Conférence de presse sur le déploiement d’un détachement de chars Leclerc à Drawsko

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux de vous recevoir dans cette ambassade. Dans le cadre de la coopération de défense très étroite qui nous lie avec la Pologne, un détachement blindé de l’armée de terre française est arrivé il y a quelques jours, le 25 avril, en Pologne, pour s’entraîner et prendre part à l’exercice franco-polonais PUMA 15, qui aura lieu jusqu’au 5 juin sur la polygone d’exercice de Drawsko Pomorskie. Ce détachement est composé d’un escadron de chars Leclerc, d’une section d’infanterie équipée de matériels Félin « soldat du futur » (équipement de pointe qui permet d’améliorer les capacités du soldat), d’une section de génie et d’éléments d’artillerie. Il totalise environ 300 personnes et 90 véhicules, dont la moitié de blindés. Parmi ceux-ci : 15 chars Leclerc, 5 véhicules de combat de l’infanterie, 4 véhicules de l’avant blindés, ainsi que des véhicules blindés légers. Vous trouverez tous les détails concernant ce déploiement dans le dossier de presse qui est disponible.

Il s’agit de l’exercice militaire le plus important qui sera mené cette année sur le sol polonais avec la participation de soldats français. Il illustre la continuité de notre engagement en faveur de la sécurité de la Pologne et de nos alliés du flanc oriental. Nous voulons réaffirmer que les garanties de sécurité qui nous lient au titre de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord ne sont pas que quelques mots couchés sur du papier, mais qu’ils sont gagés sur une véritable volonté politique.

Nos pays sont confrontés à un contexte géopolitique marqué par des menaces croissantes. Le terrorisme et l’extrémisme frappent au cœur de nos sociétés. Avec le conflit en Ukraine, nous avons vu réapparaître le spectre de la guerre aux portes de l’Europe. Le comportement de la Russie qui, en annexant la Crimée, a violé les principes sur lesquels l’architecture européenne de sécurité était basée, constitue un défi auquel nous devons apporter une réponse appropriée. Cette réponse, elle est d’abord politique. De concert avec nos partenaires européens et atlantiques, et en veillant à maintenir un front uni, nous avons adopté une approche qui associe la fermeté sur les principes (ce sont les sanctions qui frappent la Russie et les séparatistes ukrainiens) avec le souci de maintenir les fils du dialogue, pour laisser une chance à la paix, en trouvant une issue négociée qui respecte l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Nous devons toutefois tirer les leçons de cet environnement changeant en adaptant notre dispositif de sécurité. Les premiers jalons en ont été posés au sommet de l’OTAN, au Pays de Galles, en septembre dernier. Les chefs d’Etat et de gouvernement y ont réaffirmé que notre sécurité est indivisible : nous devons faire face à l’ensemble des menaces, et la sécurité d’un Allié est l’affaire de tous. L’Alliance atlantique a entamé son adaptation en décidant de mettre en place une force à très haute réactivité, avec 6 nations cadres, dont la France. Un plan d’action pour la réactivité a été adopté, qui prévoit une intensification des exercices communs afin d’améliorer la capacité de nos forces armées à faire face à toute situation.

La France y prend toute sa part. Dès novembre 2013, avec quelque 1250 personnels déployés, le contingent français constituait le contingent étranger le plus nombreux à l’exercice Steadfast Jazz sur le territoire polonais, démontrant l’importance que nous attachons à la réactivité de nos forces et de celles de nos partenaires. Nous avons ensuite, au cours de l’année dernière, participé à la mission de police du ciel dans les Etats baltes, en déployant 4 Rafale puis 4 Mirage 2000 et 100 militaires sur la base aérienne de Malbork. Nous avons assuré parallèlement des missions de surveillance aérienne sur le flanc oriental de l’Alliance (ce que nous continuons de faire), et contribué à la présence permanente de l’OTAN dans la mer Baltique en y envoyant croiser des chasseurs de mines et d’autres bâtiments.

L’armée de terre française multiplie les exercices avec la participation de forces polonaises, en Pologne et dans la région. Le déploiement du détachement de chars Leclerc en est la meilleure illustration, mais d’autres déploiements sont prévus cette année, dans le cadre du programme d’exercices de l’OTAN (trois exercices concernant différentes composantes des forces terrestres). Ces exercices, de même que les engagements des soldats polonais aux côtés de nos soldats en opérations extérieures (comme au Mali ou en RCA récemment), développent les habitudes de travail en commun et sont une contribution précieuse au renforcement de l’interopérabilité de nos forces, gage d’efficacité et de rapidité d’intervention. La possibilité de côtoyer les forces françaises, dont le professionnalisme est largement reconnu, et qui bénéficient d’une expérience en matière d’engagement sur le terrain qui est probablement sans équivalent en Europe, est, j’en suis certain, appréciée de leurs partenaires polonais.

Le choix de faire venir en Pologne un détachement de chars et de véhicule blindés montre par ailleurs que, même si la guerre moderne se fonde de manière croissante sur des techniques permettant l’engagement à distance ou des formes d’affrontement indirectes, comme la propagande ou la guerre hybride, il ne faut pas négliger l’importance de la composante conventionnelle pour maintenir un outil de défense crédible.

Nous comptons bien poursuivre et développer, à l’avenir, cette coopération mutuellement fructueuse. Nous concevons l’engagement de la France et de ses partenaires, aux côtés de la Pologne, pour notre sécurité commune, comme un engagement dans la durée. La Pologne fait partie du groupe d’Etats moteurs en Europe sur les questions de défense. Nous aimerions que son exemple en matière de renforcement et de modernisation de ses capacités de défense, avec l’effort budgétaire que cela implique, soit plus largement suivi. Nous allons préparer ensemble les prochaines échéances nous permettant de renforcer notre sécurité collective, dont le sommet de l’OTAN à Varsovie, l’an prochain, constituera, à n’en pas douter, un jalon essentiel.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 27/04/2015

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