Discours à l’occasion de la cérémonie du souvenir aux Roms et Sinté exterminés par les nazis. [pl]

A Bruxelles, le 2 février 2011, le Parlement européen commémora, lors d’une session plénière, le génocide des Roms. Dans son discours, Jerzy Buzek, alors Président du Parlement, remarquait qu’à Auschwitz-Birkenau « les Roms furent la troisième minorité parmi les victimes. Malheureusement, cette réalité n’est pas connue de tous les Européens ».

Hélas, le constat de Jerzy Buzek est bien vrai : qui connaît aujourd’hui le sort qui fut celui des Roms et des populations tziganes durant la Seconde Guerre mondiale ? Qui sait ce que les appellations de Porajmos ou de Samudaripen signifient ? Qui peut imaginer que même en France, il y eut 14 000 victimes sur une population estimée à 42 000 ?

Sous le régime nazi, les Tsiganes subirent des internements arbitraires, furent soumis au travail forcé et assassinés en masse. Les autorités allemandes exterminèrent des dizaines de milliers de Tsiganes dans les territoires occupés tandis que des milliers d’autres furent tués dans les camps de la mort d’Auschwitz-Birkenau, Chelmno, Belzec, Sobibor et ici même, à Treblinka. Les SS et la police incarcérèrent également des Tsiganes dans les camps de concentration de Bergen-Belsen, de Sachsenhausen, de Buchenwald, de Dachau, de Mauthausen et de Ravensbrück.

Alors que nous commémorons aujourd’hui ce génocide, grâce au travail de mémoire de l’association des Roms de Pologne, qui œuvre avec le soutien financier du Ministère français de la Défense, nous ne pouvons que partager le constat qu’établissait Jerzy Buzek. Et de nous rappeler également qu’ignorer la souffrance, les humiliations et la tragédie qui furent celles du peuple Roms sous l’occupation nazie revient à tuer une deuxième fois les victimes du Porajmos.

Mais cela est d’autant plus regrettable qu’en cette période de crise, où de nombreux pays européens sont confrontés à des difficultés économiques et sociales et où la tentation du repli identitaire et de la xénophobie progresse, notamment à l’encontre du peuple Roms, nous aurions tant de leçon à tirer de cette histoire.

Réunis aujourd’hui pour commémorer cette mémoire, il nous revient donc d’être vigilants à ce que cette mémoire ne s’efface des allées silencieuses du passé mais plutôt à ce qu’elle trouve la place qui doit être la sienne. C’est là le sens du devoir de mémoire qui nous incombe.

Dernière modification : 31/07/2014

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