Célébration de la Fête Nationale le 14 juillet à Varsovie [pl]

Monsieur le Président de la République de Pologne,

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

Permettez-moi d’abord de souhaiter à tous la bienvenue, en vous remerciant d’être présents aussi nombreux ici ce soir et de donner ainsi la mesure de cette amitié partagée entre la France et la Pologne. Dans cette expression de gratitude, j’entends bien sûr inclure nos amis polonais.

Rien n’incarne mieux ce lien que la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Pologne, qui est le partenaire de l’ambassade pour l’organisation de notre réception. Je remercie donc son président, Maciej Witucki, et, à travers lui, toutes les entreprises qui ont rendu possible non seulement cette magnifique réception, mais aussi le village français de la rue Francuska, hier à Saska Kępa.

Elles sont, ces entreprises, plus de vingt à s’être mobilisées pour faire de ce jour une réussite, et je voudrais dire toute ma gratitude au groupe Airbus, à Bricomarché-Intermarché, Orange, Servier, Orbis-Sofitel, Alstom et EDF – ainsi qu’à toutes celles dont les logos vous ont accueillis ici à votre arrivée. Que toutes soient ici chaleureusement remerciées de leur générosité.

Alors que la France fête aujourd’hui le 225e anniversaire de la prise de la Bastille, la Pologne célèbre cette année 25 ans de liberté et d’une indépendance recouvrées après un demi-siècle d’asservissement à une souveraineté qui n’était pas celle de la nation.

Ce 4 juin 1989 a été l’épilogue d’une épopée qui n’a pas seulement déterminé votre histoire, mais aussi celle de notre continent, celle du monde.

Je voudrais abandonner quelques instants mes habits d’ambassadeur de France pour revêtir ceux du jeune diplomate que j’étais il y a 30 ans, dans cette même ambassade, et que la dimension épique de cette histoire a inspiré au point de prétendre la raconter. La raconter, avec humilité et admiration, plus que l’écrire, car cette histoire, c’est vous, les Polonais, et personne d’autre, qui l’avez écrite. Cette histoire, c’est celle d’une nation qui n’a jamais renoncé.

Aucune des nations asservies par l’Union soviétique ne s’est levée avec une telle constance. Aucune n’a autant lutté pour son émancipation. Staline ne croyait pas si bien dire lorsqu’il plaisantait sur cette Pologne à laquelle le communisme convenait « comme une selle à une vache ». Vos premières élections libres, en 1989, ont une fois de plus révélé l’âme d’un peuple qui ne se résigne pas. Elles ont montré aux autres le chemin de la liberté, du courage, de la dignité.

Elles ont aussi braqué les projecteurs du monde entier sur un visage, celui de Tadeusz Mazowiecki, le premier chef d’un gouvernement non-communiste au-delà du « rideau de fer ». Il était un fidèle de cette réception. Il était debout à mes côtés l’an dernier et l’année précédente. Il était un ami, et un ami sincère, de la France. Aujourd’hui il nous manque ici. Permettez-moi de lui dédier ce moment et cet hommage.

Nos nations ne sont pas de celles qui oublient leur passé au risque de devoir le revivre, selon la formule de Churchill. Et c’est instruites de ce passé qu’elles bâtissent leur avenir.

Ensemble, dans l’Alliance atlantique et dans l’Europe, nos deux pays figurent parmi ceux qui attachent le plus d’importance à la sécurité et à la défense.

Avec 1250 personnels déployés, la France a, aux côtés de la Pologne, formé l’épine dorsale de l’exercice Steadfast Jazz de l’OTAN, à l’automne dernier. C’est la France qui a, suite à l’annexion inacceptable de la Crimée par la Russie, dépêché quatre avions de chasse en Pologne pour participer aux patrouilles de l’OTAN, conduites par la Pologne, de police de l’espace aérien des pays baltes. Engagés dans des exercices conjoints avec leurs camarades polonais, nos aviateurs sont toujours stationnés à Malbork, et nous font l’honneur d’être présents avec nous aujourd’hui. Ils sont là, à côté de moi, et je vous demande de vous joindre à moi en les applaudissant.

S’agissant du cadre européen, nous œuvrons aussi ensemble sur le terrain opérationnel. En effet, la Pologne a apporté son concours à la mission de l’UE d’abord au Mali, et maintenant en République centrafricaine. Monsieur le Président, je tiens à vous exprimer ici la gratitude de la France pour cette aide.

Ce n’est pas un hasard. Ce processus de rapprochement avec la France que vous avez initié, Monsieur le Président, il y a plus de deux ans, apporte déjà ses fruits. En effet, c’est au cours du sommet de l’OTAN à Chicago qu’aux côtés des deux Présidents, nos deux ministres de la Défense se sont rencontrés pour la première fois. Et le 1er septembre prochain, quand ils inaugureront ensemble le Salon international de l’Armement à Kielce, dont la France sera l’invité d’honneur, ce sera leur treizième rencontre.

Notre dialogue et notre coopération sont toujours plus intenses. J’observe que la Pologne s’est convaincue de ce que la défense doit en premier lieu s’appuyer sur un effort national, plutôt que de s’en remettre à autrui, et de ce qu’elle doit ménager un espace d’autonomie stratégique, tant dans l’évaluation des situations que dans l’intervention. C’est une posture que la France a adoptée il y a des décennies, tout en assumant pleinement ses responsabilités dans la défense collective.

S’y ajoute une coopération d’armement – qui n’est nullement un euphémisme recouvrant une démarche commerciale d’achat « sur étagères », mais un échange de fond sur la conduite de programmes, c’est-à-dire cette méthode que tout pays qui souhaite développer une industrie d’armement nationale se doit de maîtriser.

Consciente de ce que l’avenir de son industrie d’armement ne pouvait qu’être européen, la France a choisi de longue date de développer des programmes conjoints avec ses grands partenaires, en partageant la R&D, la technologie, la production ainsi que l’accès au marché mondial.
La voie certainement la plus prometteuse est celle ouverte par l’offre d’Airbus de faire de la Pologne sa cinquième base industrielle, après la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne. Je me réjouis de ce que cette offre soit toujours sur la table, et aussi de ce qu’une filiale d’Airbus, MBDA, ait été retenue, aux côtés de Thales, parmi les deux entreprises invitées à poursuivre le dialogue sur le « bouclier polonais ».

La Pologne, bénéficiant d’une longue tradition industrielle, pourrait encore l’enrichir en rejoignant ce noyau dur de l’Europe de l’armement, de l’aéronautique, de l’espace, que constitue le groupe Airbus, tout en bénéficiant en contrepartie de l’égalité de toutes les parties prenantes qui restent pleinement propriétaires des armements ainsi développés, de leur codes-sources, de leurs exportations, et surtout de leur emploi, et ce quelles que soient les circonstances, sans être tributaires d’un quelconque « système à deux clefs ».

Pour autant, notre horizon est bien plus vaste. J’ai évoqué la défense, mais notre coopération ne cesse de croître en intensité dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la sécurité intérieure, des échanges culturels, ou encore de la recherche d’un compromis satisfaisant et ambitieux au sein de l’UE pour conclure par un succès à Paris l’an prochain le round de négociations ouvert par la conférence de Varsovie l’année dernière sur le dérèglement climatique.

Je pense également à notre coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire, mais aussi, plus largement, dans la recherche, la science, la technologie. Ce sont là les clefs de l’innovation et de la croissance de demain. Il nous incombe de joindre nos forces, que ce soit dans le cadre du Triangle de Weimar, ou dans des configurations plus larges, pour mobiliser les ressources du programme Horizon 2020 de l’Union européenne et bâtir les fondations d’un avenir qui ne peut être que commun.

Vous remerciant à nouveau, Monsieur le Président, d’avoir bien voulu nous honorer de votre présence aujourd’hui, et vous remerciant tous de votre participations à la célébration de notre fête nationale, je voudrais terminer en prononçant ces mots qui – je crois – peuvent nous unir tous ; Vive la France, vive la Pologne, vive l’Union européenne.

Dernière modification : 15/07/2014

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