Cérémonie de commémoration « MONTE-CASSINO » le 9 mai 2014 à la Résidence de France [pl]

Messieurs les ministres,

Chers anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique,

Messieurs les Généraux,

Mesdames et Messieurs,

Chers élèves du Lycée français de Varsovie,

Il y a près de 70 ans, le 18 mai 1944, les Polonais du deuxième corps, sous les ordres du général Anders, dont la fille nous fait aujourd’hui l’honneur de sa présence, s’emparaient du monastère de Monte Cassino au terme de sept jours de combats acharnés. Dans le même temps, les forces françaises remportaient la bataille du Garigliano, achevant d’ouvrir la porte de Rome aux forces alliées.

De ces engagements, de Monte Cassino et du Garigliano nous parviennent, perçant le fracas de six années de conflit autant que les soixante-dix années qui se sont écoulées depuis, bien plus que des échos assourdis. Il nous parvient en effet une des légendes de la Deuxième guerre mondiale, la légende de cette opération à la fois stratégique et si meurtrière qui allait, après deux tentatives infructueuses, ouvrir aux Alliés la route de Rome. Il est difficile sans doute, pour tous ceux à qui les horreurs de la guerre ont été épargnées, grâce précisément à votre sacrifice et à ceux de vos camarades, la violence inouïe de ces combats. Ceux de la 5ème Division des Confins et de la 3ème Division des Chasseurs des Carpates, menés pied à pied sur les pentes labourées par le feu et par le fer en contrebas du monastère bénédictin. Ceux des tabors et des goumiers marocains du général Guillaume dans les monts Aurunci. Et comment ne pas citer également le sacrifice des tirailleurs de la 3ème Division d’Infanterie algérienne, la division des trois croissants, sur les pentes des Apennins ? Et ceux des Canadiens et des Britanniques sur le Liri ? Et ceux des Américains sur la route côtière numéro 7 ?

Il nous est sans doute difficile, aujourd’hui, de ressentir ce sentiment de fierté qui sans nul doute vous a étreints, chers anciens de Monte Cassino, quand fut hissé, sur les ruines fumantes du monastère, l’étendard du 12ème Régiment de lanciers Podolski, faute de drapeau rouge-blanc disponible, et qu’au même moment retentit le hejnał mariacki, si loin, pourtant, de Cracovie ? Mais peut-être pouvons-nous au moins, à distance, partager l’émotion de la complainte des coquelicots rouges de Monte Cassino qui « au lieu de la rosée, ont bu le sang polonais » ? (Zamiast rosy piły polską krew).

Car pour nous, enfants, petits-enfants voire arrière-petits-enfants, des combattants de la Seconde Guerre mondiale, pour nous qui avons vu l’Europe se construire ou qui sommes nés lorsque les frontières s’effaçaient, il est sans doute difficile de mesurer le courage, inébranlable, la foi et les idéaux qui animèrent ces combattants. Ils vécurent d’immenses souffrances, connurent la peur de la mort et la violence des combats ; ils eurent en face d’eux des fanatiques, mais aussi des jeunes hommes, emportés dans la tourmente de cette guerre parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix. Tandis que nous, les générations suivantes, nous avons grandi aux côtés de l’ennemi d’hier devenu l’ami d’aujourd’hui, au sein d’une Europe apaisée et réconciliée après tant d’affrontements.

De cette guerre, il nous reste ces grands cimetières militaires qui couvrent notre continent, dans lesquels se dressent côte à côte croix latines et croissants musulmans, croix orthodoxes et étoiles de David, symboles de l’unité dans un sacrifice qui a aussi été fondateur d’un espoir. Quelques hommes d’Etat visionnaires ont su, en effet, donner un sens à votre engagement, chers anciens combattants de ces batailles du Mont Majo et de Monte-Cassino, en fondant, sur notre continent, les institutions de la liberté, de l’indépendance, de la paix et de la solidarité. Et si l’histoire a paru dénier à la Pologne, durant près d’un demi-siècle, le droit de goûter à ces fruits payés du prix du sang de ses fils, ce n’est que justice de voir aujourd’hui votre pays engagé au cœur même de l’aventure européenne. La Pologne vient de célébrer les dix ans de son adhésion à l’UE, et je saisis l’occasion de ce jour où nous fêtons l’Europe pour rappeler devant vous ce que celle-ci doit aux sacrifices polonais entre 1939 et 1945. Dans 4 semaines, les Présidents Hollande et Komorowski le rediront, côte à côte dans le cimetière d’Urville, en Normandie, mieux que je ne saurais le faire.

Mais nous ne devons pas oublier que cette paix, cette liberté que vous avez conquis de haute lutte sont un héritage qui nous oblige, nous, les générations qui venons après vous. Celui de se souvenir d’abord, c’est le devoir de mémoire, et celui de continuer à défendre, ensuite, avec fierté et courage, ces valeurs, ce message d’espoir que vous nous avez confié. A l’heure où l’horizon s’assombrit à nouveau sur ce continent que nous pouvions penser voué à la « paix perpétuelle », selon la formule de Kant, nous devons sans relâche défendre ces idéaux chèrement acquis contre tous ceux qui, par inconscience ou à dessein, sont tentés de les remettre en cause.

Messieurs les Anciens combattants, Polonais et Français, je m’incline devant vous, ce soir, tout comme je m’incline devant vos frères d’armes, tombés à Monte Cassino et ailleurs, en n’oubliant pas qu’en sacrifiant leur vie ils ne profitèrent jamais de la liberté qu’ils nous rendirent. Et en regardant à nouveau vers l’avenir, je souhaite conclure en disant avec force :

- Vive la Pologne,
- Vive la France,
- Vive l’Europe unie et libre.

Dernière modification : 12/05/2014

Haut de page