Commémoration de la transmission des codes d’Enigma aux Alliés par les cryptologues polonais [pl]

Intervention ENIGMA le 25 juillet 2014 à Varsovie

Monsieur le Ministre,
Monsieur l’Ambassadeur,
Messieurs les Généraux,
Mesdames, Messieurs,

Une nouvelle occasion m’est ici donnée de saluer le courage des Polonais en période de guerre, mais également leur intelligence, leur esprit scientifique dont Marie Skłodowska-Curie a donné la preuve la plus convaincante, la qualité de leurs mathématiciens. Ne parlait-on pas, entre les deux guerres, d’une école polonaise des mathématiques, de son excellence ?

En tant qu’Ambassadeur de France, je suis heureux de commémorer avec vous ce moment de l’été 1939, décisif dans l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, où l’Etat- major polonais a partagé avec deux pays alliés, la France et la Grande-Bretagne, les travaux savants de ses jeunes et talentueux mathématiciens.

En Pologne dès le début des années trente, la guerre n’était pas encore là, des mathématiciens tels que Marian Rejewski, à peine âgé de 27 ans, ou encore Jerzy Różycki et Henryk Zygalski, étaient parvenus à comprendre le système de chiffrement de la machine Enigma, largement utilisée dans la Wehrmacht pour les transmissions codées, et que les autorités allemandes croyaient inattaquable. Ces mathématiciens polonais avaient eu l’intelligence de mettre au point une autre machine, la bombe cryptologique, capable de trouver rapidement les clés des messages codés qu’utilisait l’armée allemande pour envoyer des instructions à ses unités.

Ils venaient tout juste de partager leurs secrets, à l’été 1939, avec la France et la Grande-Bretagne lorsque la Pologne, le 1er septembre, fut envahie. Les Allemands avaient renforcé leur machine Enigma, il n’était plus possible d’intercepter leurs messages avec la bombe cryptologique mise au point peu de temps avant. Or l’état-major allemand utilisait Enigma notamment pour donner des instructions à ses sous-marins en Mer du Nord, Manche et Baltique et leur faire torpiller les navires alliés. Il a donc fallu, pendant les années de guerre, une étroite coopération entre les cryptologues polonais et les services français et britanniques du renseignement pour obtenir, grâce à de nouvelles recherches mathématiques, les clés d’un décodage qui soit à nouveau efficace. Le système fut mis au point par un autre mathématicien de génie, britannique lui, Alan Turing.

C’est bien en France, au Château de Bois-Vignolles non loin de Paris, dans ce qui s’appelait le PC Bruno, où Alan Turing est d’ailleurs venu travailler quatre jours avec l’équipe franco-polonaise, que les cryptologues polonais ont travaillé jusqu’en juin 1940 aux côtés de nos équipes pour préparer la percée de leur confrère d’Outre-Manche.

Je rends hommage à cette coopération entre Pologne, Grande-Bretagne et France. Ayant finalement permis l’interception des messages, et donc l’évitement des torpillages dans l’Atlantique et les mers du nord de l’Europe, elle a grandement facilité la préparation du Débarquement de Normandie, le vrai tournant de la seconde guerre.

Je rends hommage au courage des mathématiciens polonais ayant travaillé sur le décryptage d’Enigma : ils n’ont pas été seulement des savants, ils ont aussi été des combattants. D’abord exfiltrés de France vers l’Algérie en juin 1940, plusieurs d’entre eux se sont noyés sur la route du retour ; quand les Allemands ont envahi la zone libre, certains ont été pris dans les Pyrénées et internés, d’autres ont été capturés par les Allemands et torturés comme Langer et Ciężki sans livrer leurs secrets.

Je vois là un autre aspect, particulièrement à l’honneur de la Pologne, de l’inestimable contribution des Polonais à la victoire contre l’Allemagne hitlérienne.

Dernière modification : 25/07/2014

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