Cérémonies commémoratives de l’Armistice de 1918 à Gdansk [pl]

Cérémonies commémoratives de l’Armistice de 1918
à Gdansk

(Cimetière militaire français, Gdansk,
le 12 novembre 2014)

Mesdames et Messieurs les Consuls,
Amiraux,
Mon Général,
Messieurs les officiers supérieurs,
Monsieur le maire,
Mesdames et Messieurs les Proviseurs,
Chers professeurs et chers compatriotes,
Chers lycéens, chers élèves de l’école maternelle de Trojmiasto,
Chers anciens,

Je voudrais tout d’abord remercier les militaires polonais de la garnison de Gdansk qui contribuent par leur professionnalisme et leur implication à la solennité de cette cérémonie. Je souhaite saluer aussi tous ceux qui ont voulu témoigner par leur présence leur attachement tout particulier à la commémoration du 11 novembre 1918.

Depuis 96 ans, ce jour est devenu un lieu de mémoire française, européenne, mondiale : une journée dédiée au souvenir de ce onzième jour du onzième mois, quand, à la onzième heure, pour la première fois depuis plus de quatre ans, les armes se turent. La Première guerre mondiale, la « Grande guerre », était terminée.

Jamais au cours de sa longue histoire, l’Europe ne s’était à ce point déchirée. Jamais guerre n’avait impliqué un si grand nombre de pays et avec une telle intensité. Jamais l’ingéniosité des hommes ne s’était avec tant de zèle mis au service de l’anéantissement d’autres hommes. De nouvelles armes de destruction avaient été développées, certaines d’entre elles si effroyables qu’elles furent prohibées par la Communauté internationale. Une nouvelle forme de guerre, totale en ce qu’elle touchait indifféremment civils et militaires, avait vu le jour. Aucune nation européenne n’échappa à cette folie commune. En quatre ans, la France perdit plus d’un million et demi de ses habitants.

La Pologne, entraînée dans une guerre qui n’était pas tant la sienne que celle de ses occupants, paya elle aussi un très lourd tribut en vies humaines. Mais pour les Polonais, ce 11 novembre 1918 aura été, bien plus qu’un retour à la paix, le triomphe de la liberté, recouvrée après qu’ils eurent été pendant 123 ans privés de représentation politique et d’existence en tant qu’Etat.

La France se souvient avec reconnaissance et admiration des unités de volontaires polonais qui, dès 1914, rejoignirent les régiments français ; elle n’oublie pas les 100000 soldats du général Haller, qui vinrent la soutenir en 1917, au moment où elle en avait le plus besoin ; elle n’oublie pas non plus que parmi les nombreux grands génies que la nation polonaise a fourni à son panthéon littéraire, l’un des plus illustres, Guillaume Kostrowicki, dit Guillaume Apollinaire, fut grièvement blessé au combat une semaine à peine après sa naturalisation. Il succomba à ses blessures deux ans plus tard, lui qui en 1915 espérait que s’il venait à mourir là-bas, « le fatal giclement de son sang donnerait au soleil plus de vive clarté » : que cette guerre, donc, serait la dernière.

Aujourd’hui même, à Notre Dame de Lorette, le Président de la République française inaugurera un monument à la mémoire des 600 000 combattants tombés sur les champs de bataille du Nord-Pas de Calais. Leurs noms seront gravés, pour la première fois, par ordre alphabétique, et non pas en fonction de l’uniforme qu’ils portaient ou du drapeau qu’ils servaient.

C’est là un symbole fort, un message d’unité et un message d’humanité : ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous a divisés. Le sacrifice de millions d’hommes, leurs souffrances si difficilement imaginables n’auront pas été vains, pour autant que nous sachions en tirer les enseignements, pour autant que nous sachions nous en souvenir.

Car commémorer, pour reprendre les mots du Président de la République, « c’est rappeler que la France, [mais aussi l’Europe], a traversé des épreuves terrifiantes et qu’elle a toujours su s’en relever ». C’est aussi, selon ses mots, « savoir d’où l’on vient pour mieux appréhender ce qui nous relie et nous fédère ».

A cet égard, c’est très heureusement que les cérémonies d’aujourd’hui viennent clore le cycle de commémorations de cette année de centenaire du début de la Première guerre mondiale. En rassemblant les représentants de plus de trente pays, elles manifestent qu’après nous avoir divisés pendant quatre longues années, la Grande guerre est devenue le socle d’une concorde chèrement acquise et toujours fragile. Entretenir la mémoire du 11 novembre aujourd’hui, ce n’est plus exhumer les combats d’hier, mais c’est désormais réunir tous les anciens belligérants en un commun recueillement.

Cette démarche commune – nous souvenir de ces morts et de les honorer est d’autant plus nécessaire que l’histoire nous a montré que nulle paix n’est acquise. Alors que c’est à Gdansk que nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer la paix, souvenons-nous que c’est autour de cette ville déclarée « libre » en 1919, et de ce qu’on appelait alors le « couloir de Dantzig », que se cristallisèrent les ambitions irrédentistes qui entraînèrent le monde entier dans un nouveau désastre encore plus ravageur. C’est à quelques kilomètres d’ici, sur la Westerplatte, que le premier coup de canon fut tiré le 1er septembre 1939. Car ce n’est qu’après la Seconde guerre mondiale, plus meurtrière et dévastatrice encore que la première, que purent enfin naître les Nations Unies, la Charte internationale des droits de l’Homme, l’Acte Final de la Conférence d’Helsinki et, bien sûr, la construction européenne, reflets d’un refus commun de voir se reproduire ces atrocités. Aujourd’hui, alors que la paix suscite l’indifférence tant elle s’est installée comme une évidence, nous devons rester mobilisés face à la résurgence des menaces et l’apparition de nouveaux dangers.

C’est donc un double message que je veux soumettre ici aux jeunes générations, représentées aujourd’hui par les élèves, polonais et français, de l’école maternelle de Trojmiasto : celui de l’espoir que justifie cette immense ambition qui est la nôtre d’une Europe en paix, prospère et respectée ; celui aussi qu’on ne saurait rien tenir pour définitivement acquis et que l’effort pour préserver ce bien commun, ce bien précieux ne doit pas se relâcher.

C’est pourquoi je m’incline devant le sacrifice de millions d’hommes et de femmes de ces générations qui nous ont précédés :

Vive la Pologne ;
Vive la France ;
Vive l’Europe unie et libre

Dernière modification : 12/11/2014

Haut de page