Cérémonie de remise de décorations à M. Piotr Szwedo, M. Robert Biedron, Mme Maya Wodecka et M. Adam Zagajewski [pl]

Cérémonie de remise de décorations à M. Piotr Szwedo, M. Robert Biedron, Mme Maya Wodecka et M. Adam Zagajewski, Résidence de France à Varsovie, le 20 juillet 2016

Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Si j’ai le plaisir et l’honneur de vous voir réunis ce soir à la Résidence de France, c’est pour rendre hommage à quatre personnalités qui ont, chacune à leur manière, contribué par leur engagement au rayonnement et au succès de la France en Pologne, avec un dévouement qui leur vaut ce soir d’être distinguées dans l’Ordre des Palmes Académiques, l’Ordre national du Mérite et dans celui de la Légion d’Honneur.

L’Ordre des Palmes Académiques a été instauré en 1955 afin d’honorer les personnalités qui se distinguent par leurs accomplissements dans le champ de l’éducation et de la recherche, ainsi qu’à ceux qui portent la culture française par-delà les frontières. L’Ordre national du Mérite quant à lui a été institué par le président Charles de Gaulle en 1963 pour récompenser les mérites rendus à la nation française. Enfin, l’Ordre national de la Légion d’honneur a été institué par Napoléon Bonaparte en 1802. Il récompense les mérites de personnalités ayant contribué de façon exemplaire au rayonnement de la France et des valeurs qu’elle défend et promeut dans le monde.

Avant de remettre les insignes de chevalier des Palmes Académiques au Professeur Piotr Szwedo, la croix de chevalier de l’Ordre national du Mérite à M. Robert Biedron et Mme Maya Wodecka ainsi que la croix de chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur à M. Adam Zagajewski j’évoquerai brièvement, comme le veut la tradition, les mérites propres qui leur valent d’être ainsi distingués par la France.

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M. le professeur,

Vous obtenez en 2003 votre Master de droit à l’Université Jagellonne après un double diplôme en partenariat avec l’Université d’Orléans. Vous soutenez ensuite votre doctorat en 2007, sur le sujet des « Contre-mesures dans le droit de l’Organisation Mondiale du Commerce ». A l’issue de votre doctorat, vous êtes nommé maître de conférences auprès de la Chaire de droit international public à l’Université Jagellonne.

Depuis 2012 vous codirigez l’Ecole de droit français à cette même université. Vos champs de recherche incluent le droit international administratif, la gouvernance mondiale et la réglementation de l’eau dans le contexte de la mondialisation. Vous êtes l’auteur de nombreuses publications dans le domaine du droit européen, international et français et ce, dans les trois langues que vous maitrisez parfaitement.

Francophone et francophile, vous participez activement à la coopération universitaire entre nos deux pays, notamment en tant que professeur invité à l’Université de Nantes en 2012, à l’Université d’Orléans en 2014 et depuis 2015 à l’Université Toulouse 1 Capitole. Vous participez activement à l’organisation chaque année, depuis 2012, des « Journées juridiques franco-polonaises » préparées en commun par l’Université Jagellonne et l’Université d’Orléans. Ces journées réunissent les communautés de juristes des deux pays autour de questions fondamentales comme les sources du droit dans les pays européens et francophones ou autour de l’injusticiabilité – comme c’est le cas cette année, un thème sur lequel vous avez publié un ouvrage en français en 2014.

Pour votre remarquable carrière universitaire, conjuguée à votre engagement au renforcement des liens franco-polonais dans le domaine de la recherche juridique, la France a souhaité vous nommer chevalier de l’Ordre des Palmes académiques.

M. Piotr Szwedo, au nom de la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, nous vous faisons chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques.

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M. le député, cher Président,

Né à Rymanów, vous vous engagez en politique dès votre plus jeune âge dans les jeunesses social-démocrates. Vous obtenez en 2003 un Master en sciences politiques de l’Université de Varmie et Mazurie à Olsztyn. En 2001, vous cofondez l’association Campagne contre l’homophobie, que vous présidez jusqu’en 2009. En 2001 également, vous êtes l’une des premières figures politiques à prendre part à la Marche pour l’égalité à Varsovie. Vous militez pour les droits de l’homme et des minorités sexuelles en Pologne, notamment au travers des associations Trans-Fuzja, de la Fondation pour l’égalité et de Replika.

En 2011 vous êtes élu député à la Diète, où vous êtes un membre très actif de la Commission de la Justice et des Droits de l’homme ainsi que de la Commission des Affaires étrangères. Vous êtes également membre de la délégation de la Diète au Conseil de l’Europe et vice-président du groupe parlementaire pour le Tibet. En 2014, vous êtes élu maire de Słupsk, où vous entreprenez d’importantes réformes sociales, notamment d’accès au logement. La solidarité, la protection des plus vulnérables, le développement durable sont au cœur de votre engagement politique. Vous êtes attaché à la France par votre francophonie mais également par les valeurs qui nous lient et que porte le groupe d’amitié franco-polonais de la Diète, dont vous étiez membre.

Mais vous vous êtes également engagé en faveur du respect de l’égalité en dignité et en droits de chaque individu, indépendamment de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Ce combat est une des priorités de la diplomatie des droits de l’Homme de la France. Elle partage cet objectif avec nombre d’autres pays. Nous fûmes ainsi une trentaine d’ambassadeurs – représentant plus de la moitié des Etats membres de l’UE, mais aussi l’Ukraine et la Suisse, les Etats-Unis, le Canada ou encore l’Australie – à avoir signé cette année, à nouveau, une lettre, remise au ministre délégué à l’égalité des droits, dans laquelle nous affirmons que les droits des personnes dites LGBTI relèvent des droits fondamentaux de la personne humaine, proclamés par les instruments internationaux dont nous sommes parties, et qui méritent à ce titre d’être défendus.

C’est une cause que vous avez défendue, avec conviction, avec dignité, avec courage. Pour votre engagement inlassable en faveur de la tolérance et l’acceptation, en faveur du respect des minorités sexuelles, en faveur de la lutte contre les inégalités, la République française a souhaité vous distinguer en vous nommant chevalier de l’Ordre national du Mérite.

M. Robert Biedron, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite.

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Mme Maja Wodecka,

Vous êtes née à Slomniki. Parallèlement à vos études à l’Institut de psychologie de l’Université Jagellonne, où vous obtenez une maîtrise, vous entamez une carrière d’actrice de cinéma et de télévision à partir de 1967. Vous travaillez avec des grands noms du cinéma français comme Léon Jeannot, Claude Chabrol, Jean-Paul Belmondo ou encore Josiane Balasko : votre notoriété s’étend à nos deux pays.

Après l’instauration de la loi martiale en Pologne en 1981, vous décidez, avec votre mari Adam Zagajewski, de vous installer en France et revenez vers votre spécialisation première, la psychanalyse et la psychothérapie. A côté de votre activité professionnelle, vous vous engagez également aux côtés de Solidarnosc, en jouant un rôle d’intermédiaire entre les membres exilés ou clandestins de l’opposition et la France et apportez votre aide aux Polonais victimes de l’état de siège, notamment les plus touchés par la détérioration des conditions de vie. Depuis la fin des années 1980, vous êtes également traductrice entre nos deux langues, permettant par exemple au public français de découvrir les œuvres de votre mari, M. Adam Zagajewski.

Lorsque vous revenez en Pologne, à Cracovie en 2002, vous vous engagez très activement dans la vie de la communauté franco-polonaise, notamment au sein de l’association Cracovie-Accueil. Par ailleurs vous militez pour le développement en Pologne de centres d’accueil pour petits enfants, sur le modèle des « maisons vertes » inventées en France par Françoise Dolto et suivant les réflexions du pédiatre polonais Janusz Korczak.

Pour votre engagement tout au long de votre vie au service de la liberté et de la démocratie, pour votre inlassable énergie à encourager le dialogue interculturel, pour votre dévouement à la santé psychique des enfants, la France a souhaité vous distinguer en vous nommant chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Mme Maja Wodecka, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite.

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M. Adam Zagajewski,

Vous êtes né à Lwów, dans la même ville que, une génération plus tôt, un autre immense poète polonais, Zbigniew Herbert. Et même si, pris dans les transhumances d’après la Deuxième Guerre Mondiale, vous n’y avez guère vécu, votre œuvre poétique porte l’empreinte de de rattachement et cet arrachement.

C’est donc à Gliwice, en Silésie, que vous passez votre enfance. Non loin de Cracovie, où vous obtenez en 1970 un Master de philosophie de l’université Jagellonne. Vous publiez vos premiers vers en 1967, et vous formez, avec d’autres poètes de Cracovie, comme Julian Kornhauser, le groupe Teraz, un des piliers de cette « Nouvelle Vague » qui a enflammé les cercles poétiques et littéraires polonais, et où vous vous retrouvez aux côtés d’autres grands de la poésie polonaise, comme Stanisław Barańczak et Ryszard Krynicki. Avec eux, vous dénoncez le conformisme et la langue de bois imposés par le régime communiste et appelez les poètes à revenir au réalisme, à dire vrai.

Ce choix vous amène tout naturellement dans les rangs, qui ne cessent de se gonfler, de l’opposition et vous êtes l’un des signataires, en 1975, de la fameuse « lettre des 59 », aux côtés de Baranczak, Herbert ou encore Halina Mikolajska, de protestation contre les changements que le PZPR de Gierek veut imprimer à la Constitution. Cet acte de courage vous vaudra d’être interdit de publication. Vous serez quelques années plus tard l’un des fondateurs et un des premiers conférenciers de la société Towarzystwo Kursów Naukowych.

Comme votre femme, Maya Wodecka, vous partez pour la France en 1982, où vous publiez dans Kultura et dans les revues indépendantes en Pologne.

Votre œuvre littéraire se développe, au travers de recueils de poésie et d’essais bouleversants comme Dans une autre beauté, Solidarité, Solitude ou encore La Trahison. Vos œuvres sont traduites dans de nombreuses langues, dont bien sûr en français, et vous êtes distingué par plus d’une vingtaine de prix littéraires, tous plus prestigieux les uns que les autres. Vous figurez parmi les noms les plus fréquemment cités pour le Prix Nobel de littérature. Votre poésie, limpide et terriblement honnête, se penche sur le monde, sur nos civilisations mais aussi sur l’expérience de l’exil et « Une chose est sûre : le monde est vivant et il brûle » (Antennes, 2005).

En parallèle à votre œuvre poétique, vous êtes également prosateur et essayiste, mais aussi traducteur. C’est ainsi que avez rendu accessible au public polonais des œuvres de Raymond Aron, mais aussi la version française du Journal de Mircea Eliade.

En 2002 vous revenez en Pologne et vous participez depuis vivement à faire connaître dans les deux pays la culture de l’autre. Vous entretenez des contacts réguliers avec l’Institut français et le Consulat général à Cracovie, promouvant le rayonnement de la culture française en Pologne.

Pour votre contribution exceptionnelle à la littérature et à la poésie polonaises, pour votre engagement dans la défense de la liberté, politique autant qu’artistique, pour votre amitié depuis plus de trente ans pour mon pays, la France a souhaité vous rendre hommage en vous nommant chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

M. Adam Zagajewski, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Dernière modification : 21/07/2016

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