Cérémonie de remise de décorations à Mme Katarzyna Bartkiewicz, à M. Michał Mroziński et à M. Janusz Onyszkiewicz [pl]

Cérémonie de remise de décorations
à Mme Katarzyna Bartkiewicz, à M. Michał Mroziński et à M. Janusz Onyszkiewicz
Résidence de France à Varsovie,
le 20 avril 2016

Monsieur le Ministre,
Madame la professeure,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Monsieur le président de la section polonaise de la Société des membres de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, cher Jean Caillot,
Mesdames et Messieurs, chers amis,


Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous voir réunis ce soir à la Résidence de France, c’est pour rendre hommage à trois personnalités qui ont, chacune à leur manière, contribué par leur engagement au rayonnement et au succès de la France en Pologne, avec un dévouement qui leur vaut ce soir d’être distinguées dans l’ordre des Palmes Académiques et dans l’ordre national de la Légion d’Honneur.

L’Ordre des Palmes Académiques, institué en 1955, honore les membres actifs de la communauté éducative ainsi que les personnalités contribuant à l’expansion de la culture française dans le monde. L’Ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802. Il récompense les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend et promeut dans le monde.

Avant de remettre leurs insignes à Mme. Katarzyna Bartkiewicz, à M. Michał Mroziński et à M. Janusz Onyszkiewicz, j’évoquerai brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leur valent d’être ainsi distingués par la France.

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Madame le professeur, Mme Katarzyna Bartkiewicz

Vous êtes née à Milanówek, dans la voïvodie de Mazovie. Lors de la visite du Président Komorowski à Mont-Ormel, en juin 2014, vous m’aviez raconté comment le héros de la bataille qui y avait été livrée en août 1944, le général Maczek, avait décidé de votre carrière. Puisque c’est à ce grand soldat polonais, pourtant honni des autorités communistes de l’époque, que vous aviez consacré un mémoire qui avait remporté le premier prix d’un concours et qui vous avait valu votre premier voyage dans notre pays. Passionnée de France dès le plus jeune âge, vous entamez des études de littérature française auprès de la chaire de Philologie romane de l’Université de Varsovie.

En 1981, emportée dans les soubresauts de l’Histoire de la Pologne, et plus précisément en raison de l’instauration de la loi martiale, vous ne pourrez soutenir votre thèse portant sur “Lourdes d’Emile Zola : le texte et l’avant-texte”. Votre directrice de thèse sera en effet internée en raison de son opposition au régime. Vous connaissez donc bien le prix de l’engagement et du courage face à l’oppression.

Dès cette période, vous enseignez à l’Université de Varsovie en tant que spécialiste de la littérature française de la seconde moitié du XIXème siècle. Vous rejoignez aussi un lieu qui deviendra pour vous une seconde maison, l’Institut Français de Varsovie, dont vous devenez professeur vacataire en 1982 et où vous travaillerez pendant près de 25 ans.

Loin de vous contenter d’enseigner la langue française, tâche noble et difficile, vous assumez également à l’Institut français des enseignements de civilisation, de littérature française et de traduction. Durant cette période, vous serez un témoin et une actrice de la transformation de la Pologne, de Varsovie et de la présence française dans ce pays.

Après de brillants services au sein de l’Institut français, vous continuez à œuvrer pour la diffusion du français en travaillant, à partir de 2007, comme traductrice et interprète pour plusieurs institutions polonaises prestigieuses, dont l’Académie polonaise des sciences, le Musée national et le Château Royal de Varsovie et plusieurs Universités, dont celles de la capitale, de Cracovie, Toruń ou Poznań. Puis, vous serez pendant plusieurs années la responsable du bureau des décorations au sein de la Chancellerie de la Présidence de la République de Pologne. A ce poste, vous avez notamment contribué à l’organisation d’une visite très réussie du palais présidentiel, dans le cadre des salons francophones lancés par cette Ambassade. Je saisis l’occasion pour dire combien je suis heureux de voir parmi nous ce soir Madame Anna Komorowska.

Par ailleurs, malgré vos nombreuses activités, vous trouvez le temps d’exercer une autre passion, l’archéologie, et participez bénévolement à de nombreuses fouilles en France dans le cadre de collaborations universitaires, contribuant ainsi à rapprocher les communautés scientifiques française et polonaise.

Ainsi, vous avez réalisé tout au long de votre carrière un travail remarquable de passeur de cultures entre nos deux pays. A travers de nombreuses traductions d’œuvres françaises en polonais, qu’il s’agisse de textes littéraires comme d’articles scientifiques, ou de collaborations avec des institutions françaises comme le Musée du Louvre, vous contribuez activement au rayonnement de la pensée française en Pologne.

Reconnaissante pour votre implication professionnelle et personnelle au renforcement des relations franco-polonaises ainsi que votre engagement pour l’enseignement et de la diffusion du français, la France a souhaité vous honorer en vous nommant officier de l’ordre des Palmes académiques.

Mme Katarzyna Bartkiewicz, au nom de la Ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, nous vous remettons les insignes d’Officier de l’Ordre des Palmes Académiques.

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M. Michał Mroziński,

Vous êtes né à Varsovie. Vos études vous conduisent à la chaire de Philologie romane de l’Université de la capitale. Attiré par la France, vous vous rendez fréquemment dans notre pays à la fin des années 1970. Là-bas, vous ne vous doutiez probablement pas que vous seriez amenés à retourner en Pologne pour suivre, au sein de l’Agence France Presse (l’AFP) de Varsovie, le vent de liberté qui s’apprêtait à souffler sur Gdansk et sur toute la Pologne.

Vous choisissez en effet de retourner en Pologne pour couvrir ces événements historiques. Vous restez malgré l’imposition de la loi martiale dans le pays, ce qui vous oblige à poursuivre votre métier dans la clandestinité afin de relayer la parole des opposants. Vous serez aux premières loges des grands événements de l’époque, du Prix Nobel de la Paix de Lech Walesa à la première visite de Jean-Paul II, jusqu’à l’effondrement du régime en 1989.

Après le retour de la démocratie en Pologne, vous devenez l’un des piliers du bureau de l’AFP en Pologne, en tant que directeur adjoint. A ce poste, vous œuvrez à la diffusion d’une information indépendante, laquelle est indissociable au bon fonctionnement de la démocratie.

Mais cette carrière, très riche, de journaliste, est loin de résumer l’ensemble de votre activité. Je me dois de saluer également votre engagement constant en faveur de la promotion de la langue et de la culture française en Pologne.

Tout d’abord, mêlant vos deux passions, le journalisme et la langue française, vous avez été l’un des co-fondateurs, en 1996, du Courrier de Varsovie, hebdomadaire, rédigé en Français, que l’on pouvait trouver dans tous les bons kiosques et qui avait le double mérite de permettre à de jeunes étudiants en journalisme de faire leurs premières armes tout en offrant à la communauté française des analyses pertinentes et des reportages de grande qualité.

Par ailleurs, en tant que grand amateur de poésie, vous avez permis à de nombreux lecteurs polonais, grâce à votre érudition doublée d’une parfaite maitrise du français, de découvrir la poésie française en traduisant de nombreux poèmes français publiée dans une anthologie polonaise qui y est consacrée. Vous avez également mis votre savoir au service de la diffusion de la chanson française, en traduisant des chansons populaires françaises, dont certaines étaient diffusées à la radio polonaise et parfois interprétées par des artistes de ce pays. Je ne mentionnerai que quelques-unes des plus connues, L’été indien de Joe Dassin, Au bout de mon âge de Jean Ferrat dont les paroles sont de Louis Aragon, ou Le Métèque de Georges Moustaki.

Pour avoir été fidèle à cet idéal du journaliste indépendant, courageux face au pouvoir et exigeant face à soi-même, et pour avoir œuvré de manière remarquable au rayonnement de la langue française en Pologne, la France a souhaité vous nommer officier de l’ordre des Palmes académiques.

Michał Mroziński, au nom de la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, nous vous remettons les insignes d’Officier de l’ordre des Palmes académiques.

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M. le Ministre, M. Janusz Onyszkiewicz

Très tôt passionné par les mathématiques, vous poursuivez de brillantes études dans cette discipline, lesquelles vous destinaient à une carrière de mathématicien.

Cependant, comme les philosophes grecs l’évoquaient déjà il y a des millénaires, des mathématiques à la chose publique il n’y a qu’un pas. Ce pas, vous l’avez, avec courage, franchi en vous engageant, dès les années 1970, au sein de l’opposition démocratique.

En 1980, vous êtes ainsi l’un des fondateurs de la section Solidarnosc de la région de Varsovie, ce qui vous vaudra d’être poursuivi et emprisonné par le régime. Libéré au bout d’un an, vous poursuivez votre lutte en faveur du changement démocratique en Pologne. Ce combat vous conduit à participer aux négociations décisives de la Table Ronde, en tant qu’attaché de presse de Solidarnosc. Acteur à part entière de cette période historique, vous défendrez vos idées lors des nombreux mandats électoraux et fonctions qui vous seront confiés, tout d’abord en tant que député, à quatre reprises, puis comme ministre de la Défense, et enfin, à partir de 2004, en tant que député au Parlement européen, dont vous serez pendant près de trois ans vice-président.

En tant qu’homme politique, vous veillez tout au long de votre carrière à mettre en pratique la haute conception de la responsabilité et de la démocratie qui vous anime. En tant qu’européen convaincu, vous œuvrez également à ce que la Pologne trouve toute sa place au sein de l’Union européenne. Acteur vigilant d’une transition démocratique réussie, vous servez comme ministre de la Défense durant deux périodes cruciales de l’histoire contemporaine polonaise. Tout d’abord en 1990, lorsque vous devenez, avec Bronisław Komorowski, le premier civil à exercer de si hautes responsabilités au ministère de la défense, jusque-là toujours dirigé par des officiers généraux. A ce poste, vous avez la lourde tâche de lancer, au lendemain de la chute du régime communiste, la modernisation de la nouvelle armée polonaise. Vous vous acquittez avec succès de cette mission et serez à nouveau appelé aux plus hautes fonctions au ministère de la Défense, entre 1997 et 2000, période durant laquelle vous serez impliqué dans l’adhésion de la Pologne à l’OTAN.

Il y a une facette de votre parcours que j’aimerais également mentionner, c’est celle qui vous rattache à la riche tradition polonaise du taternictwo, de l’alpinisme et de l’himalayisme. Et je suis donc heureux de saluer en vous à la fois un des vainqueurs du Pic du Communisme et, quinze ans plus tard, un de ceux qui ont vaincu le communisme.

Fidèle à vos principes et à vos idées, vous dispensez aujourd’hui vos précieux conseils, naturellement dans le domaine de la sécurité et de la défense, mais également en matière de transition démocratique réussie, une démarche dans laquelle votre témoignage, en tant qu’acteur de premier plan engagé pour le changement pacifique, trouve un écho tout particulier. Je voudrais souligner à ce propos que je me réjouis toujours de nos rencontres lors de divers panels ou conférences.

Ainsi, c’est précisément votre combat continu en faveur de la démocratie, lequel vous a conduit à risquer votre liberté au service de vos idées et de vos idéaux, ainsi que de votre engagement en faveur du destin européen de la Pologne que la France a souhaité honorer en vous nommant officier de l’ordre national de la Légion d’Honneur.

Janusz Onyszkiewicz, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes d’officier de l’ordre national de la Légion d’Honneur.

Dernière modification : 21/04/2016

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