Discours à l’occasion de la conférence « De Varsovie à Paris en passant par Lima »

« De Varsovie à Paris en passant par Lima »
COP21 : Les entreprises se mobilisent pour le climat

(29 octobre 2015)



Monsieur le Ministre,
Monsieur le Maire adjoint,
Monsieur l’Ambassadeur,
Chère Collègue,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames et Messieurs,


Nous sommes désormais à un mois de l’ouverture de la COP21 à Paris, qui réunira pratiquement toutes les nations du globe avec un seul objectif : parvenir à un accord suffisamment ambitieux pour faire mentir les prévisions de réchauffement climatique global d’ici la fin de ce siècle.

Chacun le sait ici dans cette salle : au rythme actuel d’accroissement des émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne de la terre augmentera d’ici 2100 de 3,7 à 4,8° par rapport au début de l’ère préindustrielle. Les conséquences seraient majeures pour nous-mêmes et les générations à venir, économiques et financières bien-sûr, mais également sociales avec une montée de l’insécurité et des mouvements massifs de populations sur l’ensemble de la planète.

On ne peut donc que se féliciter que la mobilisation internationale pour infléchir ce dérèglement climatique soit lancée : la COP21 en décembre en sera une étape déterminante. L’accord qui en résultera, nous le souhaitons général, ambitieux, dynamique et liant durablement les parties prenantes.

Au jour d’aujourd’hui, 150 pays ont publié leurs propositions d’action et leurs objectifs de réduction des émissions. Ces pays représentent près de 90% des émissions mondiales. L’idée de publier préalablement les propositions nationales de réduction des émissions avait été lancée à la COP19 de Varsovie : je me réjouis qu’elle ait été largement reprise.

Côté financement, la COP de Copenhague, en 2009, avait fixé comme objectif de mobiliser 100 milliards de dollars par an par les pays développés, de source publique et privée, à partir de 2020. Cet engagement devait permettre aux pays du Sud les plus vulnérables de lutter contre le dérèglement climatique et contre ses effets.

Cet objectif parait désormais à portée depuis les engagements pris ce mois-ci à Lima, notamment par les banques internationales de développement et les pays qui alimentent le Fonds vert. La France y a notamment annoncé que ses financements pour le climat passeraient de 3 Mds € par an aujourd’hui à plus de 5 Mds en 2020. Plus largement, la Conférence de Paris doit encourager les acteurs économiques et financiers, dont au premier chef les entreprises, à la réorientation de leurs investissements vers une économie à bas carbone.

Enfin, de grandes voix se sont fait entendre pour souligner l’urgence climatique, et l’on citera bien-sûr le pape François et son encyclique Laudato Si, qui a mis son immense autorité morale au service de la planète et d’une croissance plus respectueuse de son environnement.

Beaucoup reste à accomplir au cours de la COP elle-même : l’ensemble des contributions nationales publiées nous situe encore bien au-dessus de la cible des 2° d’augmentation des températures. Les financements restent encore inégalement répartis entre les actions d’atténuation, visant à diminuer les émissions, et celles d’adaptation visant à protéger les pays les plus vulnérables des effets déjà sensibles du dérèglement. La gouvernance du futur accord et le suivi des engagements pris restent encore à approfondir, et ce sont bien entendu des éléments déterminants pour la crédibilité de la démarche.

Mais chacun a également pris conscience désormais que les efforts ne sont pas du domaine des seuls Etats : c’est toute la société qui est concernée, citoyens, associations, autorités locales, entreprises.

Le secteur privé a en effet un rôle essentiel à jouer. Pendant longtemps, les entreprises sont restées en retrait des Etats, attendant des politiques incitatives pour agir. Elles sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à s’engager sur des objectifs et à intégrer leur « empreinte carbone » dans une stratégie économique de long terme, qui va bien au-delà de la seule « responsabilité sociale des entreprises » (RSE).

La COP19 de Varsovie avait commencé à associer étroitement le monde entrepreneurial à la démarche climat : la COP21 de Paris souhaite encore amplifier ce mouvement, avec un « agenda des solutions » associant les acteurs non-étatiques et venant compléter les engagements des Etats.

Dès mai 2015, à l’occasion du sommet Business and Climate à Paris, 500 représentants du monde économique ont pris des engagements et défini pour leurs entreprises une stratégie verte. Toutes les initiatives sont fédérées dans le Plan d’action Lima-Paris, qui constitue une première forme de réponse intergouvernementale. Porté par la France, le Pérou et les Nations-Unies, le fameux « agenda des solutions » souhaite mettre en lumière les engagements pris notamment par les entreprises. Celles-ci sont invitées à adhérer à des « alliances coopératives », par secteur, et/ou prendre des initiatives propres. Citons par exemple « Caring for Climate », qui regroupe des firmes innovantes cherchant un développement écoresponsable. Ou bien « We mean Business Coalition », qui réunit plusieurs dizaines d’entreprises et d’investisseurs pour qui la transition vers une économie bas-carbone est un moyen de sécuriser la croissance économique. Quant au « Portfolio Decarbonization Coalition  », il veut inciter les acteurs privés à décarboner au moins 100 Mds de dollars d’investissements institutionnels…

Le portail informatique Nazca, lancé par la présidence péruvienne de la COP20 et repris par les Nations Unies dans le cadre de l’Agenda Lima-Paris, répertorie l’ensemble de ces initiatives. Au 28 octobre, 1160 entreprises et 340 grands investisseurs affichaient déjà leurs engagements, parmi lesquelles 58 entreprises françaises dont 75% des plus grandes d’entre elles représentées au sein de l’indice boursier CAC 40.

Je ne pourrai citer ici tous ces engagements, riches et nombreux, touchant à la limitation des émissions carbone, à l’amélioration des performances environnementales, à l’innovation énergétique, à la valorisation des déchets. D’ici 2020, l’entreprise leader du secteur du ciment Lafarge s’engage à réduire de 33 % les émissions liées à la production de ciment. En investissant sur tous ses sites dans les énergies renouvelables (photovoltaïque, biomasse..), L’Oréal poursuit sur la même échéance un objectif de 60% d’émissions en moins. Les producteurs d’énergie (EDF, Engie -ex GDF-Suez-, Primagaz) verdissant aussi leur production en cherchant à limiter l’impact du transport des énergies. Michelin, Renault, Peugeot-Citroën ou encore Airbus ou SNCF innovent dans les transports durables : véhicules hybrides, pneus améliorant les performances, réduction des émissions sonores et aériennes… Quant aux grands acteurs du secteur de la construction, Bouygues, Saint-Gobain ou Schneider, ils placent leurs bâtiments et équipements sous le signe de l’efficacité énergétique. Le secteur bancaire enfin n’est pas en reste, avec par exemple le Crédit Agricole qui s’engage à concentrer ses financements pour accompagner la dé-carbonisation progressive de l’économie.

Autant d’exemples qui ouvrent la voie, et j’encourage les entreprises polonaises à rejoindre ce mouvement et accompagner les 15 entreprises polonaises déjà inscrites sur Nazca, dont notamment PKP et Koleje Wielkopolskie.

Ce n’est pas faire acte de témérité, mais plutôt de lucidité et d’intérêt bien compris pour les entreprises : pour elles comme pour les Etats, le coût de l’inaction face au dérèglement climatique serait bien supérieur aux efforts d’adaptation aujourd’hui demandés. C’est le moment de se positionner sur des secteurs porteurs aujourd’hui et déterminants demain, ceux du développement durable, de la ville durable, de l’efficacité énergétique, de la gestion des déchets ou de la mobilité urbaine. Autant de thèmes qui mobilisent d’ores et déjà de nombreux acteurs polonais, réunis chaque année autour de ces sujets au sein du concours Eco-Miasto de l’ambassade de France.

Je souhaite que la COP21, dans ces domaines comme dans les autres, serve de catalyseur et nous aide à relever ce défi climatique si important pour notre avenir.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 02/11/2015

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