Conférence "La Pologne, un partenaire de premier rang pour la France" à SGH [pl]

La Pologne, un partenaire de premier rang pour la France

Monsieur le Vice-recteur,
Monsieur le Doyen,
Chers étudiants,


Je suis heureux de pouvoir aujourd’hui aborder avec vous le thème du partenariat franco-polonais, et de vous exposer le point de vue de mon pays sur la question. Quoique ce partenariat ne soit pas nouveau, l’importance accrue qu’il a prise depuis quelques années pose la question des objectifs que nous voulons lui fixer, et des moyens de le pérenniser.

Depuis près de trois ans, les relations entre la France et la Pologne, déjà bonnes, ont encore gagné en intensité et en chaleur. Ce rapprochement a eu de nombreuses manifestations concrètes, dans les domaines politique, économique et culturel aussi bien que dans celui de la défense.

Depuis 2012, on ne compte pas moins de 8 rencontres présidentielles, auxquelles il faut ajouter de nombreuses autres visites officielles, comme celle de Mme Ewa Kopacz à Paris en octobre et celle de M. Manuel Valls à Gdansk et Varsovie en mars, ou encore les consultations intergouvernementales organisées à Paris le 30 janvier dernier.

Cette coopération a donné des résultats concrets. C’est par exemple avec succès que la France et la Pologne ont promu ensemble une ambitieuse politique de relance de l’économie européenne par le budget pluriannuel 2014-2020 de l’UE. L’accord réalisé par le Conseil européen en février 2013, fruit d’une étroite coopération entre nos deux pays, avait ainsi permis à la Pologne d’obtenir, au titre de différents fonds européens, une enveloppe nationale de 106 Mds €. Cette communauté d’intérêts définit une relation plus étroite entre nos deux pays et modifie l’architecture de l’Union européenne : elle a notamment donné lieu à un important Partenariat stratégique et à un « Programme de coopération », signé à Varsovie en novembre 2013, confirmé et enrichi à Paris en janvier 2015. Il s’agit maintenant de faire revivre ce partenariat en maintenant des contacts réguliers, diversifiés et durables.

Pour la France, cela importe d’autant plus que la Pologne est notre principal partenaire économique en Europe centrale : la valeur des échanges entre les deux pays s’élève à plus de 15 Mds €. Plus de 1000 sociétés ou filiales françaises sont présentes sur le sol polonais, pour un investissement total de plus de 20 Mds €, ce qui place la France au troisième rang des investisseurs étrangers en Pologne, voire au second, si on y inclut les investissements français qui transitent par des sociétés dont les sièges sont aux Pays-Bas. Les entreprises françaises ont créé plus de 200 000 emplois au total dans ce pays. Sans doute êtes-vous familiers de ces noms que l’on retrouve au quotidien, dans la grande distribution (Auchan, Carrefour, Leclerc), dans l’énergie (EDF, GDF Suez), dans l’industrie (Saint-Gobain, Alstom, Michelin, Lafarge), dans l’agro-alimentaire (Danone, Bonduelle), dans la banque (Crédit Agricole, Société Générale, BNP) ou encore les télécommunications (Orange, Canal+).

Cette présence française en Pologne, le gouvernement français souhaite l’accentuer encore, en sensibilisant les compagnies aux opportunités offertes par le marché polonais, de même que nous encourageons vivement les investisseurs polonais à s’établir en France. Notre pays jouit d’un savoir-faire et d’une expérience reconnus dans plusieurs secteurs qui intéressent la Pologne, en matière d’énergie nucléaire par exemple (elle peut fournir les équipements et les compétences que la production de cette énergie requiert) ou encore d’infrastructures de transport, ou de préservation de l’environnement.

La coopération militaire franco-polonaise relève de la tradition ancienne : jamais ennemis, souvent alliés, nos soldats ont souvent combattu ensemble, en Afghanistan ou au Tchad. Ces engagements communs ont contribué à une meilleure connaissance et compréhension réciproque, et donc à une forte interopérabilité entre les forces armées de nos deux pays. Ils ont également conduit à un dialogue stratégique qui embrasse tous les aspects de la sécurité et de la défense, comme il sied à deux grands Etats-membres de l’UE qui prennent leur sécurité au sérieux.
Toutes ces réalisations, tous ces projets que nous avons en commun démontrent que la coopération franco-polonaise est utile, efficace et fructueuse.

Cette coopération puise une grande partie de sa vigueur dans une vision partagée de l’Europe et des axes qui doivent définir le développement futur de l’intégration européenne.

Tout d’abord, nous partageons la conviction que le Triangle de Weimar (Allemagne, Pologne, France), créé il y a 25 ans et réactivé ces dernières années, est un cadre utile pour forger des compromis et prendre des initiatives cohérentes au sein de l’UE.
Ces deux dernières semaines ont été marquées par les rencontres en format Weimar de nos ministres de la Défense à Berlin et des Affaires étrangères à Wroclaw, ministres qui s’étaient déjà rencontrés à plusieurs reprises en 2014. En matière de politique industrielle, la rencontre des ministres de l’Économie à Cracovie en février 2014 a mis en évidence notre commune volonté de maintenir une part importante d’industrie dans notre PIB, et notre désir de soutenir pour cela la ré-industrialisation et l’innovation.

Le volet diplomatique du Triangle de Weimar est bien sûr particulièrement prégnant dans le contexte actuel de crise en Ukraine. Et si le format actuel de négociations place l’Allemagne et la France au cœur du dispositif, le format Weimar reste un rouage essentiel de l’unité et de la cohésion de la politique extérieure européenne.
Car au sein de cette formation, ce que nos deux pays veulent est une UE plus autonome, plus forte, plus active sur la scène internationale. La cohésion en est une condition sine qua non. Nous en faisons déjà preuve face à la Russie, puisque malgré quelques divergences entre pays membres nous avons su préserver, face à l’agression, un front uni et cohérent, fondé à la fois sur la fermeté et sur le dialogue.
C’est avec cette même cohésion qu’il nous faut surveiller notre flanc sud. L’attentat perpétré à Tunis le mois dernier a rappelé à chacun la menace inouïe qu’une nébuleuse terroriste qui ça et là parvient à se donner une assise territoriale fait peser sur cette vaste région qui court de l’Afrique subsaharienne au Moyen Orient. La France s’y implique déjà de manière résolue, tant au Mali et en République Centrafricaine, qu’en Irak et en Syrie, aux côtés des Etats-Unis.

Car Washington est évidemment un partenaire incontournable pour notre sécurité. Telle est notre position. Telle est également celle de la Pologne. C’est pourquoi nos deux pays partagent l’ambition d’une Europe de la défense, non seulement compatible, mais complémentaire avec le choix atlantiste ; et la France apprécie le soutien que la Pologne, un pays comprenant bien les enjeux de sécurité, lui apporte dans ses opérations extérieures. La France y voit l’illustration des bienfaits qu’une PSDC renforcée apporterait à l’Europe.

C’est également ensemble que nous estimons qu’une bonne coopération stratégique doit s’accompagner d’une réflexion approfondie sur la question de l’énergie. Notre souveraineté, mais également notre économie et notre croissance, dépendent grandement de la façon dont nous la produisons. Le Président de la République française souhaite d’ailleurs faire de l’énergie une « nouvelle dimension-clé » de l’action de l’UE, comme le sont déjà le marché unique et la monnaie unique.
Pour nos deux pays, cela impliquerait de mener des projets industriels conjoints, d’établir des complémentarités entre nos mix énergétiques. Une approche coordonnée sur ce sujet présenterait le double avantage d’être plus compétitive et plus respectueuse de l’environnement, en facilitant le terrain à une réflexion commune sur la réduction de notre dépendance aux hydrocarbures et au charbon, et donc de nos émissions de gaz à effet de serre. La France a pour sa part misé sur l’énergie nucléaire et développé en la matière un savoir-faire inégalé, avec 59 centrales couvrant plus de 75% de notre production d’électricité. C’est donc avec plaisir que nous constatons que la Pologne a, comme nous, conscience de l’utilité du nucléaire pour réduire l’empreinte carbone de son économie.

Même si cette communauté de vision hisse la Pologne au premier rang des partenaires de la France, certains aspects de notre partenariat stratégique, que je voudrais exposer maintenant, mériteraient d’être accentués pour répondre aux ambitieux objectifs que nous lui assignons.

Avec l’appel du Conseil européen de décembre 2013 à consolider la base industrielle et technologique de la défense européenne, l’industrie polonaise de défense est aujourd’hui à la croisée des chemins. La France, qui a fait il y a de nombreuses décennies, et avec succès, le choix d’une certaine autonomie stratégique, se propose aujourd’hui d’être le partenaire de la Pologne, dans le cadre plus large d’un programme européen d’armement de pointe.

Il ne s’agit pas simplement de placer cette industrie de haute technologie sous une bannière européenne, il faut en élever encore le niveau de compétitivité technologique et commerciale en partageant les coûts du développement et de la recherche. Plutôt qu’une politique « d’achats sur étagère », assortie de conditions coûteuses et contraignantes, la France propose à la Pologne des transferts de technologie, des partages des risques et des bénéfices, une répartition de la R&D pour créer les systèmes du futur dont chaque partie sera pleinement propriétaire ; donc de produire ensemble des armements qui ne seront soumis à aucune restriction à l’exportation dictée par une tierce partie.

La protection des citoyens et la promotion de la croissance est une autre priorité française. Il s’agit pour cela de tirer les leçons de la crise et de la combattre par des mesures à même de rétablir l’économie sur des bases saines et durables, et d’inclure dans l’UE une dimension sociale plus prononcée. Cela passe par un approfondissement de l’union économique, associant également les États-membres qui ont choisi de rester en dehors de l’union monétaire, et des pays « pre-in » qui, à l’instar de la Pologne, prévoient d’entrer prochainement dans la zone euro.
Cela implique en premier lieu une mise en commun des politiques de compétitivité et d’innovation. Cette question est au cœur des préoccupations de la France concernant son partenariat avec la Pologne. Depuis 2013, elle fait annuellement l’objet d’un forum franco-polonais des acteurs de l’innovation et de la compétitivité, organisé par notre Ambassade de France en partenariat avec le ministère polonais de l’Economie et l’Agence polonaise pour le développement de l’entreprenariat (PARP). Lieu de rencontres d’affaires, ce forum permet de développer des échanges technologiques et commerciaux entre clusters des secteurs du numérique et, surtout, des éco-industries.

La politique de protection de l’environnement nous oblige, aucun pays de l’UE ne peut plus la considérer seulement comme une option. La France, organisatrice à la fin de cette année de la Conférence Paris-Climat 2015 (COP 21), place de grands espoirs dans le succès de ces négociations. Elle fait de la lutte contre le dérèglement climatique une priorité de son action politique, à laquelle elle souhaite associer la Pologne. A cet égard, notre pays attache une importance particulière à la ratification de l’amendement de Doha au protocole de Kyoto.

Il s’agit également de valoriser une gestion innovante de l’énergie, en misant notamment sur les énergies renouvelables. En la matière, une coopération prometteuse a été lancée entre nos deux pays depuis bientôt deux ans, avec le projet Eco-Miasto organisé par l’ambassade de France en Pologne en partenariat avec des entreprises françaises comme Renault, Schneider Electric et Saint-Gobain. Un concours annuel récompense désormais en Pologne les projets urbains les plus innovants, sur les plans économique et écologique, en matière de construction, de transports publics et de traitement des déchets. L’objectif est de créer autour de ces questions de fructueux partenariats entre acteurs locaux polonais et français.
Mais ces actions que nous entreprenons n’ont de sens que si chacun s’y implique, à son niveau ; de même que la pérennité du partenariat stratégique unissant nos deux pays dépend aussi de la volonté, parmi les plus jeunes générations, de l’entretenir. C’est ce que je vous invite à faire.

Je vous remercie de votre attention. J’adresse à tous les étudiants de la SGH le vœu qu’une belle réussite vienne couronner leur année universitaire.

Dernière modification : 14/04/2015

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