l’un des piliers de la politique polonaise de l’énergie, le pays souhaitant réduire son empreinte carbone.

Cette proximité de choix entre nos pays doit nous conduire à coopérer techniquement, scientifiquement, technologiquement, et à inscrire cette démarche dans la durée. Des connaissances de très haut niveau étant requises dans le secteur nucléaire, la Pologne et la France ont développé une politique de formation en France d’une vingtaine de professeurs dans le cadre du programme « train the trainer », organisent des séminaires sur la sûreté, sur les déchets, des séminaires très savants comme ceux liés aux codes de construction. Comme cette coopération suppose des décisions de nature politique, les parlementaires polonais avaient invité en juin dernier une équipe d’experts français à venir participer à un séminaire organisé au Sénat, intitulé « le programme nucléaire polonais et l’expérience française ». La coopération institutionnelle en matière nucléaire entre la France et la Pologne se situe donc au meilleur niveau, et montre l’engagement de la France pour accompagner la Pologne dans son programme nucléaire. Les entreprises de nos deux pays en viendront, le moment venu, à une coopération industrielle, et l’expérience française pourra être mise à profit dans la construction de centrales nucléaires, comme c’est aujourd’hui le cas en Finlande ou en Grande-Bretagne.
Je conclurai mon propos en évoquant l’histoire de Saint-Gobain, une entreprise présente ici à Łódź, qui représente elle aussi une belle illustration de l’excellence de la France en matière industrielle, de sa capacité à se renouveler et à faire valoir son savoir-faire hors frontières. Son ancêtre la Manufacture royale des glaces a vu le jour il y a près de quatre cents ans sur ordre de Jean-Baptiste Colbert, l’un des premiers théoriciens de la politique industrielle. L’entreprise, depuis, s’est sans cesse transformée pour épouser son temps. Aujourd’hui ses verres équipent aussi bien la Galerie des Glaces du château de Versailles que la Pyramide du Louvre.

Vous le voyez, l’attitude française qui a le plus largement contribué à notre capacité d’innovation a probablement été notre politique d’ouverture. Je prendrai pour l’illustrer un exemple remontant à un siècle, mais qui vous est familier, qui incarne l’amitié franco-polonaise et les interactions fortes entre nos deux pays : les travaux de Marie Curie, ou plutôt de Marie Skłodowska. Ils ont beaucoup compté dans la constitution d’une « école » nucléaire à la française, d’abord scientifique, puis industrielle.

Aujourd’hui l’Europe dans laquelle nous vivons n’oblige plus les savants à fuir les persécutions ou la misère. Il reste que la circulation des personnes et la circulation des idées doivent demeurer actives pour entretenir l’innovation.

L’Ambassade de France promeut à son échelle ces échanges franco-polonais, que ce soit au travers du Forum de l’innovation ou d’autres rencontres, récemment dans les domaines des transports et du textile innovant. En outre, parce que nous sommes conscients de la nécessité de garder ce partenariat ouvert, nous espérons organiser cette année une conférence sur l’innovation avec la participation de l’Allemagne, comme des entreprises l’avaient suggéré lors du Forum économique franco-polonais de novembre 2012 en présence du président de la République François Hollande.

Ici, à Łódź, au cœur de la Pologne, je vous incite à poursuivre passionnément les études que vous avez entreprises, à développer vos projets, à avoir l’ambition d’innover. Rappelons-nous que le progrès naît plus facilement du travail de plusieurs que du travail individuel. C’est pourquoi nous devons regarder loin, ne jamais hésiter à nouer des partenariats avec des entreprises étrangères, surtout lorsque ces partenariats, se fondant sur le partage des compétences et des moyens, profitent autant à l’une des parties qu’à l’autre.

Je vous remercie.

Dernière modification : 08/05/2014

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