Article sur les relations franco-polonaises à l’occasion de la visite du Président Komorowski en France (édition électronique de l’hebdomadaire Wprost - 6 mai 2013)

Le 8 mai, les présidents français et polonais commémoreront côte à côte, sous l’Arc de Triomphe à Paris, la victoire de la liberté sur le nazisme. La participation à la cérémonie d’un détachement des forces armées polonaises sera l’occasion de rappeler l’héroïsme et le sacrifice des soldats, des marins, des aviateurs polonais : de la bataille de France en 1940 à celle de Narvik, de Tobrouk à Monte Cassino, du Débarquement aux poches de Falaise et de Colmar, où les Polonais ont écrit de leur sang ces pages, glorieuses, de la fraternité d’armes séculaire entre nos deux nations.

Nous devons nous souvenir de ce pour quoi nous avons lutté ensemble. Nous devons aussi œuvrer ensemble à consolider cette Europe unie que la France a contribué à fonder, que la Pologne a contribué à libérer.

De par sa contribution décisive, en 1989, à la tournure prise par l’histoire du continent, de par l’usage exemplaire qu’elle a su faire de son adhésion à l’UE, de par son autorité en Europe centrale - la Pologne se situe au cœur de la construction européenne et elle est pour la France un partenaire d’élection.

Lorsque j’avais présenté mes lettres de créances au président Komorowski il m’avait confié que la France et la Pologne, proches au début des années 1990, s’étaient ensuite quelque peu éloignées. L’une et l’autre y avaient perdu. Cette période de refroidissement est derrière nous. En un an, notre relation s’est métamorphosée. Le Président de la République avait, en novembre, invité la Pologne à « prendre toute sa place dès aujourd’hui dans la construction de la zone euro ». L’Europe a besoin, pour avancer, d’Etats précurseurs qui décident d’aller plus vite que les autres en invitant la Pologne à faire partie de ce groupe-là.

Paris et Varsovie ont fait front ensemble, dans la négociation du cadre financier pluriannuel de l’UE, pour concilier la solidarité et la croissance, et nous avons obtenu gain de cause, à Bruxelles en février, n’en déplaise à ceux qui ont un peu vite conclu à une victoire des tenants de l’austérité. La France et la Pologne sont convaincues que l’austérité ne peut être un objectif en soi, que des engagements contractuels trop rigoureux, trop excessifs, risquent d’aggraver la récession.

C’est cette nouvelle étape que la visite d’Etat du président Komorowski permettra de consolider. A côté des préparatifs de l’intégration de l’union monétaire – où la Pologne est légitimement partie aux grandes décisions – une autre échéance se profile pour l’Europe, celle du Conseil Européen de décembre 2013, consacré, pour la première fois depuis cinq ans, à la Politique de Sécurité et de Défense Commune.

Les questions de sécurité sont assurément le prochain défi pour l’Union européenne, à un moment où, du fait de la contraction des budgets de défense et aussi d’une attention accrue aux développements en Asie, les Etats-Unis invitent les Européens à prendre plus de responsabilités dans la défense et la sécurité de leur continent. Peu d’Etats-membres de l’UE prennent autant au sérieux les exigences de la défense que la France et la Pologne. Celle-ci est aujourd’hui l’un des rares pays d’Europe qui consacrent une part substantielle de leur revenu national à la défense, et qui a fait le choix de moderniser profondément son armement dans les dix ans à venir. La France a publié son Livre Blanc sur la défense. La Pologne procède elle-même à sa propre revue stratégique et publiera prochainement son premier livre blanc. Le dialogue est constant sur ces questions entre nos experts, nos militaires, nos parlementaires. Je n’ai pas souvenir d’une telle densité des échanges par le passé. C’est à ce titre que nous avons vocation, ensemble, à donner une nouvelle impulsion à une Europe plus responsable de sa sécurité et de sa défense.

L’Europe responsable, c’est d’abord une Europe dotée des mécanismes qui lui permettent d’agir efficacement là où se concentrent les menaces : la corne de l’Afrique, où elle a mis en œuvre avec succès l’opération Atalante de lutte contre la piraterie, ou encore le Sahel, où elle contribue à éviter la formation d’un dangereux sanctuaire terroriste. C’est dans cet esprit que l’UE a entrepris de former l’armée malienne pour lui permettre de garantir la souveraineté territoriale du pays. La Pologne y prend du reste part, et y a d’ores et déjà dépêché vingt formateurs.

L’Europe responsable, c’est aussi une Europe décidée à rester un acteur de plein exercice d’un marché mondial de l’armement animé par une concurrence vigoureuse. Peu de pays européens ont une industrie de défense significative. La France a, avec ses partenaires allemand, britannique et espagnol, mis sur pied EADS, leader mondial de l’armement et de l’aéronautique, une véritable success story européenne. La Pologne, pour sa part, a une industrie de l’armement dotée de nombreux atouts, une industrie qu’elle pourra d’autant mieux affermir qu’elle trouvera en Europe des partenaires de confiance sur lesquels s’appuyer pour assurer son avenir.

Nos visions sont convergentes – nous voulons pour l’Europe une politique commune de défense forte et efficace. Cette démarche doit s’articuler avec les engagements que nous avons pris au sein de l’Alliance atlantique. C’est d’ailleurs la France qui, malgré de fortes contraintes hors d’Europe, sera avec la Pologne le principal contributeur de l’opération Steadfast Jazz, un exercice militaire majeur de l’OTAN prévu cet automne en Pologne.

Nombre de défis nous attendent dans les années qui viennent. Nous devons les aborder ensemble, la France et la Pologne, car notre place est au cœur de l’Europe.

Pierre Buhler

Dernière modification : 07/05/2013

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