Article de l’Ambassadeur paru dans Ceoworld (The Report Poland 2013) [pl]

Article de l’Ambassadeur de France en Pologne, M. Pierre Buhler,
sur les relations économiques entre la France et la Pologne
paru dans la revue économique Ceoworld (The Report Poland 2013)
May 2013

La France est un partenaire de longue date de la Pologne : nombreuses ont été les occasions, au cours de l’histoire, d’une relation proche et de confiance entre nos deux pays. Cette proximité politique et culturelle, réaffirmée à l’occasion de la visite du Président Hollande à Varsovie fin 2012, se décline également au plan économique. La France a accompagné le tournant démocratique du début des années 90 en investissant dans la Pologne qui s’ouvrait et en contribuant, avec d’autres, au remarquable développement économique que connaît ce pays de façon ininterrompue depuis près de vingt ans. Elle se positionne aujourd’hui comme le second ou le troisième partenaire de la Pologne en termes d’investissements directs étrangers (IDE) cumulés, et les priorités économiques retenues par la Pologne pour la période à venir, ainsi que ses perspectives de développement sectorielles, devraient conforter la dynamique de cette relation économique franco-polonaise et même lui donner un nouvel élan.

Une relation économique solide construite au cours des vingt dernières années.

Dès le tournant des années 90, la Pologne a accueilli un flux croissant d’investissements directs étrangers. Ce volume a même triplé au cours de la période 2002/2011, pour atteindre 153 Mds € fin 2011, essentiellement dans l’industrie (32%), la finance et l’assurance (21%) et le commerce de détail et de gros (15%).

Dans ce contexte porteur, les entreprises françaises se sont très bien positionnées sur le marché polonais tous secteurs confondus. Elles apparaissent aujourd’hui souvent en position de leader dans leur spécialité, notamment dans les secteurs de la grande distribution, des pneumatiques, de la cosmétique, des télécommunications, de l’hôtellerie … Les investissements français ont été multipliés par plus de 5 entre 1999 et 2011, pour atteindre fin 2011 un stock cumulé d’environ 20 Mds€. Ce chiffre place la France en troisième position des investisseurs étrangers, voire en seconde selon les conventions retenues.

On recense aujourd’hui en Pologne environ 800 entreprises françaises ou ayant une composante française, qui emploient directement près de 200.000 personnes. Au-delà de cette présence en Pologne même, 15.500 entreprises françaises, en majorité des PME, ont exporté vers ce pays en 2011.

La France doit cette place majeure d’investisseur étranger à la participation particulièrement active de ses entreprises aux privatisations des années 1995/2002 : la liste est longue de ces contributions, de l’entrée de France Télécom au capital de l’opérateur historique TP SA à celle, récente, de Dalkia(filiale commune de Véolia Environnement et d’EDF) au réseau de chauffage SPEC de Varsovie.

Au-delà d’une légère érosion ces dernières années, les perspectives restent prometteuses au vu des priorités sectorielles retenues par la Pologne

Cette relation économique solide entre la France et la Pologne s’est stabilisée ces dernières années, voire s’est érodée sur certains points. Troisième ou second investisseur en stock cumulé, la France n’était que le cinquième (ou le quatrième selon les conventions) investisseur en flux pour la seule année 2011 avec 1,8 Md € d’investissements directs.

De la même façon, au plan des relations commerciales courantes, le flux favorable à la France s’est inversé depuis 2009, et l’année 2012 a vu un déséquilibre de nos échanges de 1,2Md € en faveur de la Pologne. La montée en puissance du secteur agro-alimentaire polonais, ainsi que les conséquences restrictives de la nouvelle loi relative au remboursement des médicaments qui affectent largement les industries pharmaceutiques de plusieurs pays, dont la France, expliquent en partie ce déséquilibre. La France est aujourd’hui le 5ième fournisseur de la Pologne avec 4% de part de marché, et son 4ème client avec 5,8% de part de marché. Ces positions se sont légèrement effritées au cours de la période récente puisque ces chiffres étaient respectivement de 4,2% et 6,1% en 2011.

Pour autant, les perspectives de développement des échanges économiques franco-polonais restent favorables sur le moyen terme. La Pologne fera sans doute de ses 73 Mds € de fonds de cohésion européens obtenus au titre des perspectives financières 2014/2020, un usage aussi effectif que celui constaté pour les 67 Mds € de la période 2007/2013 : son taux de consommation des fonds mis à sa disposition se situe en effet, avec 85% en engagement fin 2012, parmi les meilleurs des pays bénéficiaires.

Forte de ce soutien financier européen, la Pologne se dote avec le FondsInwestycje Polskie d’un instrument adéquat pour relancer l’investissement.

Les secteurs qui figureront parmi les priorités sont connus, avec notamment au premier chef l’énergie et les infrastructures. Celui de l’environnement (traitement de l’eau, gestion des déchets… )est par ailleurs en plein essor porté entre autres par les changements réglementaires en cours et les aspirations des collectivités locales. Pour ne prendre, à titre d’illustration, que ces trois secteurs, ils correspondent à des domaines où le savoir-faire et l’expérience des entreprises françaises sont connus et reconnus.

C’est bien-sûr le cas dans le secteur énergétique : au-delà des projets nucléaires de la Pologne que l’offre intégrée EDF/Areva, forte de son expérience sur le sol français avec près de 60 réacteurs, souhaite accompagner sur le long terme, EDF et GDF-Suez se positionnent déjà comme les 3ème et 5ème producteurs d’électricité en Pologne. Le secteur des énergies nouvelles n’échappe pas à la règle, notamment dans la biomasse (centre de recherche d’EDF vers Cracovie, plus grand bloc à biomasse du monde développé par GDF dans sa centrale de Polaniec..) ou dans le secteur prometteur de l’éolien off-shore.De même, Alstom reste un acteur majeur notamment en matière de fourniture de turbines.

On pourrait citer de la même manière la présence d’entreprises comme Warbud, Eurovia, Bouygues, Thales ou Systra dans le domaine des infrastructures routières et ferroviaires où les besoins resteront importants. Et que dire du secteur de l’environnement, où les marchés remportés par Saur (Gdansk, Konstancin) et Veolia dans le domaine de l’eau, où celui, prometteur, gagné par SITA pour traiter les déchets de la ville de Poznan au travers de la technique du Partenariat Public Privé (PPP) ouvrent sans doute la voie d’un fort développement dans ce domaine.

La relation économique entre la France et la Pologne est à l’image de celle qui unit solidement, dans tous les domaines, nos deux pays si proches par l’histoire et la culture. Le renouveau de cette relation, porté par la visite du Président de la République à Varsovie le 16 novembre dernier, trouvesa déclinaison aussi dans le monde des affaires. Le ministère français des finances a classé la Pologne parmi les 47 pays à plus fort potentiel de développement des échanges avec le reste du monde et qui représenteront d’ici 2022 80% des importations mondiales. Mieux, la Pologne se situe selon cette prospective parmi les 20 pays les plus prometteurs pour l’économie urbaine, la cosmétique et la pharmacie, les industries agro-alimentaires et le machinisme agricole ou les technologies électroniques et numériques…
Autant d’atouts et de chances à saisir pour une relation économique franco-polonaise qui garde un bel avenir.

Dernière modification : 22/05/2013

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