Intervention de M. François Barry Delongchamps,
Ambassadeur de France en Pologne
Varsovie – le 10 novembre 2010
Conférence « énergie nucléaire en Pologne »
Organisée par la Fondation Kazimierz Pułaski
Monsieur le Président,
Chers collègues,
Mesdames, Messieurs,
Début 2009, la Pologne a pris la décision de construire plusieurs centrales nucléaires. Cette décision est lourde de conséquences pour la Pologne, l’ampleur du chantier est grande, mais les avantages que pourra en retirer le pays sont majeurs. Je me réjouis de me trouver parmi vous aujourd’hui pour constater les progrès accomplis dans la mise en place du programme polonais nucléaire et les perspectives d’une coopération franco-polonaise sur le dossier nucléaire.
J’ai déjà eu quelques occasions d’intervenir publiquement pour évoquer les avantages que la France retirait de son parc de centrales nucléaires.
Depuis le milieu des années 1970, dépourvue de matières premières carbonées (charbon, gaz, pétrole), la France a choisi de réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Grâce au choix de l’électricité nucléaire (près de 80%), combinée aux énergies renouvelables (12% d’hydroélectricité), c’est actuellement 90% de notre électricité qui est produite sans émission de CO2. La France va de plus renforcer cette diversification de son bouquet énergétique en produisant d’ici 2020 23% d’énergie à partir de sources renouvelables.
Depuis presque 40 ans, la France a développé une expertise unique dans le domaine de l’énergie nucléaire :

en amont : le CEA (Commissariat aux énergie alternatives et à l’énergie atomique) allié aux meilleures écoles et universités a formé les personnels qualifiés – ingénieurs, scientifiques - et mis en place des infrastructures de recherche d’envergure internationale

en aval : des entreprises comme
AREVA (102 réacteurs PWR construits, dont 58 en France, plus 4 EPR en cours de construction)
ou
EDF (qui a opéré 1392 années cumulées1 de fonctionnement des réacteurs français sans incident majeur)
sont devenues des références internationales, avec une maîtrise particulière du cycle du combustible, de l’extraction au retraitement.
Au delà de la seule expertise scientifique et technique, la France a aussi mis en place en 2006 une loi « transparence et sureté nucléaire », qui inclut une procédure de débat public. Ce débat public, essentiel pour l’acceptation des choix, permet d’associer les citoyens à la réalisation de la centrale et les prépare à son activité pendant les 50 ou 60 années qui suivront.
Le choix de la France est aussi un choix européen. Aujourd’hui, les choix énergétiques des pays de l’Union européenne conditionnent leur dépendance énergétique. L’Union européenne est en 2010 dépendante à 54% de produits importés pour sa couverture énergétique, et ce chiffre s’élèvera à 70% si rien n’est entrepris, d’ici 2020 ou 2030. Cette dépendance énergétique a une signification politique forte : les relations de l’Union européenne avec la Russie en sont l’illustration. Au-delà des réponses nationales, qui peuvent varier, la politique énergétique a désormais une dimension communautaire : les États membres sont interdépendants, tant en matière de lutte contre le changement climatique que pour la réalisation du marché intérieur de l’énergie. Si une coupure de courant se produit dans un Etat membre, les conséquences s’en ressentent dans d’autres. Acquérir une plus grande certitude sur nos approvisionnements énergétiques est donc devenu l’un des enjeux majeurs des gouvernements.
Forte de son expertise, consciente du rôle qu’elle peut jouer vis-à-vis de ses partenaires, la France a répondu présent depuis le choix de la Pologne début 2009.
Il y a presque un an jour pour jour, les autorités françaises et polonaises ont formalisé un certain nombre d’accords portant sur beaucoup des aspects relevant des institutions :
Formation en France de professeurs et d’experts des universités polonaises (25 d’entre eux sont de nouveau, en ce moment même à Paris au CEA pour 3 mois)
Recherche : projets conjoints entre le CEA et ses partenaires polonais, souvent au niveau européen
Sûreté : échanges entre autorités de sûreté et TSO (Technical Safety Organizations)
Financement : partage d’expériences des investisseurs français (« Coface », the French Export Credit Agency + banques) avec les institutionnels et banquiers polonais
Echanges d’expériences entre élus locaux : visite en France de délégations polonaises des régions candidates à l’accueil des premières centrales.
S’agissant de la coopération industrielle, les MoU signés depuis un an par PGE avec un certain nombre d’entreprises (dont EDF, déjà présente en Pologne) montrent que l’étude de la faisabilité des différentes technologies de réacteurs de 3ème génération en Pologne a bien progressé également.
La coopération en matière nucléaire entre la France et la Pologne montre l’engagement de la France au plus haut niveau d’accompagner la Pologne dans son programme nucléaire.
Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer aujourd’hui.