Discours à l’occasion du dîner de gala des directeurs d’hôtel du Groupe Accor en Pologne [pl]

Monsieur le Président Directeur Général,

Mesdames, Messieurs les Directeurs régionaux,

J’ai la chance, en vous parlant ce soir, de pouvoir faire référence à un évènement tout récent, survenu le 29 novembre. Je veux parler du troisième déplacement en un an du Président de la République Française à Varsovie, il y venait pour les consultations intergouvernementales franco-polonaises. C’est une fréquence, rappelait alors le Président, qui n’a pas eu d’égale pour un autre pays, à l’exception de l’Allemagne. Le premier ministre, M. Donald Tusk, soulignait d’ailleurs ce jour-là devant la presse que la relation entre la France et la Pologne n’avait jamais été meilleure dans l’histoire, qu’aujourd’hui nous étions en convergence sur presque tous les sujets et que, sur ceux où nous restions éloignés, l’excellent climat permettait de parler et de trouver les bons compromis.

Au niveau ministériel, nos deux pays se voient maintenant très souvent. Recevant son homologue début novembre, le ministre polonais de la défense avait dit qu’on attendait en Pologne une « offre politique » de la France. Il parlait d’un secteur précis, la coopération d’armement, mais j’ai beaucoup aimé cette expression, le concept peut qualifier l’ensemble des domaines où la France et la Pologne veulent coopérer. Nous souhaitons donc que notre offre en Pologne se présente, tout d’abord, comme : un partenariat politique durable.

La volonté existe aujourd’hui de part et d’autre, nous avons décidé que des consultations gouvernementales auront lieu chaque année. La première s’est donc tenue à Varsovie, le 29 novembre, co-présidée par M. Tusk et le Président de la République française, qui conduisaient chacun une délégation de cinq ministres. Elle a adopté le 29 novembre un programme de coopération pluriannuel couvrant des domaines très divers, l’armement et les questions de défense, les échanges économiques, l’environnement, l’éducation et la culture, la santé…. C’est un programme ambitieux qui désigne les objectifs et décrit les procédures pour les atteindre. Il y a ainsi dix pages présentant les projets existants, et les nouveaux chantiers à lancer.

Notre partenariat pose le principe de la consultation, c’est-à-dire qu’avant toute décision par exemple sur les questions importantes de politique européenne, nous nous parlons pour arrêter des positions communes, ou ne pas nous gêner l’un vis-à-vis de l’autre.

La coopération politique que nous voulons, c’est celle qui voit la Pologne comme un égal, un partenaire capable de jouer tout son rôle avec les grands pays d’Europe, un contributeur capable lui aussi de mettre les atouts qu’il possède dans le bien commun européen. Je prendrai l’exemple de l’armement, dans ce domaine on peut ancrer la Pologne au système européen, l’aider à assurer la maîtrise d’ouvrage de projets complexes, l’amener à ne plus décider seulement d’achats « sur étagères » mais à impliquer ses unités de production dans la fabrication de l’équipement dont elle a besoin, l’associer à des projets multinationaux Européens mais de façon à ce qu’elle puisse garder et développer sur son territoire ses capacités industrielles.

Mais, devant des cadres polonais et français de l’industrie hôtelière, un secteur dans lequel le groupe ACCOR s’illustre formidablement en étant le premier du monde, c’est de relation économique entre nos deux pays que je veux surtout parler, c’est là-dessus que je vais maintenant centrer mon propos.

Alors que nos relations sont redevenues excellentes, la place que nous occupons dans l’économie polonaise n’est pas à la hauteur de notre relation politique, ce que nous avons là n’est pas complètement satisfaisant. Nous pourrions mieux faire, et dans les deux sens.

Certes, la Pologne est notre principal partenaire en Europe centrale, il y a 800 entreprises ou filiales d’entreprises françaises en Pologne, elles ont créé ici non moins de 200 000 emplois. Nous avons une Chambre de Commerce et d’Industrie franco-polonaise dynamique, ambitieuse, qui va d’ailleurs fêter l’an prochain son 20ème anniversaire.

Certes, la France est le 3ème investisseur en Pologne, avec un stock de plus 19 milliards d’euros investis dans les secteurs clés de l’économie : la grande distribution, l’énergie, l’agroalimentaire, la banque ou les technologies de l’information.

Mais dans nos échanges, qui s’élèvent en valeur cumulée à 15 milliards d’euros par an, la position de la France s’est érodée depuis quelques années, son déficit est aujourd’hui de l’ordre du milliard d’euros, le secteur de l’habillement et du textile par exemple, ou celui de l’industrie mécanique sont en recul. La Pologne vend mieux en France que la France en Pologne. Celle-ci occupe en France 5,8% de parts de marché, la France étant la 4ème destination des exportations polonaises. La France en revanche n’a que 4% des parts de marché en Pologne (contre 21% l’Allemagne) et n’est que le 5ème fournisseur de la Pologne. Il y a cent mille entreprises françaises qui exportent, mais 10% seulement d’entre elles sont présentes sur le marché polonais. Nous voulons améliorer cela.

Le gouvernement français depuis 2012 réoriente sa diplomatie, demande à ses ambassadeurs de « mettre le paquet » sur la diplomatie économique, c’est une priorité constamment affirmée. La Pologne dans cette optique figure dans ce que nous appelons le « Plan stratégique pour le Commerce Extérieur », c’est-à-dire qu’elle fait partie des 47 pays du monde identifiés « marchés prometteurs » par les autorités françaises. Ces 47 pays, ils représenteront à eux seuls dans dix ans 80% des importations mondiales. Vous le voyez, nous plaçons donc la Pologne dans nos priorités, elle est avec la Grande Bretagne le pays d’Europe qui selon nos prévisions présente le plus grand potentiel d’accroissement de ses importations au cours des dix années qui viennent. Lors de sa visite d’Etat en Pologne le 16 novembre 2012, le Président de la République Française était d’ailleurs accompagné d’une vingtaine de chefs de grandes entreprises. Lui et le Président Komorowski ont conclu ensemble, en soulignant l’importance, le premier Forum économique franco-polonais.

Nous devons développer notre présence sur le marché polonais, la France a les atouts pour le faire avec un savoir-faire reconnu, je pourrais vous citer le secteur nucléaire ou celui des transports ferroviaires, l’excellent climat politique entre nos deux pays crée un contexte favorable. L’importance des fonds structurels européens, 73 milliards d’euros environ dont bénéficiera la Pologne pendant la période 2014-2020 pour continuer son développement, l’ampleur et la diversité des chantiers qu’elle veut lancer offrent des opportunités que les entreprises françaises doivent saisir en n’oubliant pas que la France n’est pas la seule en lice. Outre l’Allemagne, la France fait face à la place grandissante occupée en Pologne par la Russie et la Chine. Il y a pourtant six secteurs que nous avons identifiés, dans lesquels l’expansion sera forte ces prochaines années en Pologne, qui ouvrent des opportunités considérables et où la France a beaucoup à offrir : l’énergie, les matériels et infrastructures de transport ferroviaire et routier, le machinisme agricole, l’agro-alimentaire, les logiciels et services informatiques, les services aux collectivités locales.

Je voudrais accorder une importance particulière à ce dernier secteur, qui semble prometteur, en raison de la place particulière faite au « partenariat pour l’économie verte ».

Les dispositions relatives à la coopération dans le domaine du développement durable, des éco- technologies et de l’environnement sont très présentes dans le programme de coopération pluriannuel. Elles méritent d’être singularisées, elles seront prioritaires dans notre relation.

La Pologne peut trouver avantage à s’associer à nous dans une démarche visant à « verdir » l’économie urbaine. Même si le projet électro- nucléaire polonais est conduit avec lenteur, il est bien là, et nous pouvons faire valoir l’ampleur de nos actions d’accompagnement (formation, sécurité, gestion des déchets, communication avec les collectivités riveraines…) L’Ambassade de France en Pologne agit déjà en direction des collectivités territoriales polonaises pour promouvoir la « ville durable », l’accent étant mis sur la mobilité urbaine et les économies d’énergie. En 2014, nous y intégrerons la gestion des déchets, les réseaux de distribution de l’eau et de la chaleur.

Rappelons que conformément à la réforme de la politique de cohésion, dans les 73 milliards dont bénéficiera la Pologne un seuil minimal devra être consacré à l’efficacité énergétique et au développement des énergies renouvelables. Non seulement nos collectivités urbaines détiennent une expertise dans ces domaines, mais de grandes entreprises françaises présentes en Pologne comme Saint-Gobain, Veolia, Sita, Dalkia et Saur, ainsi que d’autres qui ne sont pas encore là, ont un savoir-faire à offrir. Voilà, présentées à grands traits, quelles seraient nos priorités.

Mesdames, Messieurs, nous ne sommes pas là pour subir de trop longs discours. Je conclus d’un mot pour évoquer devant des cadres dirigeants de l’industrie hôtelière l’activité économique liée au tourisme, puisque c’est sur elle, et de façon très insistante, que le gouvernement français a mis l’accent en août 2012 à la Conférence des Ambassadeurs. Le tourisme sera une des grandes orientations de notre stratégie de diplomatie économique.

La France accueille chaque année 80 millions de visiteurs, elle est la première destination touristique du monde, mais la cinquième seulement selon le critère de la dépense par tête. Nous devons améliorer cela. Un organisme public, Atout France, disposant d’une antenne en Allemagne mais avec compétence sur la Pologne, travaillera cette année avec l’Ambassade là-dessus, les forces vives présentes sur le secteur en Pologne seront les bienvenues pour définir avec nous la stratégie à mettre en œuvre. Il s’agit bien d’un nouveau chantier, il s’annonce passionnant, et je suis sûr qu’ACCOR s’y associera étroitement.

Je l’en remercie d’avance.

En attendant, je vous souhaite à tous une excellente soirée.

Dernière modification : 11/12/2013

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