71ème AGNU : conférence de presse du ministre Ayrault

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous retrouver au tout début de cette 71eme Assemblée générale des Nations unies.

Je suis arrivé samedi soir et je serai à New York jusqu’à vendredi. Le Président de la République, quant à lui, arrivera ce soir. Et puis j’aurai l’occasion de tirer le bilan de cette Assemblée générale vendredi prochain ici-même à 11h00.

C’est donc une semaine ministérielle particulièrement intense qui commence dans le contexte d’un monde soumis à de très nombreux défis, où la menace terroriste pèse sur tous les continents. J’étais hier matin au mémorial des victimes du 11 septembre et je ne peux m’empêcher de jeter un regard rétrospectif sur ce qui nous a conduits à la situation où nous sommes, avec un terrorisme qui met en danger nos sociétés et nos démocraties. En conséquence, il convient d’agir en renforçant notre lutte contre ce fléau, mais aussi en ne ménageant aucun effort en faveur de la paix. Car, on le voit bien, le terrorisme se nourrit de tous ces conflits régionaux et des frustrations qu’ils entraînent. D’où mes priorités pour cette semaine à New York, dont je vais vous parler maintenant.

La première priorité, c’est la Syrie.

Je me suis entretenu ces derniers jours avec de très nombreux partenaires. Je participerai à la réunion du Conseil de sécurité que la présidence néozélandaise organise mercredi, qui portera essentiellement sur la situation syrienne.

Au préalable, je réunirai aujourd’hui les pays qu’on appelle « affinitaires », afin d’examiner ensemble la situation en Syrie, notamment dans le contexte de l’accord russo-américain sur la cessation des hostilités. Cette réunion sera l’occasion d’un échange avec le représentant de l’opposition syrienne que j’ai invité, Riyad Hijab.

Alors où en sommes-nous ? L’accord russo-américain est particulièrement fragile, les dernières heures le montrent. Mais il doit demeurer une lueur d’espoir. C’est en effet la seule base sur laquelle la communauté internationale peut aujourd’hui s’appuyer en faveur d’une cessation des hostilités et d’un accès des populations civiles à l’aide humanitaire. Cette aide humanitaire est fondamentale. Elle n’arrive plus, ou quasiment plus. Je pense en particulier à Alep qui devient chaque jour qui passe une ville martyre. C’est ce que nous n’avons cessé de répéter : cessation des hostilités, aide humanitaire sont les deux conditions d’une reprise des négociations en vue d’une transition politique qu’il faut absolument engager.

Alors, je le disais, cette lueur d’espoir est fragile. Nous en sommes bien conscients. Le bombardement par les Américains contre Daech ont conduit à ce que des forces du régime à Deir Ez Zoir soient également concernées. Et cela bien sûr, tout le monde l’a vu, a conduit à une forte tension entre les co-parrains de l’accord. Mais, franchement, regardons les choses en face, sans aspect tactique ou arrière-pensée. La réalité ce sont toutes les informations qui nous remontent du terrain. Les violations du cessez-le-feu sont du fait du régime. La réalité ne fait aucun doute, c’est le régime qui est à l’origine de l’essentiel du drame syrien. Il ne faut jamais l’oublier. C’est plus de 300 000 morts dont la quasi-totalité est due à la guerre menée par le régime mené contre son propre peuple et qui conduit aussi au déplacement de millions de réfugiés. C’est ça la réalité.

Et donc la seule voie possible est que tout le monde joigne ses efforts pour que l’accord de cessation des hostilités soit respecté. A cet égard, il faut qu’un dialogue renforcé, renouvelé entre Russes et Américains soit effectif. Mais il faut aussi, parce que c’est clair qu’on ne peut pas limiter le dialogue à deux pays, aussi importants soient-ils, que la mobilisation soit collective. Et j’insiste beaucoup sur cette dimension collective. Car on voit bien, quelle que soit la bonne volonté, lorsqu’un accord fragile est mis au point, la difficulté pour le mettre en œuvre. Donc s’il n’y a pas l’appui de la communauté internationale, s’il n’y a pas un engagement fort, et la France est prête à y contribuer, elle ne cesse de le dire et de le répéter, je le dis encore ce matin, j’en appelle à ce que chacun prenne ses responsabilités. C’est l’enjeu de cette semaine ministérielle sur la crise syrienne.

Certains ont déjà annoncé que les choses étaient terminées. On est en Assemblée générale, c’est un moment unique. Il faut en profiter pour se donner toutes les chances.

Au nom de la France, je proposerai que soit mis en place un mécanisme efficace de surveillance. Il faut, en effet, pour créer la confiance, être en mesure de réunir toutes les informations disponibles sur le respect par toutes les parties de la cessation des hostilités. Il faut encore, je le redis, accorder une attention particulière à l’accès humanitaire qui demeure inexistant, alors que depuis plus de cinq ans la population syrienne est privée de tout. C’est d’abord au régime et à la Russie de faire en sorte que l’aide humanitaire arrive.

Au-delà de l’accord russo-américain, certaines questions restent en suspens. Je pense naturellement à l’utilisation des armes chimiques par le régime syrien mais aussi par Daech qui est désormais établie par le mécanisme d’enquête et d’attribution, créé par le Conseil de sécurité. Il s’agit d’une menace majeure pour la paix et la sécurité internationales qui dépasse aussi le conflit syrien. Une réaction forte est donc nécessaire. La France n’acceptera pas que les enjeux de la lutte contre la prolifération des armes chimiques soient passés sous silence. Ce serait une erreur mais aussi une faute morale à l’égard des victimes de ces atrocités en Syrie.

J’en viens à notre deuxième priorité à l’occasion de cette Assemblée générale. Je voudrais évoquer maintenant l’initiative française pour le processus de paix au Proche Orient et les suites de la réunion que j’ai présidée, le 3 juin dernier à Paris.

Au-delà de tous les contacts que je pourrai avoir à l’occasion de cette semaine à New York, plusieurs réunions sur ce sujet figurent à mon agenda, notamment une réunion de suivi de la conférence de Paris qui est prévue aujourd’hui.

Ma conviction aujourd’hui, c’est que la réunion du 3 juin à Paris, malgré tous les scepticismes que l’on connait et qui se répètent sans cesse de ceux qui évidemment ne veulent rien faire et même souhaitent empêcher que quelque chose se passe, a, comme nous le souhaitions, fait bouger les lignes en faisant prendre conscience à la communauté internationale qu’il faut faire quelque chose pour inciter les parties, Israël et l’Autorité palestinienne, à reprendre des négociations. Plusieurs pays d’ailleurs s’y emploient : l’Egypte, la Jordanie, les Etats-Unis, la Russie. Il y a eu aussi la publication du rapport du Quartet en juillet détaillant les menaces qui pèsent sur la solution des deux Etats et qui est venu rappeler l’urgence d’une remobilisation de la communauté internationale. Tous les efforts sont les bienvenus et sont même complémentaires à l’initiative française. C’est ce que je dis à tous ceux qui se sont engagés et que leurs initiatives viennent au contraire renforcer l’initiative française.

Parce que notre objectif reste le même. C’est d’organiser une conférence internationale avant la fin de l’année 2016 qui permettra de présenter aux Israéliens et aux Palestiniens une contribution unique de la communauté internationale, sous forme de paquet global d’incitations. Ce paquet illustrera concrètement le soutien que nous sommes prêts à apporter en cas d’accord de paix entre les parties. Au total, l’Assemblée générale doit être un moment de mobilisation politique afin que nous soyons en mesure d’atteindre cet objectif.

Ma troisième priorité est la crise des réfugiés.

Deux réunions de haut niveau sont prévues : l’une organisée par le Président de l’Assemblée générale aujourd’hui, à laquelle je participerai, et l’autre par le Président Obama, le lendemain, où le président de la République, François Hollande, portera la voix de la France.

Avec le Président, notre message est triple :

- tout d’abord, il faut s’attaquer aux causes profondes des mouvements de réfugiés et, plus généralement, des migrations : les guerres, les persécutions, la pauvreté, le dérèglement climatique ;

- il faut ensuite renforcer notre aide, notamment en faveur des pays particulièrement affectés. Je pense bien sûr au Liban, qui accueille plus d’un million de réfugiés, à la Jordanie ou aussi à la Turquie.

En 2016, la France consacrera près de 100 millions d’euros de dons à la crise des réfugiés. C’est deux fois plus qu’en 2014.

Sans compter plus de 900 millions d’euros pour les prêts à la Jordanie. La hausse de notre aide publique au développement doit aussi contribuer à l’accroissement de notre aide humanitaire. C’est un effort inédit, qui nous engage jusqu’en 2018. Je veille à ce que ces engagements soient mis en œuvre, malgré nos contraintes budgétaires ;

- en ce qui concerne l’accueil des réfugiés, la France s’est engagée, dans le cadre du mécanisme de relocalisation entre Etats membres de l’Union européenne ou de réinstallation depuis la Turquie. Elle s’est engagée à recevoir 30 000 personnes. Ces réfugiés s’ajoutent aux quelques 80 000 personnes qui ont présenté, en 2015, une demande d’asile en France. Ces engagements doivent être tenus et la France les tiendra.

J’en viens à la quatrième priorité : consolider la paix partout dans le monde, que ce soit en Libye, au Mali ou encore en République centrafricaine.

Pendant toute cette semaine, ces crises font l’objet de réunions de haut niveau. Nous sommes, la France, à l’initiative de plusieurs d’entre elles afin que la communauté internationale reste mobilisée. Pour nous, il n’y a pas de conflits de moindre importance et il ne doit pas y avoir de crise oubliée – je pense au Burundi, où nous avons obtenu que le Conseil de sécurité décide d’envoyer une force de police pour enquêter sur place.

Quant à la Libye, je participerai jeudi à une réunion ministérielle. C’est vrai, il faut le dire, la situation est inquiétante et fortement dégradée ces derniers jours. L’offensive du général Hafter pour s’emparer du croissant pétrolier ne va évidemment pas dans le bon sens. Il existe un vrai risque de retour en arrière, après plusieurs mois de renforcement même lent, mais encore continu, du gouvernement d’entente nationale qui découle de l’accord de Skirat. Il est donc important de marquer collectivement notre soutien à ce gouvernement et à son Premier ministre, Fayez Sarraj. C’est pourquoi la France l’a invité - le Président de la République l’a annoncé il y a quelques jours - à Paris, où il se rendra très prochainement.

Sur le Mali, j’interviendrai également le vendredi 23 septembre, dans le cadre d’une réunion ministérielle, en présence du président malien, Ibrahim Boubakar Keita.
Ce sera l’occasion de faire le point sur la mise en œuvre des accords de paix, mais aussi d’évoquer le développement de ce pays au secours duquel la France s’était portée en 2013. J’ai pu moi-même, en mai dernier, lors de mon déplacement avec mon homologue allemand Franck Walter Steinmeier, constater sur place de nombreux progrès. Même si des tensions et des attaques asymétriques persistent, comme nous l’avons déploré ces derniers jours, la situation sécuritaire s’améliore globalement. L’engagement de la communauté internationale, notamment des pays contributeurs de la MINUSMA, se poursuit. Il faut maintenir l’effort. A l’initiative de la France, le Conseil de sécurité a autorisé en juin dernier le déploiement de 2 500 casques bleus supplémentaires, ainsi que le renforcement du mandat de la mission.
Enfin, il faut encourager les parties à mettre en œuvre concrètement l’accord de paix signé à Alger l’année dernière. Ce sera particulièrement l’objet de la réunion en présence du président malien.

Sur la République centrafricaine, là aussi je participerai vendredi à une réunion autour du président Touadera. Beaucoup de progrès ont été accomplis dans ce pays, ils sont remarquables : d’abord c’est la transition politique dans le respect des règles démocratiques qui est achevée, l’ordre constitutionnel est rétabli, un gouvernement a été installé et ce gouvernement est au travail. Pour autant les défis restent immenses : l’engagement en faveur de la réconciliation n’est pas encore suffisamment partagé, certains se mettent en travers de ce processus délibérément. Il y a encore eu ces derniers jours des violences, avec des morts. Quant aux projets de développement qui sont indispensables pour ce pays qui attend beaucoup, ils tardent encore à démarrer. Notre réunion sera l’occasion d’encourager le gouvernement à donner un coup d’accélérateur, notamment en vue de la conférence des donateurs organisée par l’UE à l’automne.

Au-delà de ces quatre priorités :

- je rencontrerai Nadia Murad, jeune yezidi victime de Daech et désormais ambassadrice de bonne volonté des Nations Unies, afin d’échanger avec elle sur la manière de donner une suite au travail remarquable de la commission Pinheiro qui enquête sur tous les massacres et de lutter contre l’impunité. C’est ce que j’avais déclaré le 29 février dernier à l’occasion de mon intervention devant le Conseil des droits de l’Homme à Genève ;

- j’interviendrai également lors d’une réunion du forum global contre le terrorisme et co-présidé par le Maroc et les Pays-Bas pour présenter la stratégie française en matière de lutte contre la radicalisation ;

- sur le suivi de l’accord sur le nucléaire iranien, je participerai à une réunion ministérielle des E3+3 ;

- je co-présiderai avec mes homologues qatarien et tunisien une réunion sur les opportunités économiques et d’investissements en Tunisie en lien avec la conférence Tunisie 2020 qui aura lieu en Tunisie les 29 et 30 novembre prochain.

- Je rencontrerai, comme je l’avais fait en marge de la réunion du Conseil de sécurité, les ONG de défense des droits de l’homme.

Et je profiterai bien sûr de ma présence à New York pour nourrir notre relation bilatérale avec les Etats-Unis :

Hier je me suis rendu, comme je vous l’ai dit, au mémorial du 11 septembre.

Je m’exprimerai, jeudi matin, devant les étudiants et professeurs de l’université de Columbia. Cela sera aussi l’occasion d’échanger sur l’importance de la coopération transatlantique pour faire face ensemble à tous les défis auxquels notre monde est aujourd’hui confronté.

Puis je rencontrerai, jeudi midi, les conseillers du Commerce Extérieur de la France, pour échanger avec eux sur nos relations économiques et la manière de les renforcer. Je visiterai également la start-up DataDog qui est spécialisée sur les services innovants de gestion des réseaux informatiques et qui a été créée par des Français, et qui montre aussi que l’innovation est au cœur de ce que la France et les Etats-Unis peuvent faire ensemble.

Enfin, je participerai à un événement consacré à la coopération entre l’école des beaux-arts de Nantes, l’université de Houston et l’école d’art et de design de Genève, à Marfa. Je lancerai la plateforme France Alumni USA, qui contribuera à mettre en réseau les anciens étudiants américains en France et qui sera aussi l’occasion pour moi d’adresser un message aux Américains de venir étudier en France, ils sont les bienvenus.

Si j’ai tenu à inclure tous ces aspects dans mon programme, c’est parce que je crois qu’entre la France et les Etats-Unis, la culture et l’éducation sont des traits d’union qui conservent toute leur force.

Voilà, mesdames, messieurs, les priorités et le programme résumé, parce que vous vous l’imaginez il est dense, cette semaine.

Dernière modification : 28/09/2016

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