35ème anniversaire de Solidarnosc

35ème anniversaire de Solidarnosc -
Intervention de M. Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des affaires européennes
(Paris, 31/08/2015)


Monsieur le Président de la République, Cher Lech Wałęsa,

Monsieur l’Ambassadeur, Cher Andrzej Byrt,

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un plaisir et une fierté de pouvoir célébrer avec vous, en présence d’un homme qui a à ce point marqué l’histoire de l’Europe, les 35 ans d’un mouvement dont le nom ne pouvait pas être plus beau : Solidarność, Solidarité.

Et c’est un honneur et un beau symbole que vous ayez, cher Lech Wałęsa, choisi la France pour fêter cet anniversaire.

Il y a aujourd’hui même 35 ans, le 31 août 1980, vous signiez l’accord de Gdańsk, qui mit fin à une grève qui aura mobilisé des millions de travailleurs à travers tout le pays.

J’en conserve un fort souvenir personnel car ce qui s’est passé en Pologne à ce moment-là a marqué ma génération. Étudiants, sensibilisés notamment par les articles de Bernard Guetta dans Le Monde, nous avons manifesté notre soutien. Et je dois dire que le petit insigne que vous portiez à Gdańsk, comme nous le faisions en France pour exprimer notre soutien, a inspiré un autre symbole que nous avons porté quelques années plus tard, pour une autre forme de solidarité.

Vos revendications - augmentations salariales, semaine de travail de 5 jours, droit de grève, autorisation de création de syndicats indépendants, reconnaissance du syndicat Solidarność - étaient en partie entendues : c’était le début d’un mouvement qui, contre toute attente, allait révolutionner la Pologne des années 1980 et bien au-delà encore, l’Europe entière.

Car il faut bien le dire, il était improbable que les quelques centaines d’ouvriers des chantiers navals de Gdańsk, les chantiers Lénine, donnent finalement naissance à un mouvement qui fait désormais partie de la mémoire du monde, comme l’a reconnu l’UNESCO.

Ce n’est pas simplement le cours de l’histoire de la Pologne qui a changé mais bien celui de l’Europe. Sans ce mouvement, la Pologne ne serait pas entrée dans l’Union européenne, l’Europe ne se serait pas réunifiée.

Il en a fallu de la solidarité pour qu’autant de travailleurs, de paysans, d’ouvriers, tous différents, s’unissent dans une même lutte, pour une même dignité.

Il en a fallu du courage pour s’opposer à un régime qui avait fait tirer sur son peuple révolté 10 ans auparavant.

Il en a fallu de la force de conviction, de la vision, pour imposer la non-violence à un mouvement qui grossissait tellement qu’il a compté dans ses rangs 10 millions de personnes, un tiers de la population du pays.

Car c’est bien cela qui a fait de ce mouvement le symbole de la libération des peuples opprimés, ces peuples derrière le mur dont parle Jacek Kaczmarski, le « barde de Solidarność », dans sa chanson « Mury » que les ouvriers, les paysans, les hommes d’Église connaissaient par coeur.

Votre action a permis à la Pologne de retrouver la démocratie et les valeurs du débat libre et spontané. Elle a permis de renouer les fils de son histoire plusieurs fois blessée.

Tour à tour déchirée, envahie, morcelée, purement anéantie et disparue, puis vidée d’une partie de sa population, la Pologne n’a survécu au fil des siècles que par son âme immense, qui a tant donné à l’Europe et au monde, mais aussi à la France. Les noms de Chopin, de Marie Curie-Skłodowska, de Jan Potocki, pour ne citer qu’eux font briller côté à côte les étoiles de nos deux pays.

Par l’ampleur de sa pensée collective, par sa foi en des temps meilleurs à venir, par son respect de chacun de ses membres, qui témoignait de son amour de chaque individu, Solidarność a contribué à replacer la Pologne au coeur même de l’Europe.

La Pologne est un grand pays, un pays qui compte en Europe depuis son entrée dans l’Union européenne en 2004.

Le président de la République, François Hollande, l’a bien compris et depuis 2012 les relations entre la France et la Pologne sont d’une qualité sans précédent dans l’histoire récente.

Nous sommes également très attachés au « Triangle de Weimar » que constituent l’Allemagne, la France et la Pologne.

Nous en fêterons le 25e anniversaire l’année prochaine car c’est sous votre mandat de président de la République, cher Lech Wałęsa, que ce format a été créé.

Ce triangle est au coeur de tous les enjeux européens : de la crise des migrations à la relation avec la Russie, de la crise agricole au défi énergétique. Je réunirai d’ailleurs mes homologues en charge des affaires européennes le 30 septembre prochain à Paris.

Dans ces défis que nous vivons, et dans ceux qui nous attendent, le message que nous envoie l’histoire de Solidarność doit être écouté : c’est par la solidarité et par la responsabilité que nous nous sortirons des crises.

C’est par le débat, l’écoute, la négociation, que nous définirons ensemble les voies d’un succès commun.

C’est par Solidarność que la Pologne a retrouvé son histoire.

C’est par la solidarité que l’Europe continuera à se construire. C’est bien cet enjeu qui est au coeur de tous les grands défis que nous devons relever ensemble.

C’est cette solidarité entre États membres qui devrait être le premier principe du décalogue que vous proposiez, il y a un instant, à l’Europe d’adopter.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 19/02/2016

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